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Brésil. Bruits de bottes au sein des universités publiques. De Smaïl Hadj Ali
de : Smaïl Hadj Ali
vendredi 26 octobre 2018 - 18h53 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

À trois jours du second tour, la presse progressiste du Brésil, et d’autres titres dont le journal de la droite libérale Folha de Sao Paulo, rapportent que de nombreuses universités fédérales -publiques- dans tout le pays, ont fait l’objet d’actions répressives menées par la police militaire, et fédérale, les juges du Tribunal supérieur électoral, et ce en violation totale de l’autonomie des Universités, stipulée par la Constitution. -5/10/1988-. Ces médias signalent que ces actions se sont déroulées dans des universités du nordeste, du nord, du centre-ouest, du sud -est du Brésil.

A cet effet, comment ne pas lier ces actions répressives à la publication du décret numéro 9527 du 16 octobre 2018, signé conjointement par le président usurpateur Temer et le général Etchegoyen. Un mot sur cet homme de l’ombre, nostalgique de la dictature, et membre de l’armée depuis 1971. Totalement inféodé au puissant lobby sioniste du Brésil, il est le fils d’un général qui fut un zélé serviteur de la dictature militaire, dont la Commission Vérité a établi l’implication dans les actes de torture. J’ouvre une parenthèse sur cette pratique monstrueuse pour noter que le « spécialiste » des questions internationales sur CNews, Harold Hyman, interrogé ce jeudi 25 octobre sur la situation au Brésil par Yves Calvi, dans l’émission L’Actu. L’Info Du vrai de CNews, a admis l’existence de la torture sous la dictature militaire : «  oui il y a eu de la torture  », pour très vite nuancer : « …mais pas de manière excessive ». À ces propos tout simplement ignobles, une question : combien de torturés vous faudra-t-il, Monsieur le spécialiste, pour juger que la torture «  a été excessive » ? Fermons cette parenthèse. Le général, fils du général Etchegoyen, s’est naturellement élevé contre l’implication, documentée par la Commission Vérité, de son père, et réaffirmé à de multiples occasions sa fierté et sa reconnaissance filiales. Sa signature conjointe, plus qu’étrange, du décret présidentiel, doit bien évidemment à sa nomination par Temer au lendemain du golpe parlementaire, en tant que ministre en chef du Cabinet de Sécurité Institutionnelle, - Gabinete de Segurança Institucional- à la présidence de la république, ce qui ne s’était jamais vu depuis la « fin » de la dictature. En vérité, cette structure est l’exacte réplique du sinistre Service National des Informations-SNI- créé en juin 1964 par la dictature militaire, et spécialisé dans la répression, l’arrestation et la disparition des opposants. Les forces progressistes considèrent que ce personnage est un membre caché de l’équipe de coordination électorale de Bolsonaro. Sa nomination par Temer, lors du golpe néo-libéral-fascisant comme nous l’avions écrit en mai 2016 -LGS 16/05/2016- préfigurait le scénario que vit aujourd‘hui le Brésil-ibidem-, et en a fait l’homme fort du golpe anti Dilma Rousseff.

Ceci posé, voici sans exhaustivité, les premières actions répressives menées contre les universités publiques brésiliennes depuis quelques jours :

 Mardi 23 octobre, des policiers militaires et fédéraux ont envahi l’Université fédérale Fluminense (UFF) à Niterói -État de Rio de Janeiro-, pour retirer un drapeau antifasciste, qui ne mentionnait aucun des candidats.

 Mercredi 24 octobre, l’Université fédérale de São João del Rei (État du Minas Geraes) a reçu un mandat ordonnant le retrait de la note de l’Université réaffirmant les principes démocratiques et le rejet de la violence durant la campagne électorale de la présidentielle. Dans cette note le Recteur déclarait : "La violence qui affecte aujourd’hui les groupes minoritaires dans notre société - Noirs, Indiens, Quilombolas, LGBTI, personnes handicapées, femmes, s’étend aussi à des groupes qui s’opposent à la doctrine de l’un des candidats. La production du savoir, de l’art et de la culture est menacée dans sa propre existence, dans un contexte de violence et de manque de respect pour la démocratie ".

 Le syndicat des enseignants de l’Université publique de l’État du Para rapporte que la police militaire a envahi mercredi 24 octobre, la classe du professeur Mario Brasil, suite à la dénonciation-délation d’un étudiant, alors qu’il abordait dans la partie relative aux médias sociaux de son cours de sciences sociales, la question des fausses nouvelles- fake news-. Alertés par le père de l’étudiant les agents de la Police militaire, une excroissance des pires moments de la dictature, ont voulu conduire au poste de police l’enseignant qui a refusé et déclaré qu’il ne s’y rendrait qu’avec ses avocats et les responsables de son syndicat.

 Le 24 octobre, à l’université fédérale de l’État de Paraiba, -Nordeste- située à Joao Pessoa capitale de l’État, des hommes portant la tenue d’ agents du Tribunal régional électoral-T-R-E, mais refusant de décliner les documents justifiant leur statut et leur appartenance, ont envahi la salle de cours d’un enseignant pour enquêter sur une allégation selon laquelle on y faisait de la publicité électorale pour une candidate progressiste. L’accusation ne reposant sur rien, ces supposés agents ont dû rebrousser chemin Toujours dans l’État de Paraiba, le 25 octobre à l’Université fédérale de Campina Grande, des officiers de la police fédérale armés et mandatés par un juge électoral ont fait une descente au siège du syndicat national -ANDES- qui se trouve dans le campus, pour y saisir et détruire le" Manifeste de Défense de la démocratie et de l’Université publique ", rédigé par le syndicat et approuvé en Assemblée générale par les enseignants. Durant la perquisition ils ont volé l’ordinateur du Bureau de presse du syndicat. Ce manifeste se faisait l’écho des positions des enseignants dans la défense « sans restriction de la démocratie, des libertés démocratiques, de l’université publique, libre, de qualité et laïque et de leur organisation syndicale ».

 Le 25 octobre l’Université fédérale, de la ville de Grande Dourados dans le Mato Grosso do Sul, a été l’objet de la violation de son autonomie sur ordre d’un juge du Tribunal Électoral Supérieur interdisant une conférence publique intitulée "Écrasons le fascisme" qui devait avoir lieu le même jour à 10h00.

Face à ces actes de répression et de violation de l’autonomie universitaire, l’Université Pontificale Catholique de São Paulo, PUC-SP, dont le campus a été envahi par les forces de répression de la dictature militaire en septembre 1977, et dont neuf cents étudiants ont été arrêtés et conduits dans les locaux de la police militaire et de la police politique -la sinistre DOPS-, a publié une note jeudi 25 octobre, dans laquelle elle affirme :

"Répudier toutes les manifestations de haine, d’intolérance et d’embarras de quelque manière que ce soit, contraire à l’égalité individuelle et collective, politique, économique, sociale, raciale et de genre de la population brésilienne établie par la Constitution. La note ajoute que "la défense des intérêts du peuple brésilien, de ses travailleurs, ainsi que des personnes les plus fragiles et les plus vulnérables, qui est notre priorité, est désormais menacée. L’université déclare qu’elle se joint à " tous ceux qui appellent à un large mouvement syndical pour la défense de la justice sociale et le plein accès au bien-être du peuple brésilien dans son ensemble ».



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Commentaires de l'article
Brésil. Bruits de bottes au sein des universités publiques. De Smaïl Hadj Ali
26 octobre 2018 - 20h59 - Posté par Jean PRADIER dit jean 1

Merci pour toutes ces informations qui font froid et que les médias délaissent.
Tout notre soutien au peuple brésilien mais le combat sera rude et violent.






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