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Élections en Italie : une droite honteuse, un rayon d’espoir à gauche
de : Marc Botenga via RF
mercredi 28 février 2018 - 09h50 - Signaler aux modérateurs
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Attentat néonazi, corruption, mafia… Sur fond d’une crise inouïe, l’Italie s’approche des élections parlementaires du 4 mars prochain. Alors que la social-démocratie assume son virage ultra-libéral, la droite recycle Berlusconi et s’en prend aux étrangers. À gauche, un nouvel acteur essaie de remettre les pendules à l’heure : ce sont les partis traditionnels, et non les migrants, qui sont responsables du chômage et de la précarité.

Un attentat, une droite terrible

Avant de se rendre, après deux heures de terreur, il n’oublie pas le salut fasciste. Chez lui, un exemplaire de Mein Kampf est retrouvé. Pendant deux heures, le néonazi Luca Traini a tiré sur un maximum d’étrangers dans la ville de Macerata. Les réactions des politiciens de droite laissent perplexe. L’ancien Premier ministre Berlusconi, condamné pour évasion fiscale, dit vouloir déporter 95 % des étrangers en Italie. Cela fait 600 000 personnes sur 630 000.

Son allié Matteo Salvini, du parti d’extrême droite Ligue du Nord, semble lui aussi presque justifier l’attentat. Certes, la violence n’est pas bien, dit-il, mais il est « évident » que « l’invasion » porte à « l’affrontement social. » Une autre alliée de Berlusconi, l’ex-ministre Giorgia Meloni, nie même la dimension raciste de l’attentat. Avec le soutien d’une des filles de l’ancien dictateur fasciste Mussolini, Meloni mène campagne sous le slogan « Les Italiens d’abord ».

Des forces plus ouvertement fascistes, comme Forza Nuova, promettent d’aider à payer les frais judiciaires du terroriste. La réaction du Parti Démocrate (PD), sociale-démocrate, laisse à désirer. Si son leader et ex-Premier ministre Matteo Renzi appelle au calme, le bourgmestre social-démocrate de Macerata essaie d’annuler une manifestation anti-fasciste, sans doute après de fortes pressions de son parti.

Comment en est-on arrivé là ? Troisième économie de la zone euro, l’Italie a été frappée de plein fouet par la crise, avec une chute vertigineuse du produit intérieur brut (PIB). Une crise que les gouvernements successifs, de centre-gauche et de droite, ont fait payer aux travailleurs. Droite berlusconienne et sociaux-démocrates du PD ont chacun à sa manière imposé la politique européenne de privatisations à tout va, destruction de droits sociaux et flexibilisation du marché du travail. Les résultats y sont. Des millions d’Italiens vivent dans la pauvreté. Le taux de chômage des jeunes tourne autour de 35 %. Plus de 50 000 personnes sont sans domicile fixe. La gestion des déchets et les transports en commun fonctionnent mal. Les hôpitaux manquent de personnel et de moyens. En 2017, l’État a néanmoins trouvé 5,5 milliards pour sauver la banque Monte dei Paschi. Le manque de solidarité au sein de l’Union européenne sur la question des réfugiés est vécu comme un affront.

Une profonde crise politique

Sans surprise, à chaque fois que les Italiens en ont eu l’occasion, ils ont sanctionné la classe dirigeante. La crise politique est très profonde. En décembre 2016, la population a ainsi refusé la réforme constitutionnelle et obligé à la démission du Premier ministre Matteo Renzi (PD). Un tiers des Italiens pourrait refuser de voter aux élections du 4 mars prochain. Un tiers des votants pourraient choisir pour le mouvement populiste 5 Stelle.

Les partis traditionnels essaient d’éviter la sanction populaire de différentes façons. D’une part, ils essaient tant que possible de carrément éviter les élections. Depuis la chute du gouvernement de Berlusconi en 2011, l’Italie a eu quatre gouvernements, dont trois « technocratiques ». C’est-à-dire mis en place sans élections.

D’autre part, les partis traditionnels essaient de se recycler. L’ultralibéral Berlusconi se présente tout d’un coup en défenseur des pensions. Après 25 ans d’insultes racistes adressées aux Italiens du Sud, la Ligue du Nord préfère maintenant s’en prendre aux « immigrés. » Il y a quelques années, son dirigeant Salvini était pris en chantant : « Quelle odeur, s’enfuient même les chiens, car arrivent les Napolitains. » Aujourd’hui il se présente tout au Sud de l’Italie.

Enfin, afin de masquer leurs responsabilités, ils pointent du doigt réfugiés et immigrés. Ces discours finissent donc maintenant par justifier les pires actes violents. Des groupuscules ouvertement fascistes comme CasaPound reçoivent un temps de parole démesuré à la télévision.

De nombreux Italiens pointent aussi le rôle de la mafia dans la montée de la droite. Si les fascistes de CasaPound obtiennent 9 % dans une ville près de Rome, ce serait avec le soutien du clan mafieux Spada. La mafia a par ailleurs des contacts dans beaucoup de partis traditionnels. La Cour suprême italienne l’a pointé dans les affaires liées à Berlusconi. Dans la région de Naples, des politiciens du PD - centre-gauche - et du centre-droite sont impliqués dans un scandale de corruption à odeur mafieuse.

La mafia cherche évidemment un soutien pour obtenir de l’influence politique. Mais elle a aussi un intérêt direct dans la question des réfugiés. Au Sud, c’est souvent elle qui utilise les réfugiés comme esclaves sur des plantations ou comme prostituées. Certains élus de la Ligue du Nord auraient des contacts avec la mafia calabraise, ce qui pourrait expliquer le succès à priori paradoxal de parti au Sud.

Une gauche qui se recompose

Dans ce contexte, l’Italie virera probablement très à droite. Le Parti démocrate, en chute libre, veut s’approcher de la frange libérale incarnée par Emmanuel Macron en France. Berlusconi, condamné et déchu de ses droits politiques, pourrait néanmoins gagner les élections. Le Mouvement populiste 5 Stelle peut devenir le premier parti. Ce mouvement de droite, promu par une entreprise privée de communication, capte une partie des votes anti-establishment. Son candidat principal, Luigi di Maio s’inspire pourtant du Fonds Monétaire international (FMIet menace les syndicats. Devant une assemblée du grand patronat italien, Di Maio s’est dit inspiré par Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, ultraconservateur et autoritaire.

La gauche italienne essaie de se recomposer. Une coalition « Libres et Égaux » (Liberi e Uguali), à gauche du Parti démocrate (PD), veut recomposer « un vrai centre-gauche. » Si certains candidats de la coalition représentent des luttes intéressantes, d’autres, comme Massimo D’Alema, incarnent en revanche l’establishment. La coalition n’exclut pas une alliance avec le PD.

À côté de cela, un autre nouvel acteur surgit à gauche : « Pouvoir au Peuple » (Potere al popolo). L’initiative est née au centre social « Je suis fou » (Je so’ pazzo). Dans l’espace d’une ancienne prison psychiatrique, des jeunes ont mis sur pied, entre autres, un centre de santé, un cabinet gynécologique, une bibliothèque, un terrain de football, et un centre de sport, accessibles aux habitants des quartiers. Les « fous » ont aussi organisé des soutiens légaux aux travailleurs et aux réfugiés et instauré un « contrôle populaire » sur les élections communales contre l’achat de votes par la mafia.

Le collectif a lancé un appel afin de se présenter aux élections. Pouvoir au Peuple est soutenu par les partis communistes Rifondazione et PCI, le syndicat USB et Giorgio Cremaschi, l’ex-secrétaire du syndicat des métallos, ainsi que de nombreux mouvements et associations. Le seuil électoral de 3 % au niveau national complique la bataille, mais le nouveau venu à gauche semble générer un enthousiasme important. Un enthousiasme qui se mesure facilement lors des centaines d’assemblées locales et sur les médias sociaux.

Une autre vision de la politique

Les deux premières mesures à prendre ? Sur les plateaux télé, la jeune porte-parole Viola Carofalo, elle-même chercheuse précaire, n’hésite pas : abolir la « Loi Travail » (Jobs Act), qui généralise la flexibilité et la précarité des contrats de travail ; et revenir sur la réforme des pensions, parce qu’il est absurde de devoir travailler plus longtemps tandis que les jeunes ne trouvent pas de boulot.

Ces deux mesures mobilisent d’ailleurs bien au-delà des frontières italiennes. Outre l’environnement et la dimension européenne, les questions du travail et les droits sociaux qui se trouvent au centre du manifeste de Pouvoir au Peuple, traduit en différentes langues.

Les élections sont pour eux, y lit-on, un moyen pour stimuler la croissance d’un mouvement qui travaille à une alternative de société. Selon Carofalo, la démocratie ne peut pas se limiter à « aller voter une fois tous les cinq ans pour des partis tous pareils et, pour le reste, à subir les décisions prises ailleurs » par des gouvernements toujours plus autoritaires, ou lors de rencontres entre banques, finances et technocrates européens.

Salvatore Prinzi, jeune activiste de la coordination, confirme : « Nous avons observé la parabole de Syriza et le blocage rencontré par Podemos, nous avons vu que par une stratégie seulement électorale, ils n’ont pas réussi à transformer la société. Malgré leur grande visibilité, ni Mélenchon ni Corbyn n’y sont arrivés, ils sont restés dans l’opposition. Mais, au moins, ils ont réussi à changer le débat, à bloquer l’avancée des droites, à mettre le défi politique sur un plan beaucoup plus intéressant et positif. » En Italie, comme ailleurs en Europe, il faudra en effet renforcer toutes ces mobilisations quotidiennes qui s’opposent aux dogmes du tout-au-marché.

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