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Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".


de : via LL
mardi 31 août 2010 - 12h22 - Signaler aux modérateurs
5 commentaires

Cette rose avait glissé de

La gerbe qu’un héros gâteux

Portait au monument aux Morts.

Comme tous les gens levaient leurs

Yeux pour voir hisser les couleurs,

Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route et m’en allai quérir,

Au p’tit bonheur la chance, un corsage à fleurir.

Car c’est une des pir’s perversions qui soient

Que de garder une rose par-devers soi.

La première à qui je l’offris

Tourna la tête avec mépris,

La deuxième s’enfuit et court

Encore en criant "Au secours ! "

Si la troisième m’a donné

Un coup d’ombrelle sur le nez,

La quatrième, c’est plus méchant,

Se mit en quête d’un agent.

Car, aujourd’hui, c’est saugrenu,

Sans être louche, on ne peut pas

Fleurir de belles inconnues.

On est tombé bien bas, bien bas...

Et ce pauvre petit bouton

De rose a fleuri le veston

D’un vague chien de commissaire,

Quelle misère !

Cette bouteille était tombé’

De la soutane d’un abbé

Sortant de la messe ivre mort.

Une bouteille de vin fin

Millésimé, béni, divin,

Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route en cherchant, plein d’espoir,

Un brave gosier sec pour m’aider à la boire.

Car c’est une des pir’s perversions qui soient

Que de garder du vin béni par-devers soi.

Le premier refusa mon verre

En me lorgnant d’un œil sévère,

Le deuxième m’a dit, railleur,

De m’en aller cuver ailleurs.

Si le troisième, sans retard,

Au nez m’a jeté le nectar,

Le quatrième, c’est plus méchant,

Se mit en quête, d’un agent.

Car, aujourd’hui, c’est saugrenu,

Sans être louche, on ne peut pas

Trinquer avec des inconnus.

On est tombé bien bas, bien bas...

Avec la bouteille de vin fin

Millésimé, béni, divin,

Les flics se sont rincé la dalle,

Un vrai scandale !

Cette pauvre poignée de main

Gisait, oubliée, en chemin,

Par deux amis fâchés à mort.

Quelque peu décontenancé’,

Elle était là, dans le fossé.

Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route avec l’intention

De faire circuler la virile effusion,

Car c’est une des pir’s perversions qui soient

Qu’ de garder une poignée de main par-devers soi.

Le premier m’a dit : "Fous le camp !

J’aurais peur de salir mes gants."

Le deuxième, d’un air dévot,

Me donna cent sous, d’ailleurs faux.

Si le troisième, ours mal léché,

Dans ma main tendue a craché,

Le quatrième, c’est plus méchant,

Se mit en quête d’un agent.

Car, aujourd’hui, c’est saugrenu,

Sans être louche, on ne peut pas

Serrer la main des inconnus.

On est tombé bien bas, bien bas...

Et la pauvre poigné’ de main,

Victime d’un sort inhumain,

Alla terminer sa carrière

A la fourrière !



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Commentaires de l'article
Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".
31 août 2010 - 13h41 - Posté par Vincent Crosetti

Merci de le rappeler ici, Georges Brassens n’a pas écrit que "Chanson Pour L’Auvergnat" (au fait qu’en pense le sinistre de l’intérieur ?) mais aussi cette chanson superbement écrite et comme d’autres, hélas, beaucoup moins connues... On se sent parfois un peu seul à les "défendre"... car "Il y a peu de chance qu’on détrône le Roi Des ... et Les Imbéciles qui sont nés quelque part"...



Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".
1er septembre 2010 - 08h57

Le temps d’une chanson pour illustrer des relations humaines dans ce qu’elles ont de plus détestables.....

J’accroche ( pas une rose ) un oeillet à ton corsage

La bouteille,même si c’est une "horrible piquette" comme chantait Ferrat,sera le plus sublime des nectar si nous la buvons ensemble

Et ma poignée de mains accompagnée d’un énorme "poutou" !

LR



Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".
1er septembre 2010 - 12h15 - Posté par pooosoook

Un autre morceau également chanté ( en partie ) par le Grand George , écrit par le non-moins grand Jean Richepin

A chaque fois mes yeux s humidifient à l écoute de ce morceau dans la version chanté d un artiste contemporain : Remo gary

pour moi la plus belle métaphore de notre société malheureusement encore trop d actualité ... En reste t il de ces oiseaux là ?

* Jean RICHEPIN (1849-1926)

Les oiseaux de passage

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. "

Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent feraient éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.



Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".
1er septembre 2010 - 12h36 - Posté par LL

Merci, je ne la connaissais pas !


Georges BRASSENS "La rose, la bouteille et la poignée de main".
23 octobre 2010 - 09h16 - Posté par

Une autre que vous connaissez peut-être pas :

Il n’a pas eu le temps de la mettre en chanson : Le fidèle

Le seul arbre qu’il connaissait sous sa fenêtre florissait,
c’était le rustique absolue, l’homme d’un seul jardin pas plus,

Et les globes trotters, et les explorateurs, coureurs de forêt vierges,
regardaient étonnés, ce bonhomme enchaîné à sa tige d’asperge,

Bonhomme sais-tu pas qu’il existe là bas, des forêt luxuriante
des forêts de Bondy, des forêts de Gastine et de Brocéliande,

Et l’homme répondit, je le sais bien pardi, mais le diable m’emporte,
si je m’en vais chercher au diable ce que j’ai juste devant ma porte ;

Je n’ai vu qu’un seul arbre, un seul, mais je l’ai vu
et je connais par coeur sa ramure touffue
et ce tout petit bout de branche me suffit
pour connaître une feuille il faut tout une vie.

Si l’envie vous prenait de vous pendre haut et court, soyez gentils,
ne vous pendez pas à mon arbre.

Il n’avait jamais voyagé plus loin que l’ombre du clocher,
C’était autochtone absolue, l’homme d’un seul pays pas plus.

Et les globes-trotters et les explorateurs, tous les gens du voyage,
regardaient étonnés, cet être cantonné à son petit village.

Bonhomme sais-tu pas qu’il existe là bas, derrière tes montagnes
des pays merveilleux bien loin sous d’autres cieux, des pays de Cocagne ?

Et l’homme répondit je le sait bien pardi, mais le diable m’emporte,
si je m’en vais chercher au diable ce que j’ai juste devant ma porte.

Je n’ai vu qu’un village un seul mais je l’ai vu,
et ses 4 maisons ont su combler ma vu,
et ce tout petit bout de monde me suffit,
pour connaître une rue il faut tout une vie.

Si l’envie vous prenez de tirer le canon, soyez gentils,
ne tirez pas sur mon village.

Il n’avait jamais embrassé personne que sa fiancée,
c’était le fidèle absolue, l’homme d’un seul amour pas plus.

Et les globes-trotteurs et les explorateurs, coureur de bagatelle
regardait étonnés cet être enchaîné à son bout de dentelle.

Bonhomme sais tu pas qu’il existe là bas, des beautés par séquelles,
et qu’on peu sans ennui connaître mille nuits de noces avec elles.

Et l’homme répondit je le sais bien pardi mais le diable m’emporte,
si je m’en vais chercher loin d’ici, ce que j’ai juste devant la porte.

Je n’ai vu qu’un amour, un seul mais je l’ai vu
et ce grain de beauté à su combler ma vue,
et ce tout petit bout de Vénus me suffit,
pour connaître une femme il faut tout une vie.

Si l’envie vous prenez de courir les jupons, soyez gentils,
ne courez pas après ma belle.

Le seul arbre qu’il connaissait sous sa fenêtre florissait,
c’était le fidèle absolue l’homme d’un seul amour pas plus.

bises
nanou





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