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Toilette intime
de : Séverine Capeille
mardi 23 mai 2006 - 19h03 - Signaler aux modérateurs
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de Séverine Capeille

Il y a bien quelques bruits. Lointains. On entend sans doute les ronflements de la vie extérieure, plus ou moins perceptibles, pareils à des battements de cœur. Les sons arrivent déformés, non pas tant par l’épaisseur de la paroi que par la présence du liquide dans lequel on baigne. On est comme un fœtus de quelques semaines.

L’eau, c’est notre entrée en matière...

La tête s’incline légèrement vers l’arrière. Doucement. Un geste qu’on fait, sans y penser, comme pour balancer sa vie sous la buée. Un geste de lassitude et d’abandon. Un peu perdu, au milieu de l’odeur du savon. On ne pense à rien. Il y a ce ralentissement du temps, et on entre dans le mythe. On s’invente une lagune. Diane, Déesse des sources et de la lune. C’est elle qui nous revient. Au creux de soi. Au gant de crin. Elle qui maintenant rayonne. Loin du regard des hommes. Jeune fille éternelle dont la complexité fait le pouvoir de séduction.

Et puis Actéon. On se souvient très bien du nom. Actéon. On fronce les sourcils. Le nom de la transgression. On est Diane, tout à coup, dans sa nudité. On prend une moue de vierge effarouchée. L’image est amusante. Eh puis non. Le mythe nous prend à la gorge, comme un chien se jetant au cou de l’animal sauvage. On se dit que c’est dommage, qu’il n’était pas méchant, Actéon ; qu’il voulait juste dépasser les limites de sa condition. On se dit qu’il avait raison. Et on se jette de l’eau sur le visage.

Les larmes coulent de l’éphémère...

Il suffit parfois de quelques gouttes, et c’est la métamorphose, ou le naufrage. Mais on s’en moque pour le moment. On se laisse emporter, en faisant des associations d’idées. On passe de Diane à Ariane sans trop savoir comment. La Belle du Seigneur remplace la Déesse de la chasteté. Et c’est Solal qu’on attend.

« Dans la baignoire, elle jouait à sortir ses orteils et à les remuer, à se raconter qu’ils étaient ses dix enfants, cinq petits garçons à gauche et cinq petites filles à droite, à les gronder, à leur dire d’aller vite prendre leur bain et se coucher, et elle les rentrait alors dans l’eau chaude. Ensuite c’était de nouveau les récits à elle-même, et que dans une heure il serait là, si grand, avec ses yeux, et elle le regarderait, et il la regarderait, et il lui sourirait. Oh, comme il était intéressant de vivre ! » [1]

On remue les orteils. Une ou deux fois, juste comme ça. A la surface de l’eau. Sans trop y croire. Dans la petite salle de bain aux volets fermés, on plonge dans l’intime, on se raconte des histoires. Solal. Cinq lettres. On compte sur les doigts fripés par l’eau chaude. Et puis on invente une forme de petit train en rejoignant les deux mains, on trace un sillon dans le bain. Ils sont là, dans la cavité, au creux de soi, prêts pour « départ ivre mer soleil ». On respire profondément. Les yeux fermés. Peu importe que la baignoire puisse déborder. Ariane et Solal voguent dans la chaleur de midi, ils ne sont qu’au milieu de leur journée. L’insolence frappe les tempes. Ils flottent à la surface des secrets, et des ombres, et des absolus. Et le corps se soulève, se rapproche de la source de lumière, jusqu’à cette brûlure dans la poitrine. On se laisse retomber. Elle, fatiguée, qui le supplie. Lui, désabusé, meurtri. Les larmes. On ouvre les yeux. L’eau a éclaboussé le sol.

La buée de nos rêves solitaires...

On a ce sourire insensé du désespoir. Cette petite lueur qui fait peur dans le regard. Les extrémités sont couvertes de ridules qu’on ausculte avec une curiosité de médecin légiste. On touche, on palpe, on insiste. Il est déjà tard. Le temps a métamorphosé les matières, rattrapé les fuyards. On cherche la possibilité d’une baignoire. Peut-être parce que, une île, c’est un peu grand. Ou parce que, c’est amusant, d’appeler « baignoire » un objet blanc. On tire la petite chaîne du bouchon videur en caoutchouc, et on fixe le mouvement du typhon. Il fait presque froid. Pas encore. Les mirages des possibles ne sont pas tout à fait partis. Il y a Henri. Et il y a Lucie. Ils tournent en rond. Séquestrés. Désagrégés dans un processus accéléré. Ils glissent hors du monde. Ce n’est plus qu’une question de secondes. Il dit : « À propos, Lucie, je t’aimais. Je te le dis à présent parce que ça n’a plus d’importance. » [2]. La mousse qui flottait encore en surface commence à entrer dans la danse. Une java bleue comme les lèvres. Silence. Lucie se sent sèche. Ses rêves sont pleins de vapeur formée par condensation, mais elle n’a plus de larmes et sait qu’elle touche le fond. Dans les derniers instants, on observe l’accélération des mouvements circulaires, et puis quelques rebonds. La baignoire finit par se vider dans un râle venu de ses tréfonds. D’une sépulture dans le siphon.

Lucie (criant) : « J’aimais vivre, j’aimais vivre ! » [3]

[1] Albert Cohen, Belle du Seigneur, Gallimard, 1968, p.475

[2] Jean-Paul Sartre, Morts sans sépulture, Gallimard, 1947, tableau I, scène I, p. 114

[3] Jean-Paul Sartre, Morts sans sépulture, Gallimard, 1947, tableau IV, scène III, p. 215

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