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Intervention au rassemblement du 21 mai


de : PARIS
mardi 24 mai 2005 - 23h37 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

Il y a exactement 134 ans, le 21 mai, c’était dans ce pays le début de la « Semaine sanglante » : 30 000 morts, ouvriers, femmes, enfants, vieillards, non seulement dans les combats mais dans les exécutions sommaires.

Les troupes versaillaises, appuyées par les troupes prussiennes, ont massacré, sabré, assassiné.

Dans la seule nuit 28 au 29 mai, à quelques pas d’ici, à la prison de La Roquette, plus de 1900 prisonniers désarmés étaient passés par les armes ; une boucherie sans précédent.

On assassine dans les ateliers, dans les rues, dans les cours d’immeubles, on arrête qui se présente. On désigne les vieux ou les jeunes, ou les femmes ou les enfants.

L’historien Lissagaray écrit :

« La lutte terminée, l’armée se transforma en un vaste peloton d’exécution. ».

Le chef des Versaillais, Adolphe Tiers, écrivait à ses préfets :

« Le sol est jonché de leurs cadavres. Mais ce spectacle affreux servira de leçon. Le socialisme est fini pour longtemps. »

Camarades,

L’histoire du siècle écoulé, l’histoire du moment présent de la situation montre que le socialisme n’a pas été définitivement assassiné dans la Commune de Paris.

Mais nous qui sommes ici présents pour commémorer la mémoire des communards, nous devons répondre à la question : « qu’avaient-ils fait ces communards, quel crime impardonnable avaient-ils commis, que justifia semblable répression ? »

La Commune de Paris, ce fut, répétons-le, le gouvernement du peuple pour prendre les décisions que le peuple attend. Ce fut le mandat confié par le peuple à ses délégués, avec l’obligation pour les délégués de respecter le mandat.

La Commune se dressa contre l’occupation étrangère pour affirmer la nécessité, l’impérieuse nécessité pour la nation française d’être souveraine. Mais elle ne l’a pas fait sur le terrain d’un quelconque chauvinisme. Elle a tendu la main aux travailleurs allemands.

Et les travailleurs allemands, leurs organisations ont tendu la main à la Commune de Paris, de la même façon qu’aujourd’hui, lorsque Monsieur Schröder vient apporter soutien à monsieur Jacques Chirac dans la campagne pour le oui, nous tendons la main aux ouvriers allemands qui ont manifesté par centaines de milliers contre le plan Hartz IV liquidant les droits des chômeurs et décidé par monsieur Schröder.

Camarades,

Le double crime impardonnable de la Commune de Paris aux yeux des possédants du monde entier, ce crime qu’il fallut expier par des dizaines de milliers d’assassinats, ce double crime se résume à ceci : ce fut un gouvernement de la démocratie politique, avec des élus, mandatés, révocables, contrôlables, et ce fut le premier gouvernement de la classe ouvrière, résultat de la lutte de classe.

Certes, la Commune de Paris ne dura que 72 jours. Mais dans les conditions les plus effroyables, sous le contrôle des troupes prussiennes, sous le déferlement des bombardements des troupes versaillaises, la Commune de Paris décida des réformes sociales.

La Commune de Paris décida que tous les ateliers, toutes les entreprises abandonnés par les patrons seraient confisqués pour garantir l’emploi des ouvriers.

Elle interdit le travail de nuit dans l’industrie.

Elle réquisitionna les logements vacants pour y loger les familles ouvrières.

Elle accorda la remise des loyers pour trois mois.

Elle commença à organiser les services publics et les développa, organisa l’enseignement professionnel, l’instruction publique et laïque.

Alors, la raison pour laquelle aujourd’hui, huit jours avant le référendum du 29 mai, nous voulons dans un même élan commémorer la Commune de Paris et appeler à cette ultime mobilisation des derniers huit jours pour la victoire du vote NON, c’est parce que la victoire du vote NON est porteuse du rétablissement de la démocratie politique.

Il y a quelques jours, invité à la seule émission de radio qui a bien voulu nous accorder quelques minutes, j’ai croisé un journaliste américain qui faisait de l’ironie sur le fait, disait-il, que « les Français aiment beaucoup le non ».

Il y voyait comme une espèce de trait psychologique national que les Français aimant beaucoup le non, il y avait un risque que le non l’emporte le 29 mai.

Mes chers camarades, permettez-moi de rappeler, à tous et à toutes, y compris à ce journaliste américain mal informé de l’histoire de son propre pays, que les plus grands mouvements de liberté ont toujours commencé par un Non. Et qu’aux Etats-Unis mêmes, lorsque les premières lueurs de la liberté et de la démocratie ont commencé à briller en 1776, ce fut d’abord parce que des démocrates et des républicains ont dit Non à la tyrannie de l’oppression coloniale britannique.

Aucun mouvement de liberté n’a jamais commencé en disant oui à la servitude.

C’est en ce sens que, dans la continuité avec tous les grands mouvements de liberté et de démocratie que l’humanité a connu depuis plus de deux siècles, nous sommes autorisés à dire aujourd’hui que la victoire du vote non est la condition indispensable au rétablissement de la démocratie politique.

Pourquoi ? Parce que cette « Constitution européenne » n’est faite que d’interdits.

Dans cette Constitution européenne, il est interdit de ne pas privatiser.

Dans cette Constitution européenne, il est interdit de ne pas délocaliser les usines en Pologne, en Chine ou ailleurs.

Dans cette Constitution européenne, il est interdit de ne pas déréglementer les droits des travailleurs, de ne pas remettre en cause les Codes du travail.

Dans cette Constitution européenne, il est interdit de respecter la laïcité de l’école et de l’Etat, parce qu’il faut ouvrir chacun des pays à la dictature des communautés et des lobbies de toutes sortes.

Dans cette Constitution européenne, il est interdit de ne pas démanteler l’industrie nationale si la loi du profit l’exige.

Alors, nous le savons tous, ce pays est en train, année après année, et en tout cas depuis les treize ans qui se sont écoulés depuis Maastricht, de glisser vers une indiscutable faillite.

Faut-il laisser ce pays aller jusqu’à la faillite ?

Partout, où que l’on aille, jour après jour, ce sont les usines qui ferment.

Ce sont les services des hôpitaux qui sont démantelés.

Ce sont les services publics qui sont privatisés. Ce sont les classes dans les écoles qui sont fermées.

Il n’est pas une réunion, pas une discussion qui ne pose la question : faut-il les laisser faire ? Faut-il laisser cette prétendue « construction européenne » procéder à la déconstruction de la civilisation humaine à l’échelle de toute l’Europe et de chacun des 25 pays qui la composent ?

Camarades, à huit jours de référendum, c’est un festival de mensonges et de trucages.

On nous annonce que si le oui l’emporte, cette politique continuera. Mais si le non l’emporte, ce sera un « plan B ». Et si ce n’est pas avec ce Premier ministre, ce sera avec un autre. Et si ce n’est pas avec cette majorité, ce sera avec une autre...

J’ai même lu dans Le Monde, journal bien informé, la phrase suivante : « Une victoire du non, portée par un fort mouvement de protestation imposerait le changement ».

On pourrait s’en féliciter. Le problème est que la suite de cet article disait ceci : « Pour répondre à ce changement, le gouvernement a déjà prévu les mesures nécessaires ».

Et le journal Le Monde de citer le plan Borloo qui va être soumis le 25 mai au Conseil des ministres et la réforme du Code du travail.

Camarades,

Posons-nous la question : les millions et des millions qui s’apprêtent à voter non, vont-ils le faire pour se voir imposer le plan Borloo qui va être déposé au Conseil des ministres le 25 mai et qui va être soumis à l’Assemblée nationale les 9 et 10 juin ?

Vous savez ce qu’est le plan Borloo ? Le plan Borloo, c’est le fait que dans les écoles, on va mettre en place des soi-disant éducateurs qui ne seront pas des enseignants. Le plan Borloo, c’est qu’on va diminuer le temps scolaire pour les jeunes ; qu’on va en quelque sorte chasser des professeurs, chasser des instituteurs et introduire des associations privées pour privatiser l’école, c’est-à-dire détruire le droit à la qualification de la jeunesse.

Est-ce pour cela que l’on vote le 29 mai ?

Le plan Borloo, ce sont les mesures annoncées en rapport avec la fonction publique selon lesquelles désormais, on pourrait embaucher dans la fonction publique des jeunes de 16 à 25 ans pour une fraction du SMIC, c’est-à-dire en-dessous du SMIC, et qui pourraient pendant deux ans, quatre ans, voire six ans, faire le travail des TOS, des aides-infirmières, des personnels qualifiés de la fonction publique, et c’est ainsi qu’on surexploitera les jeunes.

Le plan Borloo, en rapport avec les mesures Larcher, c’est le fait que les jeunes en apprentissage n’auraient plus de contrat de travail et qui relèveraient d’une partie du code du travail, sans droit, sans garantie.

Le plan Borloo, c’est l’avalanche de qu’on appelle les « contrats d’avenir », les « contrats tremplins », les « contrats de professionnalisation », les « PACTE Junior », c’est-à-dire tout ce qui ferait sortir la jeunesse du droit au travail et qui la livrerait définitivement à une surexploitation sans droit, sans garantie.

Et on nous annonce le plan Borloo comme une réponse au mécontentement social contenu dans le non à la Constitution.

On nous annonce la réforme du Code du travail dont on nous dit par avance, tenez-vous bien, que dans ce « Code du travail », on ne parlerait plus de « syndicats », mais « d’acteurs sociaux », on ne parlerait plus de « négociations » mais de « dialogue social » !

C’est-à-dire que le sens de la démocratie, le droit pour les travailleurs de disposer de syndicats indépendants, le droit pour ces syndicats de revendiquer, de négocier, devrait disparaître au profit de ce consensus dit de la société civile que l’Europe veut nous imposer !

Alors je pose la question camarades : est-ce pour cela qu’il faut la victoire du vote Non ?

Non, ce n’est pas pour cela.

La victoire du vote a pour enjeu que des questions seront posées dans ce pays. Et il faudra bien que l’on réponde à ces questions. Des questions seront posées qui, bien sûr, ne trouveront pas réponse le 29 mai. Mais posées avec force le 29 mai au soir, elles appelleront des réponses auxquelles personne ne pourra déroger.

La victoire du vote NON, c’est le fait qu’il faudra répondre au jeune qui pose la question : pourquoi n’aurais-je pas droit à un vrai travail ? Pourquoi n’aurais-je pas droit à un vrai salaire ? Pourquoi n’aurais-je pas droit à une vraie qualification dans le respect du Code du travail, des conventions collectives et des statuts ?

La victoire du vote NON, c’est le fait qu’il faudra répondre à l’infirmière qui pose la question : pourquoi n’ai-je pas les moyens de soigner les malades ? Pourquoi ferme-t-on les services ? Pourquoi supprime-t-on les postes de travail ?

La victoire du vote NON, c’est qu’il faudra répondre à l’employé de sécurité sociale qui demande : pourquoi n’ai-je plus le droit de rembourser les assurés ? Pourquoi n’ai-je plus le droit de garantir les droits des travailleurs comme le faisait la sécurité sociale en 1945 ?

La victoire du vote NON, c’est qu’il faudra répondre à l’ouvrier qui dit : jusqu’à quand va-t-on délocaliser ? Jusqu’à quand va-t-on supprimer des emplois ? Pourquoi n’aurais-je pas droit comme mes aînés à conserver mon travail dans les garanties collectives et vivre dans des conditions décentes auquel chacun aspire ?

Il faudra répondre à l’instituteur qui dit : pourquoi n’aurais-je pas le droit d’enseigner à des jeunes sur tout le territoire de la République dans le respect de la laïcité ? Pourquoi tous les jeunes n’auraient-ils pas les mêmes droits ? Pourquoi les enfants handicapés n’auraient-ils plus d’enseignants spécialisés, de réducateurs, de psychologues ?

Il faudra répondre au retraité qui dit : j’ai cotisé toute ma vie, j’ai droit à une retraite décente et rien ne justifie qu’on la livre aux fonds spéculatifs américains.

Il faudra répondre aux chômeurs, aux intermittents du spectacle, aux paysans, à tous ceux dont les droits sont spoliés, à tous ceux dont les droits sont détruits et sacrifiés sur l’autel de Maastricht depuis douze ans et plus. Parce que tous ceux là, et les millions et millions qui votent non, disent : nous votons Non pour vivre, pour vivre tout simplement !

Alors camarades, nous le savons : cette reconquête de la démocratie politique ne se fera pas du jour au lendemain, elle ne se fera pas d’un coup de baguette magique.

Le suffrage universel est une composante essentielle de la démocratie et nous allons l’utiliser ce 29 mai comme nous ne l’avons jamais utilisé les uns et les autres depuis un quart de siècle.

Mais le suffrage universel, s’il est une composante essentielle de la démocratie, ne contient pas à lui seul toute la démocratie. Pour répondre aux exigences qui sont celles de millions et de millions et qui seront contenues dans le vote non, alors, nous le savons, il va falloir se battre. Il va falloir se battre pour reconquérir tout ce qui a été perdu. Il va falloir se battre pour reconquérir les droits remis en cause.

Nous voulons, nous, que ce 29 mai ouvre une étape nouvelle de la reconquête de la démocratie et des droits. Et la démocratie, outre le suffrage universel, c’est la liberté de s’organiser. C’est la liberté de s’organiser au plan syndical. Et c’est la liberté de s’organiser en parti politique.

Camarades,

La Commune de Paris a été écrasée dans le sang parce qu’elle avait osé organiser la démocratie et organiser la République.

Le hasard des coïncidences de dates fait que les tous derniers combattants de la Commune ne sont pas tombés, comme on le croit souvent, le 28 mai au Mur des Fédérés, mais juste après eux dans les heures qui ont suivi, c’est au 29 mai au matin, à quelques centaines de mètres d’ici, en direction de Vincennes, que les derniers combattants de la Commune ont été fusillés. L’un d’eux s’est écrié en tombant : « Vive l’humanité ».

Camarades,

Cela a été dit avant moi, la Commune n’est pas morte.

Ce 29 mai 2005, à 134 ans de distance, pour que vive l’humanité, pour que vive l’humanité dans notre pays et dans chacun des 25 pays d’Europe dont les acquis de civilisation sont menacés comme les nôtres, pour que vive l’humanité, la victoire du vote non le 29 mai ouvrira la voie de la reconquête.

Vive la Commune de Paris !



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Commentaires de l'article
LE NOMBRE DE MORTS DE LA COMMUNE : 100 000 !
25 mai 2005 - 02h16

Bonjour à toutes et à tous,

Dans le texte, il est dit : « Il y a exactement 134 ans, le 21 mai, c’était dans ce pays le début de la « Semaine sanglante » : 30 000 morts »

Ça, 30 000, c’était le chiffre donné par Thiers !

Mais le chiffre donné par Louise Michel (pour les tout jeunes, je précise que Louise Michel est l’héroïne la plus connue de la Commune de Paris et que Thiers était l’ennemi irréductible de la Commune ; ainsi d’ailleurs que Jules Ferry surnommé Ferry-Famine pendant la Commune. Mais ça on ne nous l’apprend pas à l’école) Louise Michel affirme qu’il y eut dans nos rangs 100 000 morts ! Cent mille morts...

Pour bien voir les dégats, il faut bien se figurer qu’à l’époque, à Paris, il n’y avait que 600 000 habitants ! il y eut un mort par famille !

Mais à propos de chiffres, il y a toujours bataille. Personnellement, je fais totalement confiance à Louise Michel qui dit 100 000 dans ses mémoires sur la Commune.

Ce qui est du plus haut comique, c’est que dans les encyclopédies actuelles, l’ont trouve que même le chiffre de Thiers (le boucher de la Commune) est trop grand. Certaines encyclopédies disent 15 000 et d’autres 20 000 ! Carrément moins que Thiers n’en avait avoué lui-même : C’est fou, n’est-ce pas ?

Références du livre de Louise Michel :

Auteur : louise Michel, bien sûr...

Titre : La Commune, Histoire et souvenirs

Édition : La Découverte, 9 bis rue Abel-Hovelacque, 75013 Paris

J’ai énormément aimé ce livre. Et Louise Michel est adorable. J’ai lu aussi un autre livre d’elle où elle raconte sa vie personnelle. Livre très émouvant aussi. Mais j’ai la flemme de le chercher pour vous donner les références. Et il est quand même moins historique que celui que je vous ai conseillé. Je suis bien sûr que vous ne me reprocherez pas de vous l’avoir fait lire.

J’espère vraiment qu’on va gagner le 29, sinon...

Bien à vous
do
http://mai68.org






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