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Éliminer la pauvreté : du pain, mais pas seulement
de : Bruno Lamothe
lundi 11 décembre 2006 - 16h49 - Signaler aux modérateurs
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Autonomisation des populations :

Si la pauvreté est une question de pouvoir, les solutions doivent se focaliser sur l’autonomisation des populations, surtout celles qui subissent les pires discriminations et la plus grande exclusion sociale.

L’histoire regorge de solutions imposées d’en haut, bien intentionnées, certes, mais vouées à l’échec, car elles ignoraient les causes réelles de la pauvreté ainsi que les exigences et les perspectives des dites populations ou leurs capacités à être les architectes de leur propre destinée. Les solutions durables dépendront souvent d’initiatives à facettes visant à une redistribution équitable des relations de pouvoir, plutôt qu’à des propositions trop hâtives ou à des subventions uniques.

Volonté politique :

Presque tous les pays peuvent s’attaquer sans tarder à la lutte contre la pauvreté dans toute sa complexité. Aucun pays ne peut abdiquer ses responsabilités sous prétexte qu’il manque de ressources. Certes, cela coûte cher de réduire la pauvreté, mais il n’est pas nécessaire de disposer des ressources importantes pour la réalisation de certains droits de l’homme, y compris un grand nombre d’obligations liées aux droits socio-économiques. La volonté politique joue un rôle au moins aussi important.

Par exemple, lutter contre la discrimination permettra, dans de nombreux cas, de lever les barrières qui interdisent l’accès au marché du travail et de supprimer d’autres obstacles structurels à la jouissance des droits de l’homme.

La mortalité infantile est aussi un bon exemple. La plupart des décès d’enfant sont évitables, et pourtant la mortalité infantile reste scandaleusement élevée dans de nombreux pays, faute d’avoir recours à des interventions efficaces, peu coûteuses et sans grande sophistication technique et faute aussi de s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté et de l’inégalité. Le PNUD estime que l’on pourrait sauver la vie de six millions d’enfants chaque année grâce à des interventions simples et bon marché. Un certain nombre de pays à bas revenus, comme le Vietnam et le Bangladesh, se sont attaqués aux racines du problème et ont enregistré des progrès impressionnants en termes de réduction de la mortalité infantile.

Tanzanie : Approche axée sur les droits de l’homme pour améliorer l’accès à l’eau Dans le district de Kileto, en Tanzanie, WaterAid a mis en place un projet visant à améliorer l’accès à l’eau des résidents. En intégrant des principes relatifs aux droits de l’homme dans le processus programmatique - en particulier la participation, la non-discrimination, l’égalité et l’habilitation - et en les incluant explicitement dans les objectifs du programme, WaterAid est parvenu à identifier les obstacles à un accès équitable à l’eau. Cette analyse et cette approche participative ont révélé qu’à cause d’un déséquilibre au niveau du pouvoir, deux des trois principales ethnies se voyaient interdire l’accès à l’eau. Dès lors, l’association a pu collaborer avec les différentes communautés pour résoudre ce conflit inter-groupes. (Source : Overseas Development Institute)

Bangladesh : progrès du développement humain :

Depuis 1990, le Bangladesh enregistre les progrès les plus rapides au monde dans tous les indicateurs de base du développement humain. Les taux de mortalité infantile et post-infantile ont baissé de plus de 5 pour cent par an, le taux de fertilité a fortement augmenté, et la malnutrition chez les mères est passée de 52 pour cent en 1996 à 42 pour cent en 2002. Le taux d’inscription à l’école primaire dépasse 90 pour cent, alors qu’il n’était que de 72 pour cent en 1990, la parité des sexes est quasi totale, et la fréquentation est en hausse en secondaire. La croissance économique ne suffit pas à expliquer de telles transformations. Même si celle-ci s’est accélérée au cours des années 1990, le Bangladesh reste un pays désespérément pauvre, où la pauvreté monétaire ne baisse que très lentement, puis qu’elle n’a diminué que de dix pour cent entre 1990 et 2002.

Quatre stratégies ayant un impact direct sur un certain nombre de droits fondamentaux ont contribué aux améliorations dont le Bangladesh a bénéficié sur le plan du développement humain :

Partenariats actifs avec la société civile :

Par exemple, une organisation non gouvernementale (ONG), le Comité du Bangladesh pour le progrès rural (BRAC), a lancé des initiatives pionnières afin de recruter et former des institutrices locales, créer un matériel pédagogique adapté et encourager l’implication parentale dans la gestion des écoles.

Transferts ciblés :

Des programmes proposant un large éventail de services sociaux ont ciblé l’amélioration de la nutrition tout en créant des incitations plus larges pour le développement humain. Le programme « Alimentation pour la scolarisation » offre des rations gratuites aux ménages démunis si leurs enfants vont à l’école primaire. Les écoles participantes enregistrent un taux de fréquentation plus élevé pour les filles et des taux d’abandon moindres, ce qui prouve que les incitations peuvent avoir raison des pressions économiques et des préjugés culturels qui empêchent la scolarisation des filles.

Projets sanitaires étendus :

La couverture vaccinale contre six grandes maladies infantiles est passée de 2 pour cent au milieu des années 1980 à 52 pour cent en 2001. Les programmes de vaccination sont le résultat de partenariats avec des agences internationales et des ONG nationales.

Cycles vertueux et intervention des femmes :

Grâce à un meilleur accès à la santé et à l’éducation, ainsi qu’à de meilleures opportunités d’emploi et à l’accès au micro-crédit, les femmes ont élargi l’éventail de leurs choix et acquis plus d’autonomie. Même si les disparités persistent entre les sexes, les femmes sont devenues des moteurs du développement et elles réclament le droit de contrôler leur fertilité et d’espacer les naissances, ainsi qu’une éducation pour leurs filles et l’accès aux services.

Même s’il connaît encore de sérieux problèmes, le Bangladesh a obtenu des succès aussi remarquables en dépit de ses faibles revenus et d’un taux d’alphabétisation très bas, d’une malnutrition élevée et d’institutions faibles au départ. Ses succès montrent ce à quoi l’action publique et l’activisme citoyen peuvent parvenir.

http://laurentfabius2007.over-blog.com



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Commentaires de l'article
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12 décembre 2006 - 19h17

Révolte ouvrière généralisée au Bangladesh
comment des grèves localisées contre la surexploitation se développent en un mouvement de révolte ouvrière généralisé On ne peut décrire ici faute de place les conditions de travail et de vie des quelque 2 millions et demi de travailleurs principalement des femmes qui sont exploités dans des zones économiques spéciales, véritables forteresses, et dans leurs environs ( plus de 5.000 usines), venant d’une campagne surpeuplée ( 150 millions d’habitants sur un territoire le quart de la France) et entassée dans des bidonvilles . Il suffit aussi de dire que le Bangladesh est un des pays les plus pauvres et les plus corrompus du monde et que le poids d’un travail exténuant ( plus de 12 h par jour sept jours sur 7 pour un " bon salaire " de 18 euros par mois en moyenne) est encore aggravé par des bâtiments d’usine et installations tels qu’effondrements et incendies prennent chaque semaine leur dîme de tués et de blessés souvent par dizaines. Jusqu’à mai dernier, de nombreux conflits avaient surgi dans ces usines, toujours à propos des salaires, pas tant à cause de leur montant dérisoire mais parce que souvent ils étaient payés avec des mois de retard ou pas payés du tout. Mais jusqu’alors, ces grèves étaient restées localisées dans un lieu de travail et n’avaient pas essaimé ailleurs ; elles ne posaient pas d’autre problème que la relation entre exploiteurs et exploités.
Il allait en être différemment en mai 2006
Le 3 mai 2006, 1.500 travailleurs de la firme Ring Shine organisent une protestation contre une baisse des salaires dans l’EPZ (zone franche) de Savar ( 50 km au nord de Dacca). La direction appelle la police : 2 morts, 200 blessés. L’usine est attaquée et ravagée par les ouvriers : 6 sont arrêtés, 80 sont poursuivis pour déprédations.
Quelques jours plus tard, un cartel de 8 syndicats - BGWUC - s’entremet et conclut un accord avec la direction qui paiera les soins des blessés, abandonne toute poursuite, paie les arriérés de salaires, indemnise les familles des tués (3.200 euros chacune) mais le cartel syndical s’engage à maintenir l’ordre dans l’usine de sorte qu’il n’y ait plus de conflit.
Le samedi 20 mai une grève éclate à Sripur dans l’EPZ de Gazipur à 35 km de Dacca, dans l’usine FS Sweater Factory. Plus tôt dans le mois, la direction réduisit, pour le travail aux pièces le taux payé pour chaque pièce sans aucune justification ; les travailleurs protestèrent et tentèrent de négocier ; la direction déposa une plainte contre 80 travailleurs pour " violences " et la police arrêta trois d’entre eux.
Le lendemain, à l’embauche matinale, 1.000 travailleurs se rassemblent ,refusant de travailler tant que les trois travailleurs arrêtés n’auraient par été libérés. Les dirigeants enferment alors les travailleurs dans l’usine et coupent l’électricité et l’eau ( autrement dit, pas de ventilation et pas de boisson). Il fait dehors 40 degrés. La chaleur devient intenable. Des travailleurs tentent d’escalader le mur de clôture : la police qui est sur les lieux appelée par la direction tire : un travailleur est tué ; son corps est mis dans un sac et évacué par les flics hors des lieux. A 11 heures les travailleurs brisent les pores et se rassemblent sur l’autoroute qui mène de Dacca à Mymensingh, ville du Nord qui passe à proximité de l’usine. Ils sont rejoints par la population locale et bloquent l’autoroute avec une barricade pendant six heures devant se battre avec la police ( bien que 90% des travailleurs de l’usine soient des femmes, la majorité des manifestants sont des hommes) : un tué, 70 blessés y compris des flics et des journalistes.

Le lundi 22 mai dans la Savar E.P.Z., les travailleurs d’Universal Garments Limited se rassemblent devant l’usine pour avoir le paiement de trois mois d’arriérés de salaires. Ils sont attaqués par le service d’ordre de l’usine. Ils vont alors devant les autres usines de la zone pour chercher de l’aide et un soutien solidaire. Le groupe de manifestants grandit en allant d’usine en usine et bien d’autres travailleurs se joignent à eux. Ils sont bientôt plus de 20.000 et dans l’après-midi des travailleurs d’autres zones spéciales les rejoignent. Dans l’après-midi, des centaines d’autres usines sont en grève. Deux usines sont incendiées, 100 autres mises à sac et devant 300 autres, voitures et camions sont incendiés. La route principale menant à Dacca est bloquée. La bataille avec les flics prend de l’ampleur qui tirent sur la foule. Les nouvelles de ces émeutes se répandent partout et beaucoup d’autres travailleurs rejoignent l’émeute.
Pour se dégager, la police tire dans la foule.

Un témoin déclare :
"J’ai déjà été témoin de tels affrontements dans le passé, mais ce qui m’a frappé, c’est que cette fois, les vendeurs de rue, les tireurs de pousse-pousse etc... unis en une foule hostile commencent à jeter des pierres, à briser des voitures et à incendier les bus..."

Le mardi 23 mai, " Black Tuesday ", la révolte s’étend encore à d’autre usines et de plus en plus d’ouvriers établissent des piquets de grève devant tous les centres d’activité. Dacca est paralysé par une grève générale qui s’étend à toutes les banlieues industrielles. Partout c’est le même cortège d’actions violentes : usines pillées, voitures détruites, bâtiments commerciaux attaqués et pillés y compris dans la capitale. Des revendications apparaissent : fin de la répression, libération des travailleurs arrêtés, augmentation du salaire minimum, un jour de congé hebdomadaire, paiement des heures supplémentaires, congés payés, congé de maternité pour les femmes, des toilettes séparées pour les femmes paiement des salaires arriérés... Toute la journée, ce ne sont qu’incendie d’usines, barricades routières, affrontement avec les flics ; des photographes de presse sont molestés. Des renforts policiers sont amenés de tout le pays, la police des frontières et 3.000 militaires appelés en renfort. Les patrons en appellent au gouvernement de faire intervenir l’armée pour rétablir l’ordre.

Le mercredi 24, tout paraît se calmer à cause de l’imposant déploiement policier et militaire et que les patrons montrent quelques signes qu’ils sont prêts à faire des concessions tout en refusant la constitution de sections syndicales dans les entreprises. Il semble que cette revendication soit plus celle des travailleurs de base que des directions syndicales. Pourtant ce sont ces dernières qui sont amenées à négocier avec l’organisation patronale BGMEA, ce qui n’est pas tant une rupture avec leur ligne anti-syndicale antérieure mais parce qu’ils considèrent qu’étant donné les circonstances, des pourparlers peuvent calmer le jeu et qu’éventuellement ils peuvent être utile pour encadrer les travailleurs. La rencontre initiée par le gouvernement dure 6 heures et se termine par des " promesses " de satisfaire l’ensemble des revendications et la création d’un comité chargé de traiter la question épineuse des salaires ( d’un salaire mensuel moyen de 940 takas (tk) (11 euros) la revendication porte sur 3.000 tk (35 euros). Pour appuyer le tout, une lettre est adressée à chaque travailleur de l’EPZ de Dacca, précisant les " promesses " en question pour les inciter à reprendre le travail. Quelques jours plus tard, il est évident que les patrons n’ont nullement l’intention de respecter leur parole.

Pendant tout le mois de juin,, dans toutes les zones, l’agitation continue sur des points précis : annulation des sanctions contre les " meneurs ", paiement des salaires arriérés, refus d’appliquer les concessions faites uniquement pour entraîner la reprise du travail. L’une après l’autre une les usines débraient pour un motif ou un autre et les usines environnantes se joignent au mouvement dans des manifestations spontanées. Les affrontements avec la police, l’armée, les milices patronales continuent. Certains patrons recourent au lock out quand ils jugent que la situation est trop explosive. Parfois, c’est toute une EPZ qui est encerclée par la troupe et interdite aux travailleurs, ce qui est facile vu que chaque EPZ est une véritable forteresse. On ne peut qu’énumérer la multiplicité des luttes tout le long de juin, ponctuée à la mi-juin d’une nouvelle tentative " d’accord " pour endiguer le flot :
8 juin : reprise du travail.
11 juin, grève générale dans toute l’industrie de la confection : 50 blessés, toutes les EPZ sont fermées.
12 juin : nouvel accord triparti e sur les mêmes bases que le précédent mais cette fois avec la caution du BEPZ, bureau central régulant l’activité des EPZ.
15 juin : pas plus que le précédent, cet accord n’est appliqué et l’agitation continue.

Pour calmer de nouveau la situation, le gouvernement ordonne la libération de tous les emprisonnés, travailleurs et responsables syndicaux ; prend des dispositions pour entamer des discussions sur les revendications et pour rassurer les patrons ordonnent une enquête sur les causes des émeutes. Les premiers pourparlers sont engagés fin jion entre le gouvernement , l’organisation patronale BGMEA et des représentants syndicaux (SKOP) ; ils forment un comité spécial chargé d’étudier la question centrale des salaires ; la revendication, si elle était satisfaite porteraitle salaire minimum de 940 rakas (11 euros) mensuels à 3.000 takas ( 35 euros) ; mais les patrons résistent à toute proposition d’augmentation. Et l’agitation continue dans la plupart des usines.

21 juin : L’organisation patronale BGMEA demande au gouvernement l’installation d’une police spéciale pour protéger leurs propriétés contre tout trouble social. Le cartel des syndicats lance un nouvel appel parce qu’ils ne maîtrisent rien demandant aux patrons une application minimum des accords antérieurs.

Cette tâche du " maintien de l’ordre ", à ce moment est assurée par une sorte de GIGN, le Rapid Action Batalion qui intervient chaque fois que les travailleurs se déploient : en général, cela ne les amène pas à reprendre le travail mais à se répandre dans et hors de la zone et d’encourager les autres travailleurs à se joindre à eux. Il serait trop long de décrire les alternances de lock out, de reprise du travail et de nouvelles attaques des travailleurs.

C’est presque un enchaînement sans fin tout au long du mois de juillet :
1er juillet : 64 morts dans l’incendie classique d’une usine ; pas l’oeuvre des émeutiers. Les travailleurs de l’usine manifestent et bloquent les routes aux alentours
3 juillet : dans l’EPZ de Savar près de Dacca, le bruit court qu’un travailleur a été tué dans la nuit de lundi ; une manifestation violente éclate alors à l’usine Irish Fashion : 100 blessés, 20 voitures incendiées. Les patrons décident la fermeture de l’usine et le lock out indéfini.
Le lendemain, les travailleurs se pointent à l’embauche pour trouver la porte de l’immeuble de sept étages fermée avec une affiche sur la porte annonçant la fermeture ; les 6.000 ouvriers arrachent l’affiche et commencent à manifester, lançant des briques sur les fenêtres. La police stationnée dans l’usine n’intervient pas, gardant le silence. Toute la foule des manifestants se déplace alors vers les autres usines que les patrons s’empressent de fermer alors que, en quelques minutes, leurs travailleurs se joignent aux premiers. Craignant alors la répétition des déprédations, les autorités décrètent la fermeture des 50 usines de la zone voisine de Dacca EPZ pour une période indéfinie. Toutes les forces de police et militaires sont déployées pour endiguer le mouvement.
6 juillet : près de 100.000 manifestants à Ashulia où les travailleurs sont lock outés ; 25 blessés.
8 juillet : 150 usines pillées et certaines incendiées.
9 juillet : la lgne de chemin de fer est bloquée à Uttora.
10 juillet : toujours à Uttora, 1.800 travailleurs manifestent lors de la réouverture de l’usine pour avoir paiement des salaires arriérés, de nouveau des barricades et le siège du commissariat local.

Les patrons veulent de toute évidence avoir le mouvement à l’usure : la misère et la répression policière et militaire contraignent peu à peu les travailleurs à reprendre. Mais comme, début août aucun accord n’a encore été appliqué, tout continue d’une manière plus ou moins sporadique. C’est ainsi que le 15 août, 6.000 travailleurs sont de nouveau en grève dans 13 usines ; de nouveau aussi une bataille rangée avec la répression dans Dacca isolée pendant 4 heures : plus de 100 voitures incendiées, 50 blessés. Au départ de cette flambée, le refus par une firme de payer les arriérés de salaires sauf à 49 jaunes. Le 24 août les mêmes leaders syndicaux lancent de nouveau un appel désespéré au patronat sur les risques d’explosion si un salaire minimum n’est pas rapidement fixé et respecté, car malgré les engagements pris dès le 12 juin, 90 % des termes des accords sont restés lettre morte. Il est évident que les patrons attendent jusqu’au dernier moment pour fixer les termes d’un accord concernant les salaires. Tout en prétendant que si toutes les revendications prises en compte dans les accords étaient appliquées 75 % des firmes textiles devraient fermer dans les six mois, ce qui, étant donné l’importance prise par cette industrie dans l’économie du Bangladesh entraînerait un chaos social total.

C’est seulement le 12 septembre, dernier jour du délai imparti, qu’une des organisations patronales (BKMEA - tricot) avance enfin de chiffres et des dates, un plan d’augmentation des salaires en trois étapes ( salaires mensuels) :
1) pour les grades de 7 à 1, 1604 tk à 2.400 tk immédiatement( de 32 à 48 euros). ( pour mémoire, le salaire moyen de base est, en principe de 900 tk -18 euros- )
2) pour les mêmes grades de 1.890 tk à 5.725 tk au 1 juillet 2007 ( de 38 à 115 euros)
3)de même de 2.117 TK à 6.060 tk an 1er juillet 2008 ( de 42 à 120 euros).

Mais ces concessions doivent être compensées par des avantages consentis par l’Etat : subventions de 10% de leur montant aux exportations, taux d’intérêt bancaire limité à 7 %, fourniture continue d’électricité et service accéléré dans le ports ( ces dernières revendications patronales donnent une idée du niveau de l’économie et de la corruption).

Personne ne sait si les patrons individuels appliqueront ces " recommandations " qui n’ont aucune force légale. On peut penser que l’épuisement économique tout comme la présence de la répression auront eu raison - provisoirement - de cette révolte ouvrière mais que tout reste latent. Un autre facteur important peut aussi avoir une incidence sur le cours de ces luttes, entretenant une grande confusion chez ceux qui spontanément s’étaient insurgés contre la misère extrême de leur exploitation. Peu à peu, pour dévier cette révolte de tout son contexte économique, des accusations de " conspiration " se sont fait jour, entretenue par le patronat, par les politiques au pouvoir. Ont été ainsi incriminés : le pays voisin, l’Inde, les extrémistes musulmans, le parti d’opposition, la Ligue Awami et ses alliés. Même si cela peut effectivement être vrai, une révolte ouvrière d’une telle dimension ne peut jamais être la création de quelques bandes de nervis. Une des observations avancée pour expliquer la soi-disant intervention de " provocateurs " stipendiés par des organisations visant à déstabiliser le Bangladesh pour des raisons économiques ou politiques est la présence d’une majorité masculine dans les manifestations alors que la main-d’œuvre exploitée dans les usines de confection est féminine à près de 90 % ( même les 10 % restants formeraient quand une masse de manifestants de 250.000 participants). Mais, indépendamment de ces accusations habituelles, plus important est dès le mois de juillet, le développement de manifestations fréquentes et souvent violentes de l’opposition dans la capitale Dacca autour de la réforme d’une loi électorale et la surenchère politique pour les prochaines élections. On retrouve là une voie traditionnelle de l’escamotage de revendications sociales derrière des conflits politiques, ce qui ajoute à la confusion et au chaos ambiant.

extraits de dans le monde une classe en lutte n° d’octobre 2006.






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Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
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En mémoire de Marceline Lartigue 10/11/1961 - 28/04/2018
mercredi 30 mai
Le but de cet page est de récolter le maximum de souvenirs de Marceline, tout les contributions sont les bienvenues (photos, vidéos commentaires, pensée etc. etc.), et permettre doucement de faire passer ces moments si difficiles, merci https://www.facebook.com/MARCELINELARTIGUE.ORG
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Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante
mardi 8 mai
de Raphaël de Gubernatis
Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans (...)
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Adieu Marceline
lundi 7 mai
de Nicolas Villodre
Une cérémonie aura lieu lundi 7 mai à 13h30 au crématorium du Père Lachaise à Paris. Marceline Lartigue est partie avec le froid d’avril, samedi 28, victime d’une rupture d’anévrisme. Elle était danseuse, chorégraphe, militante de gauche depuis toujours, de père (Pierre Lartigue) et mère (Bernadette Bonis) en fille. L’attaque l’a prise, en plein mouvement, en pleine rue. Son compagnon Roberto Ferrario l’a vue tomber devant lui « pendant la diffusion de (...)
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