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Réforme Constitutionnelle et Déstabilisation : Chronique(s) d’une Révolution en marche (partie 2)
de : Romain Migus
samedi 1er décembre 2007 - 08h44 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

Partie 1

L’usage calculé de la force par le "mouvement étudiant virtuel"

Les media commerciaux sont la pierre angulaire des techniques de révolutions colorées. Ils permettent de créer une réalité virtuelle à l’opposée des faits réels, pour ensuite justifier une intervention étrangère (pas forcément sous la forme militaire, mais aussi politique, de médiation, etc...) qui appuierait la minorité putchiste. La manipulation médiatique au Venezuela repose sur la création de violences de la part de l’opposition pour ensuite en faire reposer la faute sur le gouvernement. Et ainsi, pouvoir condamner la violence et se faire l’avocat d’une réconciliation nationale… Main dans la main avec les media commerciaux, et particulièrement la chaîne Globovision, le "mouvement étudiant virtuel" très bien conseillé par les serbes d’Otpor a réalisé plusieurs montages de ce type.

Le jeudi 1 novembre, le "mouvement étudiant virtuel", des membres des partis d’opposition, ainsi que le directeur de la chaîne Globovision, marchent sur le Centre National Electoral (CNE) pour remettre un document aux membres de sa direction. Arrivés devant le bâtiment, un barrage de police laisse passer une délégation des étudiants d’opposition. A peine remis le document, ces étudiants tentent de s’enchaîner à l’escalier du CNE en utilisant des chaînes qu’ils portaient comme ceinture. Dans la "dictature" vénézuélienne, ils n’avaient pas été fouillés avant de pénétrer dans l’enceinte du Pouvoir électoral. Au même moment, les étudiants qui attendaient dehors commencent à agresser le cordon policier pour faire une diversion. La violence des faits (15) contraste complètement avec leur soi disant "non-violence". Des étudiants essaient même de brûler vifs des policiers en déversant des litres d’essence dans la voiture sur laquelle ils étaient montés. (16) Finalement l’essence déversée ne sera pas allumée. Il est vrai qu’il aurait été difficile de défendre l’image d’une manifestation "non-violente" avec des images de cadavres de policiers carbonisés.

Les étudiants n’ayant pas réussi à s’enchaîner à l’intérieur du Centre National Electoral, le combat de rue change de lieu. Les groupes étudiants qui agressaient les policiers se replient sur l’avenue Bolivar toute proche et détruisent tout sur leur passage (bancs détruits, arbres brûlés à l’essence, jardinières de fleurs renversées, décoration arrachées,…). Les policiers dispersent les manifestants au moyen de gaz lacrymogène, d’un canon à eau et de cartouche de petits plombs, et non pas de balles en caoutchouc comme le stipulent les media internationaux. Il n’y aura aucune interpellation.

Qu’importe, pour CNN, c’est une "répression féroce du gouvernement contre une manifestation pacifique", la presse internationale suivra cette vérité sans mettre en doute les intentions "pacifiques" des étudiants.

Quelques jours plus tard, les étudiants d’opposition organisent une manifestation pour faire part de leurs doléances au Tribunal Suprême de Justice, où ils seront reçus par sa plus haute autorité, Luisa Estela Morales. La manifestation se déroule sans heurt. Les manifestants regagnent leurs universités. En revenant à l’Université Centrale du Venezuela, le cortège croise des étudiants chavistes collant des affiches en faveur de la Réforme. Insultes, jets, de pierre, etc. Les chavistes, bien inférieurs en nombre se réfugient dans le bâtiment des Etudes de Travail Social, où étaient en train d’étudier quelques 150 jeunes vénézuéliens. Un groupe d’étudiants d’opposition les y assiègent, bloquent l’entrée et mettent le feu au bâtiment. Face à l’immobilisme des autorités de l’Université (acquises à l’opposition) qui n’enverra que les pompiers gênés dans leur travail par les jets de pierre et les tirs à l’arme à feu entre les étudiants d’oppositions et les chavistes retranchés dans le bâtiment, les militants chavistes décident d’organiser leur propre sauvetage ainsi que celui des étudiants de Travail Social pris au piège. Ils préviendront des éléments extérieurs à l’Université, qui arriveront armés en moto pour les secourir. Les deux bandes (ceux en moto et le groupe d’opposition) font usage de leurs armes. Bilan : 6 blessés, et le sauvetage des 150 personnes assiégées dans le bâtiment.

Sur place, une équipe de Globovision préalablement équipée de gilet pare balle, et de masques à oxygène retransmet les images d’un groupe armé en moto tirant sur les étudiants d’opposition. Une équipe de la chaîne communautaire Catia TV et un groupe de documentalistes étrangers sont aussi sur place mais sans compter sur le matériel anti-émeute dont bénéficient les journalistes "prévoyants" de Globovision. Les seules images de la chaîne d’opposition feront le tour du monde. Dans un article dont le seul titre est déjà mensonger et partisan ("Tirs à Caracas contre les étudiants hostile à Hugo Chavez"), Paolo A. Paranagua du journal Le Monde expose, depuis Paris, sa version des faits : "Les étudiants qui rentraient de la manifestation ont trouvé un autobus incendié et des individus cagoulés et armés barricadés dans l’Ecole de travail social de l’UCV, bientôt relayés par des dizaines de commandos arrivés sur des motos et portant des armes de poing." (17). Qu’importe que le chauffeur du bus en question ait dénoncé après coup les étudiants d’opposition comme responsable de l’incendie de son véhicule (ceux-ci ayant sorti le chauffeur de son bus pistolet sur la tempe). (18). Les coupables pour Le Monde sont déjà identifiés : un commando chaviste. Sous la plume de Charles Dantzig, dans Libération, on apprend que "des milices actionnées par Hugo Chavez sont entrées dans l’Université centrale du Venezuela à Caracas, sept blessés." (19) Ces média-mensonges réacréditent au passage l’existence d’unités paramilitaires au service du gouvernement. On se rappelle qu’au début du processus bolivarien, les media qualifiaient déjà les partisans du gouvernement réunis en comités de quartiers (les Cercles Bolivariens) de "Cercles de la Terreur", de "horde armée chaviste", etc… Un communiqué du Parti Socialiste français reprendra à son compte le montage médiatique pour condamner les violences et l’intolérance des chavistes. (20)

Qui plus est, si tout le monde a pu voir les images du sauvetage opéré par le groupe en moto, qu’en est-il des témoignages des étudiants terrorisés qui étaient pris au piège dans les bâtiments d’Etudes de Travail Social ? (21)

Nous nous demandons ce qui se serait passé si les étudiants qui manifestent contre l’autonomie universitaire en France, au retour d’une manifestation, avaient bloqué un groupe d’étudiants de l’UNI (syndicat universitaire de droite) dans un bâtiment d’une fac, empêchant toute sortie et mettant le feu aux installations dans le but inconscient de brûler vifs les membres de l’UNI et les étudiants du bâtiment ? Qu’aurait alors raconté Le Monde sur ces étudiants pyromanes ? On peut imaginer fort aisément que ces étudiants seraient aujourd’hui en prison.

Au Venezuela, la "dictature communiste" d’Hugo Chavez les a laissés libre de recommencer. Et même plus, les étudiants d’opposition ont été reçus deux fois par l’Assemblée Nationale, par le Tribunal Suprême de Justice, par le Procureur Général de la République et par le Ministre de l’Intérieur. Drôle de dictature qui ouvrent les portes du Pouvoir à un groupe d’étudiants minoritaire et ultra-violent…

En revanche, lorsque ces étudiants révèlent leurs pratiques au grand jour, les media internationaux se taisent. Le 3 novembre, soit le jour suivant les incident du CNE, des élections à l’Université du Zulia ont dégénéré : 2 morts, dont une étudiante du Parti d’opposition Primero Justicia. Immédiatement, Globovision responsabilisent des groupes chavistes. Mais des vidéos amateurs ne tardent pas à révéler que les auteurs des tirs sont des étudiants liés au parti "Un Nuevo Tiempo", de l’ancien candidat à l’élection présidentielle, Manuel Rosales. Ils tentaient d’intimider des candidats à l’élection au Conseil Universitaire, pour garder l’emprise sur le pactole que représentent les contrats pour les transports et la cantine universitaire. Mafia, vous avez dit mafia ??? Aucun media français n’a offert au public cet autre visage des étudiants d’opposition. Il est vrai qu’aucun étudiant lié à la Révolution bolivarienne n’était présent lors de cet assassinat.

Comment se fait-il que les media internationaux continuent de parler "du mouvement étudiant pacifique" alors qu’il s’agit d’un groupe minoritaire d’étudiants pour la plupart issus des couches aisés de la population vénézuélienne, exprimant leur rejet du gouvernement par la violence et l’hypocrisie. La Réforme constitutionnelle n’est qu’un prétexte, comme le fut la non rénovation de la concession à RCTV, pour tenter de renverser le gouvernement bolivarien au mépris des règles du jeu démocratique. Les enseignements des Serbes d’Otpor font leurs preuves…


Notes

(15) Voir la vidéo :
http://www.radiomundial.com.ve/yvke...

(16) Voir la vidéo :
http://www.radiomundial.com.ve/yvke...

(17) Paolo A. Paranagua, "Tirs à Caracas contre les étudiants hostiles à Hugo Chavez", Le Monde, 09/11/07.

(18) Ceux qui parlent l’espagnol pourront voir son témoignage, ainsi que l’utilisation que fait l’opposition de leur propre méfait :
http://www.youtube.com/watch?v=JplM... .

(19) Charles Dantzig, "Ma vie en taxi", Libération, 17/11/07.

(20) Communiqué du Parti Socialiste Français sur le Venezuela, 12/11/07 :
http://international.parti-socialis...

(21) La vidéo suivante répare partiellement cette injustice, et montre une autre vision des évènements que celle décrite par les entreprises de communication internationales :
http://fr.youtube.com/watch?v=TUhjG...



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Commentaires de l'article
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