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Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
de : La Louve
dimanche 30 janvier 2011 - 22h57 - Signaler aux modérateurs
3 commentaires

Chers amis et camarades,

Je me permets de vous adresser ces quelques extraits tiré du livre de Nicos Poulantzas "La crise des dictatures - Portugal, Espagne, Grèce", publié chez Maspero en 1975, et complètement dans l’actualité. En fait, il aurait fallu tout recopier ou presque, mais cela m’était impossible (j’ai déjà passé tout mon dimanche après-midi à recopier tout ce qui suit pour que cela puisse circuler, nous nourrir, et faire débat). J’ai donc fait des choix (je n’exclus pas de recopier d’autres passages plus tard avec un peu de temps) et des coupes. J’ai essayé de faire en sorte qu’en général ces "coupes" portent sur les éléments chiffrés ou factuels et de faire en sorte de ne pas "dénaturer" l’idée générale du livre, ou du passage cité.

Mais enfin, cela m’a semblé urgent de le re-publier par les voies électroniques et en accès libre, intéressant et instructif, et pas seulement pour ce que cela dit des évènements actuels en Tunisie et en Egypte bien sûr.

Mais aussi pour ce que cela dit d’une certaine manière d’analyser. De l’analyse de classes et des couches sociales ,analyse dont nous avons souvent perdu l’habitude, et surtout, de la méthode d’analyse et des concepts-outils utilisés ; notamment la notion d’hégémonie gramscienne, travestie récemment par Sarkozy et Soral, qui était très chère à Poulantzas et sans laquelle on ne peut pas le comprendre ( le comprendre comme un "révolutionnaire véritable", lui dont les "opposants" plutôt néo-staliniens comme Balibar au sein du PCF ont si souvent disqualifié les travaux en insinuant qu’il était "réformiste " ou "social-démocrate", parce que Poulantzas n’a eu de cesse de s’interroger sur la question de la transition au socialisme...).

"Détesté" par la plupart des néo-trotskistes comme des néo-staliniens (pour des raisons évidemment différentes), Poulantzas, ( marxiste en réalité très marqué par Lénine ), que j’ai découvert avec des frissons l’an dernier, est je crois, un penseur et analyste marxiste majeur du 20ème siècle trop injustement (et malheureusement) méconnu ou méprisé dans le "mouvement communiste français".

Pourquoi "majeur" ? Parce qu’il analysait des éléments économiques et politiques concrets, chiffrés même, avec des concepts et des outils mentaux "faits pour nous", mais éprouvés par l’histoire, et qu’il en tirait des "conclusions" politiques lumineuses (avec lesquelles je ne suis pas tjs en accord, je précise, mais qui ne peuvent qu’amener à des débats de qualité), pour tendre toujours vers sa voie, la nôtre, la révolution. Ce n’était pas un idéaliste, il maniait magnifiquement, avec clarté, et intelligibilité, le rapport permanent faits/théorie/praxis. Il savait qu’on ne bâtit pas une situation possiblement révolutionnaire avec ce que l’on aimerait que les choses ou les classes soient, mais avec ce qu’elles sont en réalité dans un moment et un contexte donné et qu’il importe d’abord de pouvoir SAVOIR pour POUVOIR, comme disait Lénine. La réflexion comme guide à l’action. Sans toutefois jamais céder à la facilité répugnante qu’ont certains de "tordre la dialectique" pour en faire un prélude au renoncement et à la collaboration de classe. Il a, je crois, quelques héritiers, rares, de par le monde.


pp 37 à 44

Chap. "Les dictatures, les Etats-Unis et l’Europe"

Après ces remarques, qui visaient à la fois à montrer le primat des "facteurs internes" sur les "facteurs externes", et à baliser le rôle des contradictions internes au sein même des appareils de ces dictatures dans leur renversement ou leur pourrissement, il convient d’évoquer la stratégie propre des Etats-Unis à l’égard de ces régimes.

Là aussi, il faut se garder d’explications simplistes : tout d’abord, et c’est trop évident pour qu’on y insiste, les Etats-Unis ont systématiquement et constamment soutenu ces régimes militaires ; dans le cas grec, ils ont même joué un rôle éminent dans son instauration. Mais il serait faux soit d’en tirer la conclusion que le renversement ou le pourrissement s’est fait et se fait en dépit ou contre la "volonté" des Etats-Unis, soit, à l’inverse, qu’il est fait ou se fait à l’instigation directe des Etats-Unis. En raison des circonstances dans lesquelles le changement de régime a eu lieu, cette dernière erreur a été particulièrement commise à propos de la Grèce : de nombreux secteurs de l’opinion publique européenne y ont vu un Kissinger expédiant un KAramanlis en Grèce afin de démocratiser un régime devenu encombrant, le parti communiste grec de l’extérieur et A. Papandréou ayant, pendant les premiers jours, vu là eux aussi le doigt des Américains, mais qui auraient cherché à perpétuer le "monarcho-fascisme" sous une autre façade.

Ces explications négligent le poids spécifique des facteurs internes ; mais, surestimant le rôle des États-Unis, elles se trompent également sur le sens de la politique américaine.

1. Il y a certes, une stratégie globale des Etats-Unis dans la phase actuelle de l’impérialisme, mais il n’y a pas une tactique des Etats-Unis, il y en a bel et bien plusieurs.

LEs Etats-Unis ont acquis une longue expérience dans la répression des peuples et dans leur rôle de gendarme des bourgeoisies occidentales : ils ne mettent pas tous leurs oeufs dans le même panier et en fait de stratégie, ils ne misent pas sur une seule carte.

En fait, les Etats-Unis gardent toujours plusieurs cartes en main. Bien entendu, toutes les cartes ne sont pas pour eux équivalentes et ils en préfèrent certaines à d’autres, bien que souvent, ils les jouent simultanément. Mais cela veut dire que leur stratégie peut s’adapter à plusieurs solutions dans les pays de leur zone de dépendance.

Cela est net dans le scénario qui s’est joué en Grèce, mais également jusqu’ici au Portugal, ou qui se joue actuellement en Espagne. En Grèce, et par ordre de préférence pour les Etats-Unis :

 soutien presque jusqu’à la fin, à la dictature militaire, qui pourtant, sous ses formes et en raison de son pourrissement, devenait un cheval de bataille de moins en moins sûr ;

 solution d’une évolution de la dictature vers une façade "légale" qui a échoué sous Markezinis-Papadopoulos en 1973, mais qui aurait pu être rééditée ;

 solution d’un changement politique plus important, mais où l’appareil militaire continuerait à maintenir des "domaines réservés" ;

 solution Karamanlis ;

 solution Kanellopoulos, homme de droite libéral bien plus ouvert aux organisation de résistances que Karamanlis ;

 solution d’un gouvernement de transition sous l’égide du centre, à caractère vaguement social-démocrate de droite, du genre actuel en Allemagne, etc.

Des scénarios analogues peuvent être écrits en ce qui concerne le POrtugal, du soutien au noyau dur de la dictature à un caetanisme à façade libérale, jusques et y compris une certaine forme de spinolisme ou de gouvernement centriste (voir même l’ambiguité actuelle de la politique américaine à l’égard du POrtugal), et l’on pourrait en dire autant de l’Espagne et des solutions qui s’y dessinent.

Toutes ces solutions, il est vrai, ne sont sont soutenues par les États-Unis ni avec la même intensité, ni avec la même constance, ni par les mêmes moyens : leur attitude, face à la multiplicité des solutions "acceptables" possibles, passe des divers degrés de soutien à l’acceptation plus ou moins passive des solutions qu’ils considèrent comme un "moindre mal" - jusqu’au point de rupture, certes. Mais cela montre qu’il serait fort simpliste de considérer que tout changement qui, dans les pays dépendants, ne dépasse pas le point de rupture est dû ou correspond à une volonté consciente et univoque des États-Unis. Dire par exemple que, en Grèce, la solution Karamanlis correspond à la "volonté" des Etats-Unis est à la fois vrai et faux, dans la mesure où elle ne représentait pour eux qu’une carte parmi d’autres, à la fois en retrait et en avance, dans l’ordre de préférence, par rapport à d’autres.

Cette tactique polyvalente des Etats-Unis, que l’on doit par ailleurs rapprocher de la tactique semblable des bourgeoisies en général concernant les formes de leur domination politique sur les masses populaires (le cas extrême, par exemple, des gouvernements social-démocrates, solution poursuivie ou simplement tolérée par les bourgeoisies selon les circonstances), présente à la fois des avantages et des inconvénients pour eux. Des avantages : elle permet la perpétuation de leur domination sous des formes diverses, adaptables aux circonstances concrètes. Des inconvénients : à force de démultiplier les tactiques, et étant donné l’importance du poids des facteurs internes de chaque pays et au premier chef des luttes de leurs masses populaires, les risques de dérapage et de perte de contrôle de telle ou telle solution, originellement jugée comme acceptable ou même souhaitable, se multiplient.

Il arrive alors fréquemment, dans la phase actuelle de montée des luttes au niveau mondial, que, à des degrés divers, des cartes leur échappent. C’est ce qui nous importe particulièrement ici, car la perte de contrôle est nette, pour les Etats-Unis, dans le cas du Portugal, et le dérapage s’est aussi produit, dans une certaine mesure avec Karamanlis dans le cas de l’affaire chypriote.

A cela s’ajoute un deuxième élément, quant à la stratégie mondiale des Etats-Unis. Il concerne l’extension du spectre des solutions jugées acceptables ou tolérables pour tel ou tel pays, dans une région du monde, notamment en Europe. Cette extension dépend, pour un pays déterminé , des possibilités de rattrapage offertes ou non par les autres pays de la même zone. Cela apparaît nettement dans l’affaire de Chypre : après l’échec de la carte grecques des colonels pour un partage de l’île qui l’intègrerait à l’OTAN, c’est la carte turque qui a été jouée, avec succès cette fois, par les Américains, de telle sorte que le partage de l’île, principal but recherché, semble déjà de toute façon, chose pratiquement faite. En ce qui concerne notamment la question de l’OTAN et des bases américaines dans le bassin méditerranéen, le degré d’escalade des Etats-Unis contre des régimes qui peuvent mettre en cause leurs privilèges régaliens dépend des possibilités de déplacement de leurs bases dans des pays avoisinants.

Cela explique, entre autres, le fait que, après les évènements du Portugal et de la Grèce, avant même ceux, prévisibles à brève échéance en Espagne, c’est vers l’Italie que se déplace la stratégie des Etats-Unis - sans que cela veuille dire, loin de là, que ceux-ci ont déjà tiré un trait sur le Portugal ou la Grèce !

2. Cette pluralité de tactiques des Etats-Unis n’est pas due simplement à une attitude consciente de leur part : elle tient également aux contradictions même du capital américain. En effet, une autre façon de surestimer l’ennemi consiste à sous-estimer ses contradictions internes. Le capital américain internationalisé et les grandes firmes multinationales américaines connaissent des contradictions importantes avec les fractions de ce capital à base d’accumulation et d’expansion, principalement à l’intérieur du pays ; d’où une oscillation de la politique américaine entre un expansionnisme agressif, qui l’emporte constamment, et une tendance permanente vers une forme d’isolationnisme. Une autre contradiction existe, qui ne recoupe pas purement et simplement la première, entre grand capital monopoliste et capital non monopoliste, encore important aux Etats-Unis : elle se manifeste, entre autres, par la forme particulière de fonctionnement des lois antitrusts aux Etats-Unis qui, dernièrement encore, ont mis en difficulté des firmes multinationales de sinistre réputation comme les ITT ou les ATT. Etant donné la forme de régime propre aux Etats-Unis, ces contradictions internes se traduisent en contradictions importantes au sein des appareils d’Etat. C’est là un cas original de "fascisme extérieur", c’est à dire d’une politique extérieure qui, le plus souvent, n’hésite pas à recourir aux pires génocides, pourtant incarnée par des institutions qui, loin de représenter certes, un cas idéal de démocratie bourgeoise -on n’a qu’à penser, entre autres, à la situation des minorités sociales et ethniques aux USA - n permettent néanmoins une représentations organiques des diverses fractions du capital au sein des appareils et des branches de l’appareil d’Etat. Un tel régime, s’il est fondé sur une véritable union sacrée de la grande majorité de la nation sur les objectifs politiques principaux (union sacrée sur laquelle il y aurait beaucoup à dire), s’accompagne nécessairement de contradictions constantes et ouvertes au sein des appareils d’Etat.

Ces contradictions s’expriment précisément dans les tactiques divergentes et simultanées des divers appareils d’Etat des Etats-Unis, en matière de politique extérieure. LA CIA, le Pentagone et l’appareil militaire, les Affaires étrangères, l’Exécutif -l ’administration- et le Congrès adoptent souvent des tactiques différentes : on l’a vu, on le voit encore, pour la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Qui plus est , ces tactiques sont parfois parallèles, suscitant des réseaux eux-mêmes parallèles qui s’ignorent ou même se combattent les uns les autres. Le cas de la CIA et du Pentagone court-circuitant littéralement le département d’Etat dans l’affaire chypriote, ou plus récemment, au Portugal, offre un exemple caractéristique de ces pratiques. Ces contradictions ont aussi leurs effets propres, et les risques de dérapages s’en trouvent accrus d’autant. (....)

Toutes ces remarques conduisent en définitive aux mêmes conclusions : non seulement les facteurs internes des divers pays de la zone d’influence des Etats-Unis jouent le rôle principal dans les diverses conjonctures mais les interventions mêmes de la politique extérieure des Etats-Unis, en raison des tactiques polyvalentes et des contradictions qu’elles cristallisent, laissent à ces pays une marge de manœuvre tentant, en dernière analyse, aux contradictions propres de l’adversaire.(...)".

*******

pp.45 à 68

Chap. "Les classes dominantes"

La question essentielle dans le renversement des régimes dictatoriaux au Portugal et en Grèce, dans les modifications qui s’annoncent en Espagne est : quel rôle exactement ont joué les facteurs "internes" ? plus précisément, de quelle façon les facteurs dits "externes", concernant les modifications de la phase présente de l’impérialisme, se sont reproduits et intériorisés au sein même des structures économico-sociales et politiques de ces pays ?

Le premier point concerne les modifications au sein des classes dominantes de ces pays. Il faut rappeler ici les remarques à propos des nouvelles formes de dépendance caractérisant, pour certains pays dépendants, leurs rapports au centre de l’impérialisme : d’une part, destruction , en raison des formes que revêtent les importations actuelles de capitaux étrangers au sein de ces pays, des modes et formes de production pré-capitalistes ; d’autre part, le processus d’industrialisation dépendante de ces pays en raison de la tendance, au seins du procès actuel d’internationalisation de la production et du capital, du capital étranger à s’investir dans des secteurs du capital industriel directement productif.

Cela permet l’émergence ou le développement dans ces pays d’une nouvelle fraction de leurs bourgeoisies, ce qui est très net en Grèce et en Espagne et, à un moindre degré au Portugal : fraction que j’ai appelée ailleurs "bourgeoisie intérieure". (...) Ces bourgeoisies ne se limitent d’ailleurs pas au seul domaine industriel, elles s’étendent aux domaines qui dépendent directement de ce processus d’industrialisation : transports, circuits de distribution des biens (capital commercial), ou même à celui des divers services (tourisme notamment). Ces bourgeoisies se distinguent des anciennes fractions de la bourgeoisie par la complexité nouvelle de leurs rapports avec le capital étranger.

Tout d’abord, elles se distinguent de la bourgeoisie compradore (parfois désignée sous le terme d’oligarchie) celle dont les intérêts sont entièrement subordonnés à ceux du capital étranger, et qui fonctionne, en quelque sorte, comme relais et intermédiaire direct pour l’implantation et la reproduction du capital étranger dans ces pays. L’activité de cette bourgeoisie compradore a souvent un caractère spéculatif, elle est concentrée dans les secteurs financiers et bancaires commerciaux mais peut aussi se retrouver dans le secteur industriel dans des branches entièrement dépendantes et subordonnées au capital étranger. (...)Du point de vue politique, cette bourgeoisie est le véritable support et agent du capitalisme impérialiste étranger.

En revanche, la bourgeoisie intérieure, tout en étant dépendante du capital étranger, présente des contradictions importantes avec lui. tout d’abord parce qu’elle est sevrée dans le partage du gâteau de l’exploitation des masses : le transfert léonin de la plus-value se fait à ses dépens et en faveur du capital étranger et de ses agents, la bourgeoisie compradore. Ensuite parce que, concentrée principalement dans le secteur industriel , elle est intéressée à un développement industriel qui soit moins polarisé vers la mise en coupe réglée du pays par le capital étranger, à une intervention de l’Etat qui lui assurerait des chasses gardées, à l’intérieur, mais qui la rendrait aussi plus compétitive face au capital étranger ; elle souhaite une extension et le développement du marché intérieur par une certaine élévation du pouvoir d’achat et de consommation des masses qui lui offrirait plus de débouchés ; elle recherche enfin une aide de l’Etat qui lui permettrait de développer ses exportations.(...)

Quoi qu’il en soit, on voit bien que la distinction entre bourgeoisie intérieure et bourgeoisie compradore ne renvoie pas à une distinction simpliste entre une bourgeoisie "enfermée", "isolée" dans son espace national et une bourgeoisie internationalisée, bref à une distinction spatiale, mais au procès d’internationalisation du capital. (...)

Quoi qu’il en soit, ces raisons expliquent un fait capital : dans le contexte de ces régimes dictatoriaux, il s’est progressivement dégagé une convergence conjoncturelle et tactique des intérêts de la bourgeoisie intérieure, d’une part , de ceux de la classe ouvrière et des masses populaires d’autre part, avec pour objectif le remplacement de ces régimes par des régimes "démocratiques".

Ce fut la convergence essentielle, même si elle implique, comme base de compromis, une certaine limitation des privilèges régaliens détenus jusque là par les capitaux étrangers et la bourgeoisie compradore (...)

Ainsi les évènements en Grèce et au Portugal (on le verra dans un instant) mais aussi ceux qui sont en train de survenir en Espagne, loin de prouver, comme on le dit parfois, les possibilités d’une alliance stratégique des masses populaires avec les fractions de la bourgeoisie, sur la base d’un processus de libération nationale et de transition au socialisme (comme s’il s’agissait de réelles bourgeoisies nationales), prouvent exactement le contraire. Non seulement il ne s’est pas trouvé - c’était à prévoir- de fractions de ces bourgeoisies susceptibles d’appuyer un processus de transition au socialisme, mais il ne s’en est pas trouvé, tout au moins jusqu’aujourd’hui, qui fussent prêtes à appuyer ne serait-ce que des objectifs anti-monopolistes de type Programme Commun (...)

Mais d’un autre côté on constate dans les pays qui nous occupent un phénomène capital, qui tient précisément à leurs particularités, à savoir, pour l’essentiel, à la forme de régime de dictature qui y sévissait ou qui y sévit : une véritable alliance tactique de larges secteurs de la bourgeoisie et des forces populaires s’y est bel et bien originellement constituée ou s’y constitue, mais sur un objectif précis et limité, qui fut le renversement des dictatures militaires et leur remplacement par des régimes "démocratiques" Rappelons en outre l’élément particulier à ces pays : ce sont précisément les secteurs monopolistes de la bourgeoisie intérieure qui ont été les fers de lance de son opposition progressive à ces régimes, entraînant avec eux les secteurs du capital non monopoliste.

Là un premier problème se pose - à vrai dire, secondaire : les organisations principales de résistance des masses populaires, en particulier les partis communistes, ont-ils eu raison d’accepter, comme ce fut le cas pour tous, une alliance avec les bourgeoisies intérieures, soit ouvertement formulée, soit de fait, avec pour objectif précis et limité le seul renversement de ces régimes. LA réponse est incontestablement affirmative. Pour abattre le fascisme, comme le disait justement Trotsky, il faut s’allier même avec le diable. Ce qu’il faut bien voir, c’est que progressivement, au sein de la majeure partie de la résistance, les divergences ne portaient plus guère, à cet égard sur le point de savoir si nous devrions faire une alliance tactique, mais si nous pouvions la faire, c’est à dire, si nous n’étions pas en train de courir après des fantômes : la bourgeoisie intérieure pouvait-elle être un allié ne serait-ce que sur cet objectif précis et limité, autrement dit, ses intérêts la portaient-ils bien vers un renversement du régime ? La réponse était loin de paraître évidente à tout le monde. Les faits ont montré que, dans la conjoncture de ces pays, c’était bel et bien le cas.

Le deuxième point est autrement plus important, et je le signale dès maintenant : sous l’hégémonie de qui cette alliance se fait-elle ? Inutile de se voiler la face : dans la conjoncture de renversement de ces régimes, elle s’est faite ou se fait sous l’hégémonie de la bourgeoisie intérieure, soit de façon nette, directe (Grèce, Espagne) soit pour le moment encore mais sous d’autres formes et de façon autrement plus hésitante et contestée (Portugal). Cela veut dire en clair que, même si cette bourgeoisie n’a pas la direction effective des luttes, et même si le renversement des régimes favorise considérablement les luttes, présentes et futures des masses populaires, le processus se développe jusqu’ici, dans une large mesure sinon pour l’essentiel, au profit de ses intérêts politiques. Corollaire inévitable : il n’y a pas eu de télescopage du processus de démocratisation et d’un processus de transition au socialisme et de libération nationale.

Ce qui, à son tour, pose une autre question : ce télescopage était-il ,dans la conjoncture mondiale et les données objectives de ces pays, seulement possible, ou alors -en revanche, et pis encore- l’enclenchement du processus de démocratisation ne devenait-il possible que dans la mesure précisément ou ce télescopage (c’est à dire l’économie d’une étape propre de démocratisation) était exclu ? Autrement dit, en termes politiques, dans l’articulation, au sein de ces pays des contradictions dépendance impérialiste/libération nationale, capitalisme/socialisme, dictature/démocratie, n’était-ce pas bel et bien cette dernière contradiction qui, en raison d’une part des nouvelles réalités de classe qu’elle recouvrait, d’autre part de l’échec relatif de la classe ouvrière et de ses organisations dans leur rôle hégémonique au sein de cette conjoncture, devenait progressivement la contradiction principale pour les débuts du processus de démocratisation ? (...)

Il est évident que cette démocratisation est autrement plus radicale si elle se fait - même sans télescopage de "l’étape démocratique" et de "l’étape socialiste"- dans un processus prolongé et ininterrompu par étapes, sous l’hégémonie et la direction effective de la classe ouvrière. Autrement dit, les formes de régime "démocratique" qui remplacent les dictatures risquent de rester longtemps hypothéquées par la façon dont ces régimes sont renversés. Hypothèque qui pèse encore pour l’instant sur le mouvement ouvrier : si le renversement de ces régimes est, ou sera, une conquête, considérable à plus ou moins long terme, du mouvement ouvrier, il est en même temps, il ne faut pas se leurrer, une victoire de cette bourgeoisie qui, en quelque sorte, en sort provisoirement renforcée. Situation qui contribue à l’instabilité caractéristique du processus de démocratisation dans ces pays."



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Commentaires de l'article
Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 08h23 - Posté par Copas

Il est évident que cette démocratisation est autrement plus radicale si elle se fait - même sans télescopage de "l’étape démocratique" et de "l’étape socialiste"- dans un processus prolongé et ininterrompu par étapes, sous l’hégémonie et la direction effective de la classe ouvrière.

ça porte un autre nom, ce processus...



Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 09h18 - Posté par

Oui et il le dit ailleurs.

Et souvent.

Ça s’appelle une révolution.


Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 12h06 - Posté par guillot

Le processus de "revolution ininterrompue par étape", c’est quoi ?

Cela s’appelle une révolution permanente pour résumer : transcroissance de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste. Et la description de ce processus ne date pas de Nicos Poulantzas, ni même la "révolution permanente", expression que l’on retrouve chez Trotsky il y a un siècle mais surtout chez Karl Marx dès 1858.

Le mot "étape" permet surtout de justifier des "pauses" dans le processus révolutionaire, à l’exemple des réformistes staliniens pendant la guerre d’Espagne en 1936-38 (entre autre)





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de Roberto Ferrario
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Mes amis, C’est certainement la dernière fois que j’aurai à m’adresser à vous. La force aérienne a bombardé les tours de Radio Portales et de Radio Corporación. Mes paroles ne sont pas marquées d’amertume mais de déception, et seront le châtiment moral de ceux qui ont trahi leur serment : les soldats du Chili, les commandants en chef titulaires et l’amiral Merino, qui s’est promu lui-même, sans oublier Monsieur Mendoza, général perfide qui, hier encore, (...)
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(video) LE SYNDICALISTE GAËL QUIRANTE EN GARDE A VUE. RASSEMBLEMENT DES 12H30
lundi 17 juin
de Roberto Ferrario
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LE RASSEMBLEMENT POUR GAËL AURA LIEU AU COMMISSARIAT DU 15e 250 RUE DE VAUGIRARD (Métro Vaugirard) aujourd’hui lundi 17 juin dès 12h30 Venez nombreux et faites tourner !! "On était au siège de La Poste pour négocier, la police a débarqué en mode Shining, à la hâche. Ils accusent T3s GaelQuirante de dégradations : mais c’est eux qui ont démoli les portes !" Gaël Quirante a été emmené en GAV ce dimanche, à 6h. "On était à deux doigts de signer un accord après un an de grève. (...)
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Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
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En mémoire de Marceline Lartigue 10/11/1961 - 28/04/2018
mercredi 30 mai
Le but de cet page est de récolter le maximum de souvenirs de Marceline, tout les contributions sont les bienvenues (photos, vidéos commentaires, pensée etc. etc.), et permettre doucement de faire passer ces moments si difficiles, merci https://www.facebook.com/MARCELINELARTIGUE.ORG
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Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante
mardi 8 mai
de Raphaël de Gubernatis
Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans (...)
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Adieu Marceline
lundi 7 mai
de Nicolas Villodre
Une cérémonie aura lieu lundi 7 mai à 13h30 au crématorium du Père Lachaise à Paris. Marceline Lartigue est partie avec le froid d’avril, samedi 28, victime d’une rupture d’anévrisme. Elle était danseuse, chorégraphe, militante de gauche depuis toujours, de père (Pierre Lartigue) et mère (Bernadette Bonis) en fille. L’attaque l’a prise, en plein mouvement, en pleine rue. Son compagnon Roberto Ferrario l’a vue tomber devant lui « pendant la diffusion de (...)
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