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CGT : un congrès pour rien ?
lundi 20 mai 2019 - 18h15 - Signaler aux modérateurs
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C’est ce que suggère un texte paru sur le blog Retour aux sources CGT qui dans un premier bilan avance que les sujets importants pour sortir de la crise que rencontre la CGT et l’ensemble du syndicalisme de lutte, sont passés au second plan. Nous avons décidé de publier ce texte qui nous semble apporter des éléments de réflexion, au-delà d’un strict compte rendu d’un congrès qui aura vu la réélection de Philippe Martinez et le renforcement des oppositions de gauche à la ligne de la direction confédérale.

 

 

Un premier bilan du 52e congrès de la CGT

 

Les congrès confédéraux sont les organes dirigeants de la confédération : ils sont l’instance historiquement prévue pour construire la coordination confédérale de l’action syndicale, définir des stratégies confédérales et les moyens de les mettre en œuvre. Le moins que l’ont puisse dire est que le bilan de ce 52e congrès sur ces plans est plus que maigre ! Les débats se sont focalisés principalement sur trois questions : le rapport aux gilets jaunes, la question de l’affiliation internationale et la question des comités régionaux et leur rôle statutaire et organisationnel.

 

Quel bilan de nos échecs ?

 

Le débat sur les gilets jaunes s’est substitué à un réel bilan approfondi des faiblesses du mouvement syndical de classe, et de la CGT en particulier. Ainsi, qu’il s’agisse de la lutte contre la loi macron, contre les ordonnances, la casse de la SNCF, la casse de l’assurance chômage, aucun des échecs de la période n’a été analysé en profondeur dans ce qu’il révélait des faiblesses organisationnelles actuelles de la CGT. Et faute d’analyse, aucune perspective réelle pour reconstruire notre force, en dehors de postures verbales, n’a pu être définie, que ce soit de la part de l’exécutif confédéral sortant ou de ce qui est présenté comme « l’opposition à Philippe Martinez ».

Le débat s’est focalisé autour de « fallait-il ou non appeler à rejoindre les gilets jaunes les samedis, plutôt que de poser les questions qui fâchent tout le monde : pourquoi la CGT a-t-elle été incapable depuis plusieurs années de générer un mouvement social d’ampleur mettant en échec le gouvernement et la bourgeoisie ? Pourquoi les appels à la grève n’ont ils pas été suivis ? Pourquoi aucune confédéralisation de l’action n’a été réellement possible dans la période pour faire face à la casse sociale ? Pourquoi les structures se définissant comme « oppositionnelles », à quelques rares exceptions près, n’ont pas plus été capables que les structures « majoritaires » à entraîner les travailleuses et travailleurs dans la grève.

Faute de discuter stratégie d’ensemble, le débat s’est donc focalisé sur le seul élément tactique des manifestations le samedi, comme si des manifestations communes sans construction d’un mouvement de grève interprofessionnel avaient la moindre chance de faire céder la bourgeoisie et le gouvernement. La question de l’ancrage de la lutte, et son développement au cœur de la production, a été relativement absente des débats : guère étonnant, puisqu’en parler revient à poser un certain nombre de questions qui fâchent sur nos pratiques. Le cœur de la force syndicale reste pourtant l’impact qu’elle a sur la production : c’est ce qui touche réellement au cœur les intérêts de la bourgeoisie.

 

Stratégie internationale plutôt que postures pour la lutte des places

 

Ce jeu de postures visant pour certains plus à défendre leurs positions menacées dans l’appareil qu’à contribuer à définir une stratégie qui ne se contentent pas d’effet de verbe et de manche, s’est ainsi poursuivi concernant la question internationale. Le débat s’est ainsi focalisé autour de la question de l’affiliation à la CES/CSI et la question de la FSM. Outre le fait que ces deux organisations internationales comportent chacune un certain nombre d’organisations dont le caractère « syndical » est une mascarade, puisqu’il s’agit d’organes d’états dictatoriaux qui n’ont aucun caractère d’organisations ouvrières, le débat une nouvelle fois élude en grande partie la principale question : quelle stratégie internationale pour la CGT ?

Comment lutter pour construire la solidarité internationale des travailleuses et travailleurs, face à toutes les bourgeoisies et tous les États. Les partisans de la FSM se réjouiront de l’adoption d’un amendement qui ne fait que formaliser la situation actuelle – la CGT travaille déjà avec certaines organisations de la FSM – en y voyant un « bond révolutionnaire », alors que cette question est surtout utilisée comme signe de ralliement pour des organisations opposées à la majorité du bureau confédéral sortant, pour des raisons fondamentalement différentes les unes des autres.

La question de la lutte contre l’impérialisme français, initialement elle aussi éludée, et c’est un comble, du document d’orientation, est finalement intégrée mais de manière édulcorée par rapport aux amendements initialement proposées (d’absente elle devient une lutte parmi d’autres contre l’impérialisme alors que certains amendements appelaient en bonne logique à en faire un axe principal de l’action internationale de la CGT). Tout à se réjouir de la « victoire révolutionnaire » que représenterait leur amendement, il semble que les partisans autoproclamés « antiimpérialistes » de la FSM se satisfassent pour beaucoup d’une critique bien timide de l’impérialisme de leur propre État.

La question de l’affiliation à la FSM a ainsi servi de « point de ralliement » à des structures se définissant en opposition à l’exécutif sortant pour des raisons très différentes les unes des autres : lutte des places et défense de positions menacées par ce même exécutif, divergences politiques de fond sur l’orientation. Il ne s’agit pas cependant à proprement parler d’un bloc oppositionnel puisque rien ne les unit réellement au-delà de l’opposition à l’exécutif et à la figure de Philippe Martinez.

Il est ainsi notable, par ailleurs, que la tentative de regrouper un bloc oppositionnel autour d’un « document d’orientation alternatif » effectué par les réseaux front social/infocom qui ne partageaient pas cette obsession pour la FSM ai été un échec retentissant, cette « tendance » ayant été inaudible dans le congrès.

Le débat sur les comités régionaux, quant à lui, a tourné court devant les craintes exprimées sur l’annexe statutaire proposée,Sortir du corporatisme, du syndicalisme d’entreprise, unifier le syndicalisme de classe avec notamment en mémoire les dérives bureaucratiques liées au renforcement de l’échelon régional à la CFDT. L’exécutif confédéral sortant a jugé bon de renvoyer cette question au 53e congrès.

 

Le débat qui n’a pas eu lieu : la nécessité d’une réorganisation syndicale pour reconstruire le rapport de force

 

Ce qui frappe cependant, c’est l’absence de toute réelle discussion sur les moyens matériels et organisationnels de reconstruire un rapport de force favorable aux travailleurs et travailleuses face à la bourgeoisie et au gouvernement. Les articles 327 et suivant du thème 4 du document d’orientation étaient ainsi un « chef d’œuvre » de libéralisme organisationnel : aucun bilan n’est fait de l’impasse du syndicat d’entreprise, et notamment son incapacité à faire face aux évolutions de l’organisation capitaliste du travail (sous-traitance, autoentrepreneuriat, précarisation et donc changement fréquent d’entreprises pour les travailleurs et travailleuses précaires…). Les syndicats multiprofessionnels sont présenté comme le moyen d’organiser les isolés, alors qu’ils maintiennent le statu quo de la prédominance des syndicats d’entreprise. Les syndicats nationaux et les questions de faiblesse de vie syndicales induites par l’éloignement géographique ne sont pas non plus interrogés. Les syndicats locaux d’industrie/professionnels, qui pourtant représentent une réelle alternative, sont vus comme une forme parmi d’autres et non un modèle à généraliser.

La majorité des « oppositionnels » autoproclamés partage avec l’exécutif sortant un attachement au modèle du syndicat d’entreprise, ou voit les questions de structures comme secondaires, cédant ainsi au travers idéaliste selon laquelle l’orientation de classe, révolutionnaire se suffit à elle même, sans construire les moyens matériels et organisationnels de la mettre en œuvre.

 

Sortir du corporatisme, du syndicalisme d’entreprise, unifier le syndicalisme de classe

 

Plusieurs syndicats locaux (du livre, de l’éducation, du commerce) avaient pourtant déposé des amendements dans ce sens : ceux-ci n’ont même pas franchi le stade de la commission des amendements. Le syndicat du livre est intervenu à plusieurs reprises pour défendre ce modèle, mais cette question qui aurait dû occuper le cœur des débats puisqu’elle conditionne, avec le renforcement des unions locales, la capacité de rayonner et d’organiser l’ensemble du salariat, a été balayée sans réel débat.

Or qu’est-ce qui crée la conscience de classe le plus solidement ? Des discours associés à une pratique éminemment corporatiste e repliée sur l’entreprise, ou la pratique vivante d’un réel échange, régulier et durable, avec des travailleurs et travailleuses d’une même branche, mais d’autres entreprises, et avec des travailleuses et travailleurs d’un même bassin, mais de différentes branches et statuts ?
Comment construire la grève générale si l’on n’est pas en mesure de développer de manière durable une solidarité et une sociabilité effective entre travailleuses et travailleurs d’une même branche, d’une part, et d’une même localité, d’autre part ? Comment construire un rapport de force sans stratégie durable, offensive, reposant sur la création d’une solidarité de classe durable, et sans rompre avec des pratiques qui ne font que renforcer l’isolement boite par boite ?

De même, le grand absent des débats de ce 52e congrès aura été la question de la réunification du syndicalisme de classe. Alors que la division ne profite qu’à la bourgeoisie, le débat s’est structuré autour d’une opposition entre un « syndicalisme rassemblé » qui revient à courir après l’unité avec la CFDT, et un repli sur le seul espace confédéral et la recherche d’actions unitaires sans remettre en cause la fragmentation syndicale. Or ce que l’histoire nous a montré, c’est que l’unification du syndicalisme de classe était un puissant moteur de lutte, lorsqu’elle s’accompagne d’un renouveau fédéraliste et démocratique autour des valeurs d’indépendance incarnées par la Charte d’Amiens.

Un certain nombre de déléguées et de délégués ont courageusement tenté de poser ces questions et de défendre ces perspectives, porter ces débats, mais leurs interventions ont été noyées par les discours de postures. L’enjeu, d’ici le 53e congrès, est certainement d’être de plus en plus nombreuses et nombreux à poser ces questions dans nos syndicats, nos UL, nos UD, nos fédérations.

https://rapportsdeforce.fr/classes-...



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