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Un petit résumé rapide en 7 points du programme économique de Jean-Luc Mélenchon, notamment pour des personnes qui connaissent peu les concepts économiques.

 

1. ENVIRONNEMENT / ECOLOGIE : La transition écologique est au cœur du programme économique de Jean-Luc Mélenchon
a. Transition écologique / énergétique et économie de la mer : la transition énergétique nécessite beaucoup de main d’œuvre, elle est donc très créatrice d’emplois. Investir dans l’écologie c’est de fait réduire le chômage. De plus soutenir l’innovation dans un secteur, ici l’économie de la mer, a un effet entraînant sur les autres secteurs de l’économie. L’économiste de référence est ici Joseph Schumpeter (autrichien 1883-1950) qui a montré que l’innovation est au cœur de la croissance économique et que si elle peut détruire certains secteurs dans un premier temps, une grande innovation entraîne ensuite de multiples petites innovations qui se diffusent dans l’économie. 
b. Rompre avec la logique de laissez-faire : la logique des politiques économiques depuis 30 ans est le laissez-faire, mais l’écologie implique de réglementer pour éviter que la production se fasse au détriment de l’environnement. 
c. Rompre avec la logique de libre circulation : les transports longs de marchandises, même s’ils peuvent parfois coûter moins cher que produire localement, sont très polluants. Il faut favoriser les circuits courts. De plus, importer des marchandises étrangères moins chères parce qu’elles ont été produites au détriment de l’environnement est irresponsable d’un point de vue écologique.

2. RELANCE DE LA CROISSANCE : La logique des politiques économiques depuis 30 ans est la politique de l’offre, il s’agit de baisser les salaires ou les cotisations (donc le salaire différé) pour que le travail coûte moins cher et que les entreprises emploient plus. Elles se sont soldées par un échec : partout le chômage a augmenté et la croissance a baissé. En effet si les acteurs économiques ont moins d’argent pour consommer, les entreprises reçoivent moins de demandes, elles produisent moins et ont donc moins besoin d’employer, un cercle vicieux se met en place. 
Jean-Luc Mélenchon propose donc la logique inverse. L’Etat intervient et injecte de l’argent dans l’économie, les salaires augmentent de même que les investissements des entreprises. Ainsi les salariés ont plus d’argent pour consommer, et les cahiers de commandes des entreprises se remplissent. L’activité des entreprises augmente et elles emploient d’avantage. Un cercle vertueux se met en place
L’économiste de référence ici est John Maynard Keynes (1883-1946, britannique). On peut aussi citer Liêm Hoang-Ngoc (1964-.., français, qui fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon).

3. PROTECTIONNISME : dans une économie ouverte, où les marchandises circulent librement entre les nations, la relance peut avoir des effets pervers, c’est-à-dire avoir les effets contraires de ce pourquoi elle est initiée. En effet, après avoir augmenté les salaires et les investissements des entreprises, si les salariés et les entreprises achètent à l’étranger parce que les produits étrangers coûtent moins cher ce n’est pas la machine économique nationale qu’ils relancent… Pour éviter cela il faut mettre en place des mesures dites protectionnistes, des taxes à l’importation, dans les secteurs où la France n’est pas compétitive pour de bonnes raisons. 
a) si une marchandise étrangère coûte moins cher parce qu’elle a été produite dans un pays où les travailleurs sont payés 2 euros de l’heure, ou dans des pays où les travailleurs sont des quasi-esclaves (exemple de l’industrie textile), le modèle qui voudrait faire baisser les salaires jusqu’à qu’un travailleur français soit aussi « compétitif » qu’un travailleur ouzbek ou roumain n’est pas viable. Il faut taxer ces marchandises pour qu’elles coûtent plus cher qu’un produit français, ainsi l’on sera plus tenté d’acheter une marchandise française. Celle-ci coûtera peut être un peu plus cher mais elle participera à un enrichissement général de la société. Quant aux pays étrangers en question s’ils veulent continuer à exporter chez nous ils sont ainsi incités à respecter des normes sociales décentes.
De la même façon, il n’est pas possible que des produits français soient moins compétitifs parce qu’ils respectent l’environnement, les marchandises produites en polluant doivent coûter plus cher pour favoriser les entreprises écologiquement responsables. 
Les économistes de référence ici sont Friedrich List (allemand, 1789-1846) et Paul Krugman (américain, Prix Nobel, 1953-..).
b) la concurrence existe entre les entreprises, mais le patronat l’organise aussi entre les travailleurs. Les travailleurs détachés sont des travailleurs venant travailler en France mais dont les cotisations sont payées par les entreprises dans les pays d’origine, ils « coûtent » par conséquent moins cher parce qu’ils sont moins bien lotis. Cela permet de faire pression pour payer moins bien les travailleurs partout. Il faut imposer que les travailleurs qui travaillent en France soient payés comme en France. C’est la raison pour laquelle il faut également régulariser les travailleurs sans papiers, s’ils sont régularisés les entreprises n’ont plus d’intérêt à exploiter la main d’œuvre étrangère alors que le chômage est important et ces travailleurs sont payés dignement pour le travail qu’ils exercent.

4. EUROPE : Dans le cadre européen, la monnaie est contrôlée par la Banque centrale européenne, indépendante des Etats. Le problème est que sans ce contrôle de la monnaie il est très difficile de faire une politique de relance, d’autant plus que la BCE ne prête pas aux Etats mais aux banques. Les Etats sont alors forcés à des politiques de l’offre et des politiques d’austérité, tout le monde l’a vu ces politiques ne fonctionnent pas. Jean-Luc Mélenchon pense donc qu’il faut réformer en profondeur l’Europe, créer une harmonisation sociale et environnementale, organiser une relance européenne, refuser la concurrence déloyale de beaucoup de pays extra-européens. Si cela s’avérait impossible en raison notamment de la résistance de l’Allemagne qui pour tout un ensemble de raisons est un des seuls pays à profiter véritablement de ce système (bien qu’il y ait 11 millions de pauvres en Allemagne…), ce qui n’est pas le postulat de Jean-Luc Mélenchon qui rappelle que la France est la seconde puissance économique d’Europe et que ses intérêts sont en harmonie avec d’autres pays du Sud de l’Europe, il faut mieux sortir de l’euro que de finir comme la Grèce. Les économistes de référence sont ici Jacques Généreux (français, 1956-…, professeur à Sciences Po Paris, qui fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon) et Frédéric Lordon (français, 1962-…).

5. DETTE : On ne peut pas considérer la dette d’un Etat comme on envisage une dette individuelle car un Etat est immortel. De plus si la dette a augmenté c’est aussi parce que les recettes de l’Etat ont baissé en raison de cadeaux fiscaux faits aux plus riches, et parce que dans le cadre européen les pays sont obligés d’emprunter aux banques privées et sur les marchés financiers plutôt qu’aux banques centrales. 
Il faut aussi admettre qu’une dette si importante ne sera jamais payée intégralement (à de très nombreuses reprises dans l’histoire des pays ont fait défaut dans le paiement de leur dette) et qu’on ne peut pas proposer comme avenir pour un pays le seul objectif de réduire la dette… 
Il faut alors faire un audit, voir ce qui est légitime d’être remboursé et voir ce qui ne l’est pas, ainsi que faire racheter la dette par la banque centrale. Le risque est une augmentation raisonnée des prix.L’économiste de référence est Éric Toussaint (belge, 1954-…)

6. PARTAGE DES RICHESSES : les inégalités et la pauvreté sont de plus en plus insupportables, 4 mesures proposées par Jean-Luc Mélenchon pour les réduire : 
a) Limiter les écarts de salaires de 1 à 20 : tout le monde accepte l’idée qu’en raison d’un travail plus dur, d’une responsabilité plus forte, d’études plus longue ou d’un temps de travail plus important, certains individus soient payés plus que d’autres. Ce qui parait néanmoins insensé c’est quand les écarts de salaires atteignent des niveaux si importants qu’ils s’extraient des réalités et ne correspondent plus à un mérite ou à un travail mais à un rapport de domination. Personne ne peut fournir un travail 250 fois plus productif qu’un autre individu, il est donc illogique que quelqu’un soit payé 250 fois plus qu’un autre comme ce peut être le cas aujourd’hui. Jean-Luc Mélenchon propose donc de mettre une limite à l’accumulation et de limiter les écarts de salaire de 1 à 20 : si le chef d’entreprise veut s’augmenter, alors il doit augmenter le salarié le moins bien payé. 
L’économiste de référence est Karl Marx (allemand, 1818-1883) : en montrant les mécanismes d’exploitation dans l’entreprise, Karl Marx a prouvé qu’une grande partie de la richesse créée par les travailleurs est accaparée par ceux qui détiennent les moyens de production. La limitation légale des écarts, associée à un plus grand pouvoir décisionnel des salariés dans l’entreprise, permet de contraindre en partie ce processus. 
b) Egalité salariale femme-homme : Il est absolument scandaleux que partout les femmes soient moins bien payées que les hommes à travail égal. Jean-Luc Mélenchon veut imposer l’égalité salariale partout. Se faisant les cotisations des entreprises augmentent ce qui permet de régler en très grande partie le déficit du système de retraites. 
c) Augmentation du smic : aujourd’hui le smic mensuel net est autours de 1100 euros, soit très peu au-dessus du seuil de pauvreté (900 euros). Jean-Luc Mélenchon propose de l’augmenter à 1300 euros. Cela est toujours faible mais permet aux entreprises d’encaisser le surcoût. Cette augmentation permet aux salarié-es de vivre plus correctement et augmente la consommation des ménages et donc l’activité des entreprises. 
d) Augmentation des minimas sociaux et allocation d’indépendance pour les études : Jean-Luc Mélenchon ne propose pas le revenu universel car il est méfiant du fait qu’il pourrait facilement être utilisé pour supprimer la sécurité sociale. A la place il propose d’augmenter les minimas sociaux et une allocation d’indépendance pour les étudiants et les jeunes en apprentissage qui permettent aux jeunes de se former dans des bonnes conditions, sans avoir à travailler à côté, et en faisant des choix libres.

7. ENTREPRISES : Contrairement à une idée reçue, les entreprises et les entrepreneurs sont aussi gagnants avec le programme de l’Avenir en commun. En effet des salariés mieux traités, mieux payés, moins en souffrance, sont des travailleurs plus productifs. 
Les entreprises ont tout à gagner à voir une injection importante de liquidités dans le circuit économique, à voir la demande augmenter et leurs cahiers de commandes se remplir. Elles seront avantagées par le fait ne plus être soumises à certaines concurrences internationales injustes. Elles sont gagnantes aussi dans l’aide à l’innovation et par la baisse de l’impôt sur les sociétés pour les petites entreprises. Enfin elles ont aussi intérêt à voir l’économie se dé-financiariser et à pouvoir emprunter plus facilement pour investir.

Pour en savoir plus : 

ÉMISSION SPÉCIALE CHIFFRAGE DU PROGRAMME - #JLMChiffrage