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Quel avenir pour les ZEP ?
de : Bruno Lamothe
vendredi 29 décembre 2006 - 15h45 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire
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de Nicolas RENARD Président de l’Observatoire des Zones Prioritaires

L’Observatoire des Zones Prioritaires, a été constitué en 1990 lors de la première relance des ZEP avec la conviction, à l’époque, que l’éducation prioritaire était vraiment un dispositif intéressant mais qu’il manquait de pilotage et qu’il avait besoin d’être amendé et impulsé de façon nouvelle. Depuis quinze ans, nous réunissons, une fois par mois à Paris et une fois par an au niveau national, des acteurs de ZEP, qu’ils soient enseignants, coordonnateurs, cadres, chefs d’établissement, inspecteurs ou chercheurs.

Il faut revenir sur le bilan de la politique des ZEP pour redire deux ou trois éléments qui peuvent avoir des incidences aujourd’hui.

Sur la question du bilan, les ZEP ont donné un souffle intéressant au moins dans deux domaines.

Le premier est celui des liaisons inter-degrés et des partenariats avec l’extérieur, une chose que l’éducation nationale pratiquait peu ou mal. Les ZEP ont été souvent l’occasion d’un nouveau souffle, notamment entre l’école primaire et le collège, alors qu’il s’agit de traditions culturelles et de méthodes d’apprentissage assez différentes : un bon élève passe facilement d’une marche à l’autre alors qu’un mauvais a beaucoup plus de difficultés. Il y a un très gros travail à faire à cet égard et il est loin d’être mené à son terme. Pour autant, les ZEP ont ouvert cette perspective et permis un travail intéressant dans ce domaine.

Le deuxième domaine intéressant est celui des partenariats avec l’extérieur. Là aussi, c’est une nouveauté de pouvoir travailler avec les acteurs de la politique de la ville, les mairies, les associations locales ou la police. Nous ne sommes évidemment pas au coeur du métier qui est d’enseigner et qui relève des apprentissages, mais il est important d’avoir une politique assez cohérente et suivie des jeunes des quartiers dans le domaine de la santé et de la prévention des violences, ce qui rejoint évidemment les continuités que l’on peut instaurer dans le domaine des apprentissages.

Les ZEP ont donc amené une nouveauté dans ce domaine et il ne faut pas l’oublier.

Toujours dans le cadre du bilan, Madame Royal a souligné le manque de résultats de l’éducation prioritaire qui apparaissent dans les statistiques quand on les compare aux autres établissements. A ce propos, on évoque souvent le fait que la situation se serait dégradée socialement et que les ZEP ont peut-être permis d’avoir des résultats plus mauvais encore. Je n’en sais rien.

J’ai le sentiment qu’il y a eu un certain gaspillage des moyens qui ont été utilisés, notamment en matière d’enseignants, dans les ZEP depuis plus de vingt ans. En effet, la plupart du temps, les enseignants qui y ont été affectés l’ont été pour diminuer les effectifs des classes. On a ainsi abouti à une sorte de diminution mécanique des effectifs des classes qui sont passées de 27 à 25. Parfois un peu moins, ce qui ne produit rien du point de vue pédagogique. Cela allège les enseignants et cela peut créer un peu de confort, mais cela ne change pratiquement rien à la question première : celle de l’échec scolaire.

Je pense donc qu’une partie de l’aspect négatif du bilan vient de cette utilisation trop mécaniquement distribuée des enseignants et de l’absence de réel investissement pédagogique sur la question de l’échec scolaire.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les personnes qui sont intervenues avant moi ont très bien dit l’essentiel. Il y avait un problème de carte qui est effectivement pris en main. Avec cette carte, on aboutissait à une chose qui n’avait plus de sens car elle a été élargie de façon non maîtrisée après les assises de Rouen en 2000. Il fallait donc remettre un peu d’ordre en direction des sites prioritaires qui ont vraiment besoin d’un effort particulier et abandonner certains sites qui n’ont plus de raison, aujourd’hui, d’être en éducation prioritaire.

J’insisterai un peu plus sur la deuxième question : celle du pilotage, une question à mon sens très sensible dans l’éducation nationale. Ce pilotage s’exerce à la fois au niveau du dispositif global des ZEP et au niveau des enseignants et de leur accompagnement.

J’ai l’impression que l’éducation nationale a toujours un peu de mal à accompagner véritablement les dispositifs qu’elle met en place. Dans l’intention et l’objectif, ils sont tout à fait louables, mais nous avons beaucoup de mal à les inscrire dans la réalité.

C’est le cas du dispositif des ZEP. Beaucoup de cadres des ZEP, chefs d’établissement, inspecteurs ou coordonnateurs, se sont trouvés un peu démunis et insuffisamment accompagnés pour pouvoir donner aux acteurs de ces établissements des moyens de se réunir et de réaliser des évaluations régulières. Cet accompagnement est nécessaire.

C’est vrai aussi pour les enseignants. Si je prends l’exemple du dispositif des projets d’aide individualisée aux élèves, dit PPRE, qui a été lancé récemment dans la loi Fillon et qui est une nécessité absolument fondamentale, nous manquons là encore d’accompagnement. De quoi s’agit-il en deux mots ? Nous avons beaucoup de mal, aujourd’hui, à faire face à la difficulté scolaire et, en particulier, à bien diagnostiquer les difficultés que rencontrent les élèves. Globalement, nous avons un système je ne veux pas être caricatural, mais c’est un peu vrai dans lequel des enseignants viennent enseigner une matière. Ils ont un groupe classe et ils font leur cours. Cela passe pour la majorité des élèves, mais, pour des élèves en difficulté, cela ne suffit pas et il faut pouvoir diagnostiquer ce qui se passe de façon très fine.

Pour chaque élève, nous avons alors des profils qui peuvent être très différents, c’est-à-dire des difficultés différentes et donc des types de remédiation qui ne doivent pas être les mêmes. En particulier, il serait à mon avis important de faire une distinction entre des élèves qui sont dans une difficulté relativement ordinaire, que l’on peut aider et qui vont s’en sortir, et des élèves qui sont en grand échec. On voit arriver en 6e des élèves qui sont aujourd’hui totalement dépassés parce qu’ils ne maîtrisent pas un certain nombre de fondamentaux. Pour ceux-là, il faut faire autre chose et arriver à percevoir les difficultés pour savoir ce qu’on va faire avec eux.

Cet enjeu me semble absolument fondamental. La relance qui est faite aujourd’hui est intéressante parce qu’elle prend en compte cet aspect pédagogique, mais le champ de travail est absolument énorme et il faut vraiment faire un investissement d’ordre qualitatif pour que l’éducation prioritaire aille bien au-delà de ce qu’elle a produit jusqu’ici.

Je tiens à rappeler, même si c’est une évidence, l’importance de l’échec scolaire pour un certain nombre de jeunes et, en particulier, l’importance de la dévaluation de l’élève par lui-même quand il est en vrai échec. Un élève qui est en échec depuis le CP et que tous ses copains traitent d’idiot pendant dix années de suite intériorise lui-même parfaitement cette affaire et je pense que c’est une clé pour comprendre la difficulté d’insertion d’un certain nombre de jeunes aujourd’hui.

La question de l’échec scolaire me semble donc absolument centrale. La relance actuelle est intéressante, mais il y a un énorme travail à faire.

http://laurentfabius2007.over-blog.com



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Commentaires de l'article
Quel avenir pour les ZEP ?
3 janvier 2007 - 17h53

"c’est un peu vrai dans lequel des enseignants viennent enseigner une matière"
C’est même beaucoup vrai ! Car le recrutement du professeur de second degré est fondé sur une qualification précise , une maîtrise de la discipline de niveau très élevé par rapport à la plupart des pays. Mais si le projet de Robien passe, n’importe qui enseignera n’importe quoi, et même faire tout autre chose que de l’enseignement...






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