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Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
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DOSSIER ALTERCROISSANCE / CHAPITRE 1
de : Matt Lechien
dimanche 6 février 2005 - 18h51 - Signaler aux modérateurs

de Matt Lechien

 Préambule
 Introduction
 Chapitre 1
 Chapitre 2
 Chapitre 3
 Chapitre 4
 Chapitre 5


LE LEVIER DÉCROISSANCE

Il n’est pas question de se serrer la ceinture, mais de sortir du système économique. Dans un premier temps, le but est d’arrêter de collaborer, involontairement ou non, à l’alimentation du capitalisme. Viendra ensuite le moment de provoquer sa chute, tout en douceur, sans se fatiguer, ni s’énerver. Nous naissons tous avec un capital stress, il faut savoir le ménager et tirer dessus le moins possible sous peine de somatiser et de faire de vilains vieux. L’efficacité va de pair avec la sérénité. A l’opposé, il ne faut pas être des mollusques pour autant, mais tout simplement éviter de ne pas céder inconsidérément à l’émotion afin de construire un projet rationnel qui tienne la route sur le court et le long terme.

Avant d’aller plus loin dans ce chapitre, je tiens à préciser que le but n’est pas de jeter la pierre à qui que ce soit. Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous imprégnés du monde marchand qui déverse continuellement sur nous un déluge de miroirs aux alouettes et qui fait tout pour qu’on ne puisse pas se passer de ses « services ». Dans ces conditions, c’est vraiment dur de passer entre les gouttes, d’autant plus qu’il n’existe pas encore d’abri pour se mettre complètement au sec. Tout au plus quelques parapluies dont l’efficacité reste à démontrer. Donc, rien ne sert de se critiquer stérilement à ce sujet dans les milieux militants. Chacun fait ce qu’il peut pour lutter, les concours aux relents malsains pour savoir qui participe le moins au système ne font pas beaucoup avancer le débat, ils ont plutôt tendance à nous diviser les uns les autres qu’autre chose.

Alors oui, c’est vrai, la décroissance est l’arme absolue pour combattre le capitalisme. C’est même l’outil révolutionnaire par excellence. Mais attention, à l’instar de tout ce qui est puissant, il faut savoir bien maîtriser l’outil avant de l’employer. Et surtout, au risque de me répéter, bien considérer qu’il n’est pas une fin en lui, mais juste la composante d’un projet beaucoup plus vaste basé sur la construction.

Ce n’est pas Hannibal Smith qui me contredirait, avant de passer à l’attaque... il faut échafauder un plan ! La première étape est d’analyser la situation globalement. Elle consiste à observer la technique de l’adversaire afin de comprendre comment il fonctionne dans le but de découvrir son ou ses points faibles. Suite à ça, on met sur pieds plusieurs stratégies que l’on n’hésite surtout pas à tester, soit sur le terrain, soit par le biais de simulations. Ensuite, et seulement ensuite, on peut passer à l’action.

Le capitalisme, comment ça marche ?

Cette question pourra sembler niaise à nombre d’entre-vous, mais quand on essaye de réfléchir sur un projet qui concerne l’ensemble de la communauté, puisque social, la priorité est d’être compréhensible au maximum. On n’est pas dans un jeu de piste, on essaye d’avancer le plus droit possible de manière cartésienne. Commencer par une base qui vous semble peut-être une évidence, ça permet pour les uns de resituer le cadre de l’action et pour les autres de l’expliquer.

Dans le système marchand de base, on échange des biens et des services contre de l’argent que l’on perçoit en échange d’une somme de travail que l’on a accomplie. En ce qui concerne les échanges commerciaux, le but est d’acheter le moins cher possible pour revendre le plus cher possible. Quant au travail, l’objectif est sensiblement le même : gagner le plus possible, bien souvent en se fatiguant le moins possible, au détriment des autres. Dans les deux cas, il y a toujours un dindon de la farce quelque part. Justice sociale et capitalisme ne font pas bon ménage, c’est le moins que l’on puisse dire.

Dans le système marchand contemporain, la donne est à peu près la même, sauf qu’il faut introduire deux nouveaux paramètres :

1) On n’a pas nécessairement besoin de posséder physiquement la marchandise pour pouvoir la vendre.

2) L’argent fabrique de l’argent. A partir d’un certain montant, l’argent fait miraculeusement assez de petits pour engraisser lourdement son possesseur sans qu’il fasse le moindre effort physique. Il n’existe pas de saison de la reproduction pour les billets de banque. Tout comme les humains, ils copulent avec succès à longueur d’année pour donner naissance à de petites pièces qui deviendront à leur tour de gros billets, pour peu qu’on les réinvestisse dans le circuit reproductif monétaire. C’est ce que l’on appelle aussi : l’effet boule de neige.

Il existe deux possibilités avec l’argent :

1) soit vous n’en n’avez pas ou peu et vous n’arrivez jamais à joindre les deux bouts.

2) Soit vous en avez beaucoup et plus vous en avez, plus vous en avez.

N’ayons pas peur des métaphores. On peut tout à fait considérer que l’argent, peu importe sa forme, est à la fois le sang, l’air, l’eau et l’alimentation de l’immonde bête capitaliste. En admettant qu’il circule dans un pipeline, il suffirait de tourner une vanne pour asphyxier complètement le système qui repose sur un marché de dupe. Voici donc la base du levier décroissance. Quand on l’actionne avec succès, on coupe le robinet.

Cette méthode est d’autant plus sûre de fonctionner que le robinet n’a pas besoin d’être totalement fermé, loin s’en faut. Pour survivre, le capitalisme a sans cesse besoin de plus de croissance, sans elle il s’écroule tel un château de cartes.

Voici donc, succinctement expliqué, les bases du capitalisme et de la décroissance. Pas la peine de nous perdre en détails et/ou conjectures, ça n’est d’aucune utilité. Rajouter, par exemple, que l’argent peut aussi être virtuel ou qu’il ne fait pas forcément le bonheur, ne nous fera pas avancer des masses. Nous sommes sur un dossier technique, le philosophique a déjà fait l’objet d’un précédent dossier.

Comment actionner le levier ?

Sur ce point, on va vraiment faire attention à la radicalité. Donc, d’entrée de jeu, on va éviter tout ce qui est inapplicable. On ne va pas arrêter de boire et manger, ni de respirer... d’ailleurs on ne va rien arrêter du tout, sinon arrêter d’arrêter. On va plutôt chercher des alternatives qui soient sympas et donc bien perçues.

L’idée n’est pas de sortir du système pour aller vers le néant, l’idée c’est de sortir du système capitaliste pour aller vers une organisation humaine juste et respectueuse de chacun. Selon ce principe, il existe deux possibilités pour dégonfler la baudruche capitaliste :

1) L’économie souterraine

C’est soft, mais néanmoins, ça fonctionne. Au lieu de se servir de l’argent par le biais d’institutions au sein desquelles il fait des petits, on l’utilise en circuit fermé. Plus explicitement, on achète tout au black, biens et services. C’est pas le top, mais appliqué à grande échelle, c’est suffisant pour faire vaciller la bête.

2) Les échanges sans argent

Vous l’avez compris, il s’agit du troc. J’échange un kilo de tomates contre un kilo de poireaux. J’échange la réparation de ma toiture contre des travaux de plomberie... ETC... ce ne sont pas les exemples qui manquent. Dans le cas présent, on est complètement dans une logique de décroissance intelligente. Non seulement l’argent ne circule plus, mais en plus on garde le même niveau de vie tout en s’habituant en douceur à un autre mode d’échange beaucoup plus juste. C’est plutôt sur ce point que je vais insister.

Maintenant que l’on connaît le truc, on fait comment ? Question à laquelle je vais m’empresser de répondre. On n’est absolument pas obligé de tomber dans la radicalité, même si c’est loin d’être déconseillé pour ce point. Nous l’avons vu précédemment, ce n’est pas un scoop, le capitalisme a absolument besoin de croissance. En admettant qu’un courant idéologique assez fort puisse lancer la mode du troc à grande échelle, vous pouvez être sûr qu’au bout de quelques semaines il y aura déjà une bonne quantité de ces odieux boursiers qui se seront défenestrés.

Pour vous donner quelques chiffres, imaginons l’espace d’un instant que chaque citoyen ait recours au troc pour 10% de sa consommation. C’est automatiquement 10% qui sont perdus pour la croissance, il y a là de quoi faire transpirer n’importe quel ministre des finances à la simple évocation de ce scénario. Le nombre n’est pas important en lui-même. L’important c’est de comprendre la mécanique de la décroissance et de répondre aux questions suivantes : comment j’actionne le levier ? Qu’est-ce qui se passe ensuite ? Nous en sommes à ce stade.

Il serait aussi possible d’agir sur d’autres facteurs. Par exemple : refuser d’exercer des métiers à la con. Il existe tout un tas d’activités professionnelles qui sont directement liées au capitalisme et qui n’auraient aucune raison de subsister dans une société humaniste. On peut tout de suite penser aux boursiers, aux militaires, aux commerciaux, aux cireurs de chaussures, aux téléopérateurs, aux publicitaires, aux banquiers, aux huissiers... La liste est très longue et il faut aussi compter avec les cas qui sont à cheval entre les deux. Exemple : les assureurs. Un service gratuit... Excusez moi de ne pas finir ma phrase, mais d’être obligé de préciser « gratuit » à propos d’un service, c’est bien signe que nous vivons dans un monde égoïste et manipulateur. Dans la logique, quand on rend service on rend un service. Demander de faire payer pour un service social rendu me semble assez tiré par les cheveux, pour ne pas dire autre chose... Mais bon, reprenons. Revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos loups. Un service gratuit qui coordonne la solidarité collective pour aider à faire face à tous les accidents et catastrophes qui peuvent subvenir dans la vie, tout à fait d’accord et plus que ça encore. Maintenant, la solidarité privée au service du capital, non merci ! Ce n’est pas pour rien que les professionnels de la profession parlent de « portefeuille d’assurance » et non de gestion d’aide aux victimes.

Alors c’est vrai, sous le coup de l’émotion, on peut être tenté de se dire : Arrêtons tous de servir le capital ! Effectivement, théoriquement ça fonctionne aussi. Si tous ceux qui exercent, bon gré mal gré, une profession au service exclusif du marché de dupe décidaient de démissionner, le système s’écroulerait. Maintenant, pour ce qui est de la pratique, il faut faire preuve d’un peu de sérieux. A vingt ans on peut essayer de croire qu’il est possible qu’une prise de conscience massive ait lieu, et même se lancer à corp perdu dans cette direction, mais après... Est-il rationnel de croire que quelqu’un qui a une famille à nourrir est prêt à courir le risque d’abandonner son poste ? Quoi que l’on en pense, il existe des militants humanistes dans tous les milieux sociaux professionnels. Là n’est pas le problème. Le problème c’est qu’ils sont comme tout le monde, piégés par le système sans aucune porte de sortie. Fort de ce constat, il va falloir travailler à cela aussi : créer des alternatives qui permettent de s’évader du système. Autrement dit, un projet de société qui sorte largement du cadre de la théorie. Quand on prend une décision aussi importante que de changer de vie, c’est qu’en face il y a eu quelque chose de fort qui vous a donné envie de vous poser des questions et d’y répondre. Une fois de plus, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Changer ?... D’accord ! Mais soyons capables de proposer un changement vers le mieux sous peine que la théorie ne reste qu’à ce stade.

Conclusion

Voilà, nous venons de voir simplement en quoi consistait le levier décroissance. Le truc qui me fait bien « marrer », c’est de voir des « alter-économistes » expliquer la décroissance de manière indigeste en donnant des chiffres pour maintenant et des chiffres pour demain qui restent basés sur le système monétaire. Le capitalisme dur comme soft, non merci ! On peut toujours donner des chiffres pour aujourd’hui, ce n’est pas ça qui manque, il y en a plein les rubriques boursières. Mais concernant demain, la gestion basée sur l’argent, faut pas rêver ! Le jour où tout le monde aura compris comment les riches s’y prennent pour voler les pauvres, vous n’aurez plus qu’à arracher les touches euro et dollar de votre clavier, il n’y aura plus grand monde pour vouloir jouer au Monopoly grandeur nature- surtout après que l’on ait bien fait constater au peuple toutes les crasses que la ploutocratie mondiale a planquées sous le tapis.

On a déjà bien avancé, mais nous n’en sommes qu’au début. Il reste encore beaucoup de domaines à défricher et de solutions à trouver. Plus nous allons progresser dans ce dossier, plus nous allons parler de technique et/ou de concret. Dès le prochain chapitre nous passerons directement à la révolution pratique.

Prochain chapitre : très bientôt.


En attendant, voici deux photos tirées de l’action Surréaliste du mois d’octobre dernier pour protester contre le monopole dans les domaines de l’édition et des médias que se sont octroyés deux marchands de canons (Dassault et Lagardère, pour ne pas les nommer), Seillière et l’État. Faut-il voir dans l’autocollant ci-dessous un aveu du patronat envers le salariat ? La question est posée.

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