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Le sens de notre Non (1/2)
de : Thibaud de La Hosseraye
vendredi 24 juin 2005 - 19h51 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire
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Bonjour Bellaciao,

Je n’oublie pas que, par votre truchement, le "Témoignage d’un revenu du Oui, suivi d’un inventaire de 19 arguments inédits" avait été publié sur Bellaciao.

Maintenant que la campagne est achevée, il me semble qu’il ne faut pas faiblir et que, bien au contraire, il s’agit, plus que jamais, de faire montre de l’entièreté de notre détermination à donner corps à notre Non.
C’est pourquoi il est important de signifier, à tous ceux qui s’étaient mobilisés en faveur de l’oppposition au TCE, non seulement que notre mobilisation ne faiblit pas, mais que les acteurs de la campagne, même les plus tardifs (!), sont toujours "sur le pont", vigilants.

Dans cette optique, je me suis efforcé de ramasser mes analyses concernant l’après 29 mai (consultables, pour leur version intégrale, sur www.ineditspourlenon.com) en deux textes (de la taille d’un article chacun) susceptibles d’être publiés tels quels, si cela vous semblait opportun, et que je vous joins au présent message.
Et cela, non seulement pour ne pas laisser les "ouistes" continuer de culpabiliser la France qui a dit Non, mais aussi pour indiquer des pistes pour l’avenir, c’est-à-dire pour ne cesser de manifester la positivité de notre Non.

Sentez-vous, bien entendu, très libre à leur égard.

Bien cordialement

Thibaud de La Hosseraye


Le sens de notre Non

SOURCE : www.ineditspourlenon.com

Ce qui me paraît sûr, c’est que cette victoire du Non au projet de Constitution européenne n’est pas d’un parti contre un autre, c’est bien celle du peuple de France et de la liberté de la France contre toutes ses puissances d’établissement, qu’elles soient politiques ou médiatiques (...)

Mais il faut commencer par relever que, comme en attestent les sondages, ce Non français ne peut en aucun cas s’interpréter comme une frilosité nationale à l’égard de l’Europe.
On ne l’a pas assez dit : avec 70% d’intentions favorables en août dernier, la France était a priori favorable à l’adoption d’une constitution pour l’Europe comme à un événement véritablement fondateur qui donnerait son plein sens à la genèse de l’Union en même temps qu’elle en orienterait l’avenir en en définissant la spécificité relativement au reste du monde. Ce n’est qu’à partir du moment où les Français ont pris connaissance du texte, qu’ils l’ont lu, analysé et critiqué avec une rigueur et une minutie rarement égalées pour un texte politique, que la courbe des sondages s’est inversée.

C’est dire combien la déception des Français à l’égard de ce texte constitutionnel a été à l’exacte mesure de leur désir d’Europe. Par conséquent, ils demeurent plus que jamais déterminés à faire valoir la dynamique positive permise par leur vote.

(...) Car bien sûr que c’est un Non qui ouvre et non pas qui ferme, un Non qui libère l’avenir, ne serait-ce que parce qu’il remet en cause le présent, au lieu de nous lier constitutivement à un passé qui, pour sa part la plus décisive, s’est déterminé sans nous, un Non qui ne contredit nullement le premier Oui, celui qu’attestaient les premiers sondages, le Oui à l’Europe, à une Constitution pour l’Europe... Un Non qui, dans sa fraction la plus décisive, celle qui a renversé la majorité, ne se veut pas davantage exclusif du dernier Oui, Oui au « meilleur compromis », Oui dont il serait étonnant qu’il n’accepte plus désormais de compromis qu’avec les idéologues du néo-libéralisme pur qui vient d’être désavoué -non pas ce Oui qui comptait sur l’onction du peuple pour asseoir et introniser le mépris des peuples, mais le Oui au contraire qui n’a cessé de protester de l’authenticité de son socialisme, de son idéal d’une Europe sociale dont cette constitution n’eût été, à ses yeux, qu’une première étape, ce Oui qui ne pourrait plus aujourd’hui, sans se discréditer pour longtemps, refuser encore de nous rejoindre dans le combat des peuples pour une Europe, en effet, économiquement moins libérale, socialement plus volontaire, et politiquement plus démocratique, ouverte et libre.

Comment expliquer, dès lors, la puissance d’illusionnement du Oui là où il a paru, dès le début, le plus paradoxal, celui de gauche ? (...) Le comportement de la direction du parti socialiste, depuis le 29 mai, confirme au-delà de mes craintes l’explication que j’avais risquée de l’ardeur de son engagement pour le Oui : une stratégie purement politicienne de conquête du pouvoir sur le court et long terme que je me suis déjà efforcé de clarifier dans l’exposé de mes arguments Inédits pour le Non (17, 18 et 19) : contribuer à établir les conditions d’un libéralisme qui leur assure une fonction de correctif indispensable tout en les dédouanant des régressions sociales qui en résulteraient (l’analogue en Europe de la politique de Blair en Angleterre ; cf. « Le Monde selon Blair »).

En réalité, la confirmation de mon analyse, en tout cas sur le caractère exclusivement et médiocrement politicien du Oui de la direction du parti socialiste, m’avait été apportée, dès avant le 29 mai, par François Hollande en personne, le même qui n’a cessé de nous répéter qu’il ne fallait pas nous tromper d’enjeu, qu’il ne fallait pas sacrifier l’idéal européen à des visées de pure politique nationale : « Si Chirac avait mis en jeu son mandat, le PS aurait naturellement appelé à voter Non, comme pour de Gaulle en 69 », déclarait-il le 26 mai à midi sur France Culture...
(...) Bien sûr qu’il y a une vocation historique des socialistes à trahir que dénonçait déjà Péguy, puis à réécrire l’Histoire. (...) Mais le pire n’est pas dans cette compulsive propension du socialisme de parti à trahir d’abord le peuple dont il se réclame, comme il nous en offre, une fois de plus aujourd’hui, le sinistre spectacle : il est dans son renoncement au socialisme lui-même, et par là seulement, a fortiori, à la possibilité d’une véritable alternative politique sans laquelle aucune démocratie, c’est-à-dire aucun débat démocratique, c’est-à-dire aucune liberté de choix ne peut s’ouvrir à la souveraineté du peuple.
Et la situation inédite où nous sommes, c’est que ce renoncement (...), il se trouve que c’est en même temps, et au nom de l’Europe, un renoncement de la France à elle-même, un renoncement à la spécificité de la France dans l’Europe, à ce que la France peut et doit donc apporter de spécifique d’elle-même à l’Europe.

Je m’explique.
Personne, maintenant que la campagne est achevée, ne songe plus à nier l’évidence que le Non de la France au projet de constitution qui lui était proposé est en effet un Non au dogmatisme néo-libéral de ce projet (sur ce point, cf. mon commentaire d’un article récent de Maurice Allais).
(...) Ce qui se passe à présent, c’est que droite et gauche de gouvernement s’accordent à s’appuyer sur l’idéal de la construction européenne pour légitimer leur commun renoncement aux exigences de ce projet social spécifique de la France. Et le paradoxe est ici que c’est son anti-nationalisme qui incline le plus naturellement la gauche à sacrifier à l’Europe son opposition au libéralisme, tandis que c’est le nationalisme de droite qui est porté à s’opposer le plus naturellement à la dissolution de la spécificité française dans la mondialisation néo-libérale de l’Europe. (...)

Alors que nous nous trouvons, en France, dans une situation en droit insurrectionnelle avec un chef de l’Etat frappé d’illégitimité après avoir ouvertement pris le parti de l’affaiblissement de la France (en ayant rejeté, dès avant le résultat du référendum, toute perspective de renégociation si le peuple le contredisait) et explicitement violé l’article 8 de la Constitution dont il est le garant (en s’étant substitué au Premier Ministre pour nommer, dès le 30 juin, Nicolas Sarkozy au gouvernement), nous avons le devoir de nous préparer à toute éventualité.

Et je ne vois qu’une seule bonne raison pour laquelle, dès le soir du 29 mai, nous ne nous soyons pas tous précipités dans la rue (les Oui et les Non) en tonitruant d’une seule voix : « Chirac à la porte ! ». Cette raison, c’était simplement qu’il nous avait lui-même expliqué que si nous étions tentés par le Non, c’est que nous en avions assez de lui et de sa politique, que nous étions obnubilés par des préoccupations de politique intérieure. Cette raison, c’était donc simplement que nous ne voulions pas lui donner raison : l’objet de notre choix était et demeure le destin de l’Europe, il ne doit y avoir aucun doute là-dessus.

lire aussi :
 Ce qui se prépare et à quoi nous devons nous préparer (2/2)



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Commentaires de l'article
Lumineux !
28 juin 2005 - 12h28

Merci, Thibaud, d’avoir rappelé que le peuple français était initialement extrêmement favorable à l’idée d’une Constitution européenne, et que ce n’est qu’en voyant quel formidable galimatias ont essayait de nous servir qu’il s’est résolu à voter contre.

C’est extrêmement important en vue d’une renégociation.

Notre vote était européen, il le demeure, mais nos politiques ne veulent entendre que ce qu’ils veulent bien entendre, travestissant ainsi "le sens de notre Non" et affaiblissant notre pays.

Merci aussi pour votre ton serein quoique sans concession ; vous vous en tenez au terrain de l’argumentation, et cela fait du bien. A la relecture, votre article m’apparaît lumineux.

Nous avons besoin d’analyses pour évaluer les enjeux et décrypter les combines politiciennes ; continuez !

Camaradement vôtre.






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