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La voie française dans le monde qui vient
de : Thibaud de La Hosseraye
jeudi 15 septembre 2005 - 16h50 - Signaler aux modérateurs
6 commentaires
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de Thibaud de La Hosseraye

Chers amis,

Le soutien, l’affection et les encouragements que vous avez manifestés à mon égard durant les deux dernières semaines de la campagne du référendum, en m’envoyant vos messages, m’ont été chaque fois un bien rare, précieux, dont la puissance d’affirmation s’est révélée supérieure à toutes les tentations de découragement qui auraient pu me saisir face aux réactions violentes, parfois rageuses, qu’a suscitées la publication de mon « Témoignage d’un revenu du Oui, suivi d’un inventaire de 19 arguments inédits ». A l’âge qui était le mien (je pense avoir grandi depuis le 29 mai), je vous avoue que c’était particulièrement émouvant.

Je ne crois pas avoir encore eu l’opportunité de vous exprimer l’étendue de ma gratitude pour l’énergie que vous m’avez donnée, en tout cas pas à tous comme à un seul corps -ce que rend possible sur Internet la quasi instantanéité du courrier à plusieurs destinataires. Car la première chose qui m’a frappé, dès cette mise en ligne inaugurale du 16 mai, c’est la cohérence organique, aussi diversifiée que la vie même, des messages que vous m’adressiez.

L’un des traits les plus étonnants de la manière dont furent accueillis les « Inédits pour le non », encore explicités dans la page « Suites... » jusqu’à la clôture officielle de la campagne, c’est d’avoir trouvé autant d’écho à gauche qu’à droite. L’extraordinaire hétérogénéité de vos 2000 messages reçus en quinze jours en témoigne, sans que, pour autant, la pluralité de leurs lieux d’expression ait jamais conduit à la cacophonie à laquelle on ne cesse de s’efforcer de réduire le Non du 29 mai pour en neutraliser le sens.

Qu’une telle diversité de sensibilités politiques puisse concorder à ce point sur des raisons de s’opposer à un texte aussi complexe et profus que celui qui nous était proposé, voilà qui manifeste, par-delà les étiquettes, une communauté d’orientation du regard, une même volonté de privilégier, sur une question d’importance nationale, l’intérêt collectif sur les clivages partisans, où se signifie aussi notre commune résolution à servir une certaine idée de l’homme et de la vie en société que nous estimions menacée par cette proposition.

Devant l’effort de décrédibilisation systématique du sens de notre Non, nous avons vite compris qu’il nous fallait décidément nous armer, travailler, proposer, nous employer, surtout, sans relâche, à clarifier la pertinence de notre projet national, par fidélité auquel nous nous étions opposés au TCE.
C’est ce que j’ai entrepris dès début juin, quand il devint chaque jour plus évident que, non seulement notre Non n’était pas entendu, mais que s’amplifiait la charge contre l’indocilité de notre pays, en toute indifférence à la souveraineté nationale qui venait de s’en exprimer avec autant de netteté (toujours cet incroyable déni de démocratie, en particulier s’agissant de la partie III, que l’on continue de prétendre imposer à un peuple qui en a explicitement rejeté le contenu).

J’ai lu ce que vous m’avez écrit : les raisons, souvent détaillées, de votre opposition au TCE, les motifs de votre enthousiasme pour ce que vous trouviez dans mon site, vos analyses de la situation de la France en Europe et dans le monde, vos commentaires aussi, souvent amers, sur l’actualité de notre vie politique intérieure. Vous m’avez parfois beaucoup appris. Et parmi vous, certains à qui je n’ai même pas pu témoigner encore ma reconnaissance de toute cette richesse.

Je me suis laissé le mois de juin pour en méditer le contenu et, sans cesser d’écrire sur ma page « Et maintenant ? » ce que je pensais avoir à dire - parce que je ne le lisais ni ne l’entendais nulle part ailleurs (c’est la seule justification d’un site qui prétend se placer sous le signe de l’« inédit ») -, j’ai entrepris dès le mois de juillet de préparer deux textes de plus longue portée (en quantité au moins) : « Aux camarades trotskistes », consultable depuis le 14 juillet et, à présent, « La voie française dans le monde qui vient », mis en ligne le 11 septembre.

Cette certaine idée de la vie en société, que nous appelons République, où la conscience d’une responsabilité de chacun envers tous détermine une solidarité entre ses membres telle qu’ils reconnaissent la primauté en droit du bien public (« res publica ») sur leurs intérêts particuliers, elle se traduit par un projet social et socio-économique particulièrement exigeant, qui préside à notre dispositif institutionnel propre.

Le 29 mai, nous nous sommes battus contre un projet de Constitution qui dénaturait profondément ce « modèle français », c’est-à-dire, tout simplement, républicain, sans doute unique au monde par l’exigence de la finalité en fonction de laquelle il s’organise.

Or, depuis que nous avons fait échec au projet de constitutionnalisation d’une idéologie économique (ou, pour mieux dire, "économiste") ruineuse pour cette exigence, "ils" n’ont renoncé à rien, et surtout pas à faire rentrer la France dans le rang d’une Euramérique libérale, éventuellement démocratique (en un sens très large, sinon laxiste), mais où se dilueraient en tout cas les spécificités que nous impose notre idéal républicain. Tout ce qui résiste doit disparaître... surtout lorsque "cela" qui résiste est un projet capable de concurrencer efficacement le « modèle » dominant en voie de mondialisation.

A peine avons-nous repoussé un danger, qu’un autre se dresse, d’une égale gravité, dont la progression est directement liée au refus, par la majorité de la classe politique, du résultat du 29 mai : il s’agit de l’entreprise, en cours, de déstabilisation de nos institutions, en faveur d’un retour au parlementarisme, expressément présenté comme un régime plus conforme à celui des autres nations européennes, ce parlementarisme européen dont on a vu l’empressement à ratifier le TCE, comme il aurait ratifié l’intervention américaine en Irak, si on le lui avait demandé : dans un cas comme dans l’autre, contre la volonté des peuples.

Là encore, nous assistons à un formidable travail de sape, et théorique, et pratique, de tout ce qui peut participer de l’originalité française à laquelle nous devons justement, et notre Non au TCE, et sans doute également l’ampleur de celui de la Hollande (dont il faut rappeler qu’elle était requise pour lui conférer une valeur décisionnelle).

En confondant sciemment la question du rôle du chef de l’Etat et celle de son statut juridique, l’entreprise tire bien sûr profit de l’actuelle déconsidération de la fonction présidentielle dans la personne de son indigne détenteur pour prétendre, sous le couvert d’en augmenter la "responsabilité" (mais essentiellement au sens pénal du terme), en réalité, diminuer autant que possible l’autorité de l’exécutif, à laquelle serait substituée, dans le meilleur des cas, une inflation de la pratique du référendum d’initiative populaire, censée permettre de compenser les insuffisances, voire les dérives possibles, de la seule « démocratie représentative » du Parlement.

Je crois profondément que c’est un leurre. Et non seulement un leurre, mais surtout un contresens dans l’appréhension même de l’idée de démocratie : c’est l’un des objets de mon développement.

Et je crois aussi que, derrière les nombreux flottements et divers tâtonnements qui caractérisent la fébrilité des acteurs, y compris supposés les plus compétents, de cette frénésie constitutionnaliste, se dissimulent mal au moins deux intentions : l’une, d’occulter le clivage politique décisif du 29 mai (à quoi ont surtout intérêt les partisans du Oui au TCE, en vue des prochaines présidentielles) et l’autre (dans la perspective des mêmes échéances), de détourner l’attention des Français d’un certain nombre de problèmes concrets qui n’ont rien de constitutionnel et qu’aucune Constitution ne sera suffisante à résoudre, en tout cas aucune des propositions institutionnelles dont les vaporeux sillages se croisent aujourd’hui, très au-dessus de nous, dans l’azur éthéré de la pléthore de nos présidentiables.

Un écran de fumée, donc, sans doute principalement destiné à nous masquer l’absence de tout discriminant politique dans les solutions proposées à nos problèmes par le libéralo-socialo-libéralisme de la gauche « de gouvernement » sur laquelle s’exerce une croissante force d’attraction de ce summum de médiocrité eurocentriste qu’incarne si impeccablement l’inconsistante figure de Bayrou.

Mais au-delà, cette entreprise me paraît procéder d’abord de la même pulsion fusionnelle, autodestructrice, contre laquelle nous avons déjà dû nous dresser durant la campagne du TCE.

C’est tout cela que s’efforce de combattre « La voie française dans le monde qui vient », où je développe, cette fois, une analyse positive de l’originalité de notre voie et de ses potentialités.

Ce texte fait suite à mon adresse « Aux camarades trotskistes » qui en appelait déjà au recentrement de toutes les forces vives de la puissance affirmative du Non sur l’axe décisif de la responsabilité publique intégrale des services publics, donc de la propriété nationale des moyens de sa gestion, en même temps qu’il proposait une réhabilitation anti-nationaliste et internationaliste de l’idée de nation, deux perspectives que prolonge et explicite encore, parmi d’autres, « La voie française dans le monde qui vient ».

L’ensemble est assez long, surtout le dernier texte. C’est qu’il faut se battre sur de multiples fronts et qu’il y a autant à défendre qu’à promouvoir, de là où nous venons jusque là où nous voulons aller. Mais le combat vaut que l’on s’y engage, quelle que doive en être l’issue.

Bien cordialement à tous,

Thibaud de La Hosseraye

www.ineditspourlenon.com



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Commentaires de l'article
> La voie française dans le monde qui vient
15 septembre 2005 - 18h24

Pourquoi le drapeau de la "vierge" et des apôtres ? Moi, ça m’a ôté l’envie de lire le texte...



> La voie française dans le monde qui vient
15 septembre 2005 - 21h02 - Posté par

Il peut laisser perplexe, c’est vrai. Mais il a pris une part non négligeable à la victoire du 29 mai.
Et il défend une certazine idée de la nation française. Ce n’est pas un libéral puir jus. Je pense qu’il a des idées intéressantes, même si je ne partage pas tout.


> La voie française dans le monde qui vient
16 septembre 2005 - 09h40

L’honnêteté de Thibaud de La Hosseraye est effectivement très respectable.

Une grande partie de ces arguments (pas tous) sont effectivement très interessants et montrent que des trajectoires completement differentes de celles provenant de la gauche estampillée (socialiste, communiste, vertiste ou trotskyste) peuvent enrichir notre société .

L’appel et les questions qu’il pose aux trotskystes mériterait effectivement que ces derniers acceptent de répondre et de discuter, sans esprit polémique.

Par contre, pour ce qui est d’une grande partie du NON de gauche, ce n’était pas au nom d’une "voie française" que se menait la bataille mais au nom d’un europanéisme, au nom d’un (inter-)alter-mondialisme plus humain, et donc d’un certain fédéralisme européen. Ce n’est pas le cas apparemment de Thibaud de La Hosseraye qui semble mal considéré ce type d’orientation...

Je rapproche un peu les idées exprimées par cet homme honnête de celles exprimées en pointillé par l’exellent site "De Defensa", http://www.dedefensa.org/ , toujours très bien argumenté sur les relations USA-Europe.

Les uns et les autres ne correspondent pas à mon orientation mais leurs arguments méritent d’être sérieusement écoutés.

Copas



> La voie française dans le monde qui vient
18 septembre 2005 - 00h54 - Posté par

Voilà de retour T de LH "l’honnête homme". On n’attendait plus que lui.Cette insistance à le qualifier d’"honnête" m’apparaît bien suspecte. Tous les autres ne le sont donc pas ?
Le voilà qui prend la tête d’une nouvelle croisade visant à combattre le retour au parlementarisme. Les parlementaires ne sont-ils pas par définition les représentant du peuple ? Entre l’inefficacité gouvernementale et la monarchie présidentielle il existe une troisième voie qu’il convient d’institutionnaliser. Sinon, supprimons les législatives qui ne servent à rien : qu’avons nous à faire d’une simple chambre d’enregistrement.


> La voie française dans le monde qui vient
19 septembre 2005 - 18h33

Un très chaleureux merci à Copas, l’intervenant du 16/09 (83.***.29.***). Pour la rigueur de sa lecture. En particulier son attention à ne pas m’exclure de la gauche, sinon « estampillée » (donc sans non plus s’appuyer sur le gaullisme d’où je viens pour m’enfermer dans un chevènementisme que je respecte grandement, mais qui, aujourd’hui, ne me paraît ni politiquement, ni socialement, ni économiquement assez offensif).

Je comprends qu’on puisse être déconcerté par mon parcours. Mais je n’ai effacé ni modifié aucun de mes textes : et à les relire d’un trait, du premier au dernier, je n’y ai relevé aucune incohérence. Plutôt une espèce de lente parturition dont je me trouve moi-même un peu étonné. Je le dis d’abord parce que je suis bien obligé de m’expliquer, mais aussi parce qu’il se pourrait que mon cas soit représentatif d’une certaine évolution de l’opinion et de son attente.

Sur la question de l’Europe, il est vrai que, si je me suis résolument placé, durant la campagne référendaire, dans la seule perspective du fédéralisme, c’est parce que j’avais pour priorité de montrer que, même dans l’optique en apparence la plus "européanisante", il était absurde, c’est-à-dire contradictoire, de voter Oui. Mais au-delà, je crois simplement que c’est une bombe à retardement de la dernière guerre mondiale de précipiter l’Europe contre les nations plutôt que de l’unir sur leur fondement. Cette position ne préjuge en rien du terme ultime de la construction ni de sa géométrie.
Ce qui est sûr, c’est que je vois trop bien, dans l’actuelle promotion d’un fédéralisme de gauche, tout ce qui ne fait que servir d’alibi à nos démissions devant l’exigence politique et socio-économique, en particulier d’égalité, au sens le plus concret, dont il faut réaliser que la France est la seule à être constitutivement porteuse (et à laquelle j’adhère totalement).
C’est pourquoi, en effet, nous incombe une responsabilité unique en Europe et dont ce serait à la gauche d’être la plus consciente. Parce qu’enfin, c’est bien elle qui n’a cessé de nous y préparer ! Pourquoi maintenant devrait-elle rendre les armes ? C’est ce défaitisme contre lequel s’insurge « La voie française dans le monde qui vient », comme pourront le vérifier ceux qui voudront bien en suivre le développement jusqu’au bout.

Pour ce qui est de mon adresse aux trotskistes, je confirme qu’elle ne contient pas la moindre intention polémique, tout au contraire : même si je conçois que ce soit sans réciproque, ils sont peut-être ceux dont me rapproche le plus mon propre cheminement.
Mais je n’attends pas vraiment de réponse. Je sais qu’ils préfèrent le débat interne. Et je le comprends. Je doute même qu’ils aient eu besoin de moi pour se poser les questions que je leur pose. C’était juste une tentative de "décloisonnement". Et au fond, moins chez eux qu’autour d’eux...

Merci encore à ce lecteur inconnu dont l’ouverture me touche d’autant plus qu’elle m’accueille de plus loin. Et accommode son regard à notre distance.

Thibaud de La Hosseraye



> La voie française dans le monde qui vient
21 septembre 2005 - 21h14 - Posté par

Post-Scriptum :

Un merci de plus à Copas (je passe par Bellaciao puisque je n’ai aucun moyen de le joindre directement) pour son renvoi au site www.dedefensa.org dont j’ignorais l’existence.
De prime abord – avec plus d’envergure que le mien et une vision plus surplombante –, je comprends qu’on puisse, en effet, y déceler une même "inspiration".
Sans préjuger de rien, je me réjouis, en tout cas, d’en poursuivre la découverte.

Thibaud





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