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La Slovénie passe à l’euro, sans enthousiasme mais sans regrets
Publie le mardi 2 janvier 2007 par Open-PublishingLa Slovénie passe à l’euro, sans enthousiasme mais sans regrets
Par Franco Juri, Traduit par Mandi Gueguen
Publié dans la presse : 29 décembre 2006
Mise en ligne : lundi 1er janvier 2007
Osservatorio sui Balcani
La Slovénie est la première parmi les nouveaux membres de l’UE à adopter la monnaie commune, le jour même de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. L’enjeu est avant tout symbolique et politique. Les Slovènes s’inquiètent des risques de hausse des prix. Ils acceptent pourtant l’euro sans euphorie, mais sans verser de larmes sur le tolar, la monnaie de l’indépendance.
Au 1er janvier 2007, la famille de l’euro compte un nouveau membre : la Slovénie. Une économie petite mais stable, exemplaire à bien des aspects, un exemple qui rassure quelque peu l’Union européenne, qui a connu ces derniers temps une longue série de frustrations, à commencer par le refus de la Constitution communautaire.
L’adieu au tolar, monnaie symbolique de l’indépendance, est respectueux et calme, sans effusions. De fait, les Slovènes sont européistes, ils ne sont nationalistes que lorsque cela ne cause aucun frais. Les banques ont bien mené le pays dans la case euro sans soubresauts ni entraves.
Le gouvernement cherche de son côté à contenir « l’inévitable » augmentation ou « arrondissement » des prix. Le Ministre du Trésor Andrej Bajuk fait appel au bon sens et conseille aux citoyens de confronter les prix avant d’acheter et de choisir les magasins les plus corrects.
Mais des conseils de ce genre suscitent aussi quelques réactions légitimes. « Qui a le temps de tourner dans les magasins pour calculer les prix arrondis ? », se demandent aussi bien la ménagère que l’employé, contraints de planifier leurs achats dans les mégacentres commerciaux qui remplacent désormais toujours plus les négoces de proximité.
L’euro en Slovénie a déjà cours depuis un bon bout de temps, comme avait cours en son temps le mark allemand dans la Yougoslavie de Tito. Les gens se sont rapidement habitués à faire les conversions, et le gouvernement a pris soin d’envoyer à chaque famille ou presque une calculatrice en euros.
Dans ces contrées, on est pratique et résolu. Il n’y a guère d’espace pour le sentimentalisme ou la nostalgie pour une monnaie, le tolar, née avec l’indépendance du pays en octobre 1991 - quand on enregistrait une inflation de 22%, ce qui reste gravé dans les archives d’un pays quasiment sans inflation. Une monnaie, somme toute, qui a dignement rempli ses devoirs.
Cependant, beaucoup de gens ont peur de l’euro. Les ouvrières de la Mehano, une industrie de jouets basée à Izola, en crise perpétuelle depuis sa privatisation, ne sont pas certaines de toucher leur salaire. Aussi font-elles grève désespérément par intermittence depuis un mois au moins. En faisant les calculs, après le changement officiel, les 60 000 tolars de leur misérable salaire vont se transformer en 250 euros !
Heureusement, le Premier Ministre Jansa assure que les Slovènes se trouvent mieux que jamais. Ainsi, un professeur de lycée, un journaliste ou un médecin gagneront entre 800 et 1200 euros mensuels. Et les prix ? Le gouvernement avait promis une surveillance continue, de manière à éviter les sauts de prix et les spéculations incontrôlées. L’Association slovène des consommateurs dénonce le fait que beaucoup de prix ont déjà augmenté, à la veille du passage à l’euro : l’eau, l’électricité, le chauffage, le gaz, les parkings, dans certains cas jusqu’à 50%.
Et puis il y a les astuces des grandes chaînes commerciales comme la Spar, qui a tapissé la Slovénie de bannières avec le slogan « V Sparu net » (« Chez Spar, non ! »), allusion au fait que leurs prix ne changeront pas après le passage à l’euro. La belle affaire - commentent les consommateurs - leurs prix ont déjà augmenté il y a quelques semaines. C’est une forme d’action préventive : en Slovénie les prix augmentent avant l’euro. On verra ensuite. Peut-être va-t-on les arrondir encore un peu, mais sans excès.
Reste que le pouvoir d’achat a déjà baissé, alors que la pression fiscale reste élevée et menaçante. Des milliers d’inspecteurs fiscaux circulent dans les ménages slovènes qui recensent minutieusement les allocations pour le calcul des nouvelles taxes locales. Une inconnue qui fait froid dans le dos à tout le monde.
On ne sait pas encore quel pourcentage tombera dans les poches des propriétaires immobiliers, mais on sait que l’impôt sera calculé selon le prix commercial de chaque bien immeuble. En pratique, qui avait investi ses avoirs dans l’amélioration de ses propres conditions d’habitation (nouvelles fenêtres, couverture du toit, air conditionné, parquet, etc.) se verra puni par des taxes plus élevées, naturellement en euros. Ainsi, les Slovènes entrent avec un peu de joie dans la maison euro, mais non sans inquiétudes.




