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Abu Ammar, une vie palestinienne


de : MICHELE GIORGIO
mercredi 10 novembre 2004 - 03h37 - Signaler aux modérateurs
7 commentaires

De la lutte armée de Al Fatah à l’affrontement avec les régimes arabes, des massacres de Amman et Beyrouth à l’exil, de la première Intifada au retour dans la patrie, jusqu’à la paix de Washington de 93 avec l’Israélien Rabin. De la nouvelle Intifada à l’assaut de Sharon à la Muqata. Pour l’Etat de Palestine et la paix au Moyen-Orient.

de MICHELE GIORGIO

Yasser Arafat est en train de s’éteindre - désormais sans espoir - à l’hôpital militaire de Percy où les médecins militaires français ont tenté en vain de le sauver d’une mystérieuse maladie du sang qui l’a mené d’abord au coma et enfin à la mort qu’on annonce "cérébrale". Arafat meurt donc. Un destin amer pour le président palestinien qui avait toujours exprimé de son vivant le désir de mourir sur sa terre et d’être enseveli à Haram Sherif, l’Esplanade des mosquées à Jérusalem où il n’a jamais pu se rendre en visite depuis le jour de son retour en Palestine, il y a dix ans, même pas à l’époque de l’accord d’Oslo avec Israël qui lui avait pourtant valu le prix Nobel pour la paix, partagé avec Yitzhak Rabin et Shimon Peres. Lors de ses derniers moments de lucidité avant le coma peut-être se sera-t-il consolé en pensant qu’il a au moins pu mourir en homme libre et non confiné dans son bureau de Ramallah où il est resté pendant presque trois ans sur décision du gouvernement israélien.

"Sans lui, je me sens orpheline"

"Sans Yasser Arafat je me sens orpheline", a dit hier une jeune fille de Ramallah réfléchissant sur la mort du leader. Orpheline parce que Abu Ammar, Khitiar (le Vieux), comme tous les Palestiniens appelaient affectueusement ce petit homme à la barbe hirsute, toujours prêt à sourire, que tant de gens ont admiré en Occident pour avoir aussi incarné pendant plus de 40 ans la cause d’un peuple qui a tout perdu et qui, en majorité, vit dans des camps de réfugiés dans les pays arabes et dans les Territoires occupés. Un mythe qui a grandi surtout après la ruineuse défaite arabe de la "Guerre des six jours" parmi les réfugiés qui cherchait la revanche non seulement envers Israël mais aussi à l’endroit de ce monde arabe qui continuait à trahir la cause palestinienne.

Arafat ne rompit jamais avec les régimes arabes, il ne favorisa pas ces processus révolutionnaires que son mouvement de libération faisait craindre aux leaders du Moyen-Orient, nationalistes en paroles et dans les faits liés aux Etats-Unis avec du fil double. Une politique des petits pas, d’alliances spéciales, de relations personnelles qui se soudaient et se brisaient continuellement, qui pour beaucoup a représenté un point fort et, en même temps, le talon d’Achille du leader palestinien. La vie de Arafat a été enveloppée de mystère, exactement comme sa mort. A commencer par ses lieu et date de naissance. Lui affirmait être né le 4 août 1929 à Jérusalem tandis que son certificat de naissance officiel mentionnait l’Egypte, au Caire, le 24 août 1929. Ce qui est sûr, c’est qu’il vit le jour dans une importante famille de Jérusalem, les Husseini. Son vrai nom était Mohammed Abd al-Rahman Abd al-Raouf Arafat mais son surnom de guerre était Abu Ammar.

Après avoir passé son enfance au Caire et puis à Jérusalem chez un oncle (après que sa mère était décédée quand il avait quatre ans), à peine arrivé à l’Université, il se joint au mouvement naissant de la jeunesse palestinienne, provenant de milieux à orientation islamique. En 1956, il participa à la guerre de Suez dans les rangs de l’armée égyptienne. Par la suite, il alla au Kuweit et en octobre 1959, il fonda - avec Khalil Wazir (Abu Jihad), Salah Khalaf (Abu Iyad) - Al Fatah, le mouvement de libération destiné à devenir la principale composante de l’Olp. Sorti indemne du "septembre noir" de 1970, quand le roi Hussein de Jordanie déclencha une répression sanguinaire contre les feydahin palestiniens, Arafat transféra le quartier général de l’Olp à Beyrouth. Ce fut une période d’une importance exceptionnelle pour la croissance de l’Olp qui, par ailleurs, vit Arafat ébaucher pour la première fois en public une solution de compromis avec Israël quand face à l’Assemblée des Nations Unies, il prononça le fameux discours du "rameau d’olivier et du fusil" qui offrait à l’Etat juif la possibilité de choisir le voie de la négociation avec les Palestiniens ou bien la guerre.

Beyrouth 1982, Sabra et Chatila

L’invasion israélienne du Liban en 1982, où il participa à une résistance héroïque, à côté de ses guerriers, obligea Arafat à se mettre à l’abri à Tunis (laissant sans défense les camps de réfugiés où quelques semaines plus tard la milice libanaise, alliée d’Israël, accomplirait le massacre de Sabra et Chatila). En abandonnant progressivement la lutte armée, le président palestinien commença à tisser à partir de la Tunisie une toile d’araignée de rapports avec le monde entier. En 1991, il se rangea toutefois aux côtés de l’Irak dans la première guerre du Golfe déclenchée par les Etats-Unis après l’invasion du Kuweit. Cette position se révéla être un désastre pour les Palestiniens qui furent chassés de l’émirat par centaines de milliers pendant que l’Olp se voyait couper les financements des pays arabes et resta isolée pendant plus de deux ans.

En septembre 1993, après de secrètes négociations avec Israël médiatisées par la Norvège, Arafat réussit à parvenir à la signature de la Déclaration de principes et à la poignée de mains historique avec Rabin à Washington. L’année suivante, le Nobel pour la paix lui fut attribué. Oslo était un accord faible qu’une douzaine d’organisations palestiniennes repoussèrent mais la population resta du côté de Arafat qui le 1er juillet 1994, après 27 ans d’exil, revint en Cisjordanie et à Gaza à la tête de l’Autorité nationale palestinienne, née quelques mois auparavant. Mais en 1995, le premier ministre israélien Rabin, l’interlocuteur du processus de paix, fut tué par un membre de l’extrême-droite israélienne. En 1996 (avec 87,1 % des votes), Arafat est élu officiellement président de l’Anp. Les journées de juillet 2000 resteront inscrites pour toujours dans la biographie de Arafat.

L’échec de Camp David 2

A Camp David, après des jours et des jours d’intense négociation, les entretiens sur le statut définitif des Territoires occupés avec le premier ministre israélien Ehud Barak échouent. Israël (et le président des Usa de l’époque, Bill Clinton) accusent Arafat d’avoir refusé des "offres territoriales généreuses" jamais faites auparavant aux Palestiniens par un leader de l’Etat juif et d’avoir donné, de fait, un coup de pied à la paix entre les deux peuples. Une accusation qu’Arafat a toujours repoussée, rappelant qu’il n’aurait jamais pu abandonner à leur destin 4 millions de Palestiniens et céder Jérusalem toute entière, y compris la partie arabe (Est) et ses lieux saints, au contrôle définitif d’Israël. Il confiera par la suite à ses collaborateurs n’avoir reçu aucune aide et aucun soutien du monde arabo-islamique ni de l’Occident durant les journées de Camp David et s’être retrouvé seul face à des choix qui ne concernaient pas que le peuple palestinien.

En septembre 2000, la position de leader d’Arafat est mise en discussion par Israël et par les Etats-Unis. Le début de la seconde Intifada - qui explose après la promenade provocatrice de Sharon sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem - serait la preuve, selon Tel-Aviv et Washington, qu’Arafat n’avait jamais abandonné la voie de la violence. Il est ouvertement accusé d’"encourager le terrorisme" alors que les formations palestiniennes les plus radicales le trouvent trop "mou" et de favoriser la corruption. Il y a, c’est sûr, l’erreur commise par Arafat de ne pas comprendre que l’Intifada de populaire qu’elle était, allait prendre, à cause aussi de la dure répression mise en oeuvre par Israël, un caractère de plus en plus violent et être détournée par les organisations islamiques, Hamas et Jihad. Le reste est de l’histoire récente : la frontière sous la menace des chars israéliens à Ramallah, la nomination (voulue par les Usa et Israël) d’un premier ministre palestinien, les luttes intestines de l’Anp, l’isolement international et enfin cette agonie finale. On écrira et on parlera beaucoup de lui, en termes favorables ou bien de condamnation. Yasser Arafat, Abu Ammar, Khitiar, restera de toute façon pour toujours un symbole du peuple palestinien et un des hommes politiques internationaux les plus importants des derniers 50 ans.

traduit de l’italien par karl & rosa de bellaciao

 http://www.ilmanifesto.it/Quotidian...



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Commentaires de l'article
> Abu Ammar, une vie palestinienne
10 novembre 2004 - 06h56

Probablement qu’on s’en souviendra, mais quel fiasco quand meme que sa politique pour le peuple palestinien.



> Abu Ammar, une vie palestinienne
10 novembre 2004 - 11h40 - Posté par

quel fiasco ?

c’est le fiasco de l’onu de ne pas imposer l’application ferme de toutes ses résolution à l’état terroriste d’israel !

c’est le fiasco des usa qui n’ont à la bouche que la "démocratie" et qui sont les premiers à aider israel dans sa purification ethnique de la palestine

la propagande israeliénne "nouvelle maniére" : les pôvres palestiniens qui ont à leur tête un homme
qui les perd !!! on croit rêver !


> Abu Ammar, une vie palestinienne
11 novembre 2004 - 13h34 - Posté par

Pas de fiasco, aujourd’hui grâce à Abou Ammar l’histoire du peuple Palestinien, sa cause, ses droits sont devenus un problème international. Abou Ammar, je devrais dire Abou Phalestine a changé les regards du monde sur les Palestiniens. Avant, pour le monde occidental ils n’étaient qu’une poignée de réfugiés attendant la charité de ce même monde. Aujourd’hui nous sommes tous conscients que ce peuple a des droits comme tous les peuples du monde... Chapeau bas, Monsieur Arafat, je devrais dire kéffié bas...
Lila


> Abu Ammar, un résistant palestinien
11 novembre 2004 - 14h06 - Posté par

En ce triste jour pour les paslestiniens, je salue cet homme qui a été jusqu’à donné sa vie pour ne pas trahir ses frères et soeurs. Son attitude me fait penser à Che Guevara. Leur noblesse aura été de ne pas trahir. J’espère que le moment de détresse dans lequel se trouve les palestiniens leur permettra de faire corps autour d’un nouveau guide.

En ce qui concerne la situation dans laquelle se trouve le peuple palestien aujourd’hui, je pense qu’il nous faut dépasser nos révoltes individuelles. Si l’on veut réellement les aider, rien ne sert de s’envoyer des anathèmes à la figure. Si l’on veut sincèrement les aider à résoudre le problême ils nous faut, avec calme et argumentation honnête, repartir de la situation de départ et suivre le cheminement des décisions qui ont amené à cette catastrophe.

Bonne réflexion. Je reviendrai un peu plus tard. A.L.


> Abu Ammar, un résistant palestinien
11 novembre 2004 - 22h53 - Posté par

JE SUIS TRISTE RIEN A DIRE


> Abu Ammar, une vie palestinienne
11 novembre 2004 - 22h53

je suis triste de la mort d’ARAFAT



> Abu Ammar, une vie palestinienne
21 décembre 2004 - 10h42 - Posté par

avec le recul tout celà sera aussi une véritable et probablement la seulle opportunité de déposer les armes de part et d’autre....La meilleur des solutions aurait été et depuis le debut de faire un seul et même territoire laïc où cohéxiste toutes les tendances religieuses avec pour capital Jérusalem...bref, la Palestine...Trop de religiosité flingue l’humain qui est en nous !
Commencez d’abord par brûler vos "bouquins" périmés et vous vous regarderez avec des yeux d’humains....

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