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Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
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Entretien avec Jean-Louis Costes, Propos recueillis par Marc Alpozzo
de : Marc Alpozzo
lundi 7 janvier 2008 - 04h25 - Signaler aux modérateurs
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Avec son roman Grand-père, Jean-Louis Costes a fait une « entrée fracassante » dans le monde des lettres. C’est en tous cas, ce qu’annonce son éditeur, Fayard. Vraie figure de l’underground, Jean-Louis Costes n’en est pas pour autant à son coup d’essai. Auteur d’un premier roman, dans une maison d’édition assez originale, Hermaphrodite, intitulé Viva la merda , Jean-Louis Costes signe cette fois-ci un ovni dans le paysage littéraire, un étrange objet littéraire qui réveille un monde qui semblait jusqu’ici, s’être endormi. Un vrai style (entre Céline et Bukowski) et une dimension d’écrivain. Son passé d’artiste est déjà long, et sa rage d’écrire confirmée.

Marc Alpozzo : Grand-père est un ouvrage qui affiche la mention « roman », mais inutile de dire que dès l’incipit, vous annoncez la couleur : « Je m’appelle Jean-Louis Garnick Philippe Costes. Garnick, parce que mon grand-père s’appelait Garnick Sarkissian. » Alors, évidemment, première question : pourquoi « roman » ? Seconde question : quelle est la part de fiction, et quelle est la part autobiographique dans votre nouvel opus ?

Jean-Louis Costes : J’ai vraiment eu un grand-père qui s’appelait Garnick. C’était un immigré arménien qui avait subi les pogroms, puis été cosaque, légionnaire, bagnard et collabo. Mais je n’ai aucun détails sur sa vie, car, quand j’étais enfant, il n’était plus qu’un vieillard qui se bourrait devant la télé et ne parlait jamais. Alors j’ai fermé les yeux et j’ai deviné toutes ses aventures à partir de ces 4 mots : cosaque, légionnaire, bagnard et collabo. Ces 4 mots magiques faisaient d’emblée de lui un personnage romanesque. Et le mystère qui l’entourait a stimulé mon imagination

M.A. : Ce qui frappe d’emblée dans votre nouveau roman, c’est la gifle que nous inflige le style. Il faut bien le dire, - qui pourrait le nier ? - vous réinventez la langue française, vous la secouer, vous inventer une nouvelle musique. A croire que vous vous êtes inspiré du génie de Céline pour bâtir un style qui vous est propre, et qui secoue les tripes. On sait, puisqu’on parle de lui, que Louis-Ferdinand Céline mettait le style au premier plan, accusant les histoires de n’être que secondaires : « des histoires, il y en a plein les commissariat, plein les journaux, plein les hospices. Mais un style vous n’en trouvez qu’un ou deux par génération », disait-il. Votre avis sur la question ?

J.L. C. : Il est vrai que les histoires humaines sont toujours les mêmes. C’est la manière de les raconter qui est essentielle. Je plonge dans un livre, absorbé par les mots, les images et les émotions qu’ils font surgir. Comme en musique, l’interprétation prime sur le motif.

Mon style ne vient pas d’un travail de l’écriture mais de ma manière particulière de créer : Je m’enferme dans une cave noire et n’en ressort qu’une fois le roman terminé. Je voyage à l’intérieur de moi-même jusqu’à ce que j’ai trouvé ce que je cherchais, et le ramène à la lumière. J’écris nuit et jour, sans aucun contrôle sur l’histoire ou le style. Je ne sais pas de quoi je vais parler. Je ne me censure jamais. Je ne corrige rien. Je ne relis pas. C’est un état de transe. Je me balance, je parle à voix haute, et je note fidèlement tout ce que cette voix me dicte. Ce que vous appelez mon style et la manière de s’exprimer de la voix intérieure. Quand elle s’est tue, je me suis réveillé avec 1000 pages, un flot continu de mots. De ces mille pages j’ai extrait un roman : Grand Père. C’est un livre grandiose qui me dépasse. Je peux dire que je l’admire car je n’en suis pas l’auteur. Je suis juste le médium.

M.A. : Votre style, fluide, direct, sans concession, est tout au service d’une dénonciation des barbaries de la guerre, des révolutions, des génocides, des cruautés des sociétés civilisées. C’est l’énergie du désespoir. Cette petite musique assourdissante, c’est l’énergie du chaos. Est-ce à dire que votre vision du monde est des plus pessimistes ?

J.L. C. : Je n’exprime aucune opinion personnelle. Je ne dénonce rien. J’écris, c’est tout. C’est la voix intérieure qui décrit ces batailles, ces massacres, ces viols. Je ne suis pas sûr qu’elle dénonce. Car la littérature se fout de l’idéologie et de la morale. C’est une pratique magique. C’est une aventure intérieure qui éclaire avec une effarante puissance tous les recoins sales et cachés de la réalité. C’est pour ca que ça choque et émeut : On lit Grand Père et on se retrouve face aux génocides niés et aux ancêtres oubliés. Face à la beauté cachée sous le crime.

M.A. : Le vingtième siècle a été le siècle des idéologies des massacres de masse, de l’industrialisation de la mort, il suffit de lire votre roman pour s’en convaincre. Le style, jamais bridé, jamais sec, chante, si je puis dire, les pogroms, les viols, les meurtres à grande échelle, l’essence de la grande folie humaine qui a sévit durant ce dernier siècle. Mais derrière tous ces crimes à grande échelle, derrière votre grand-père qui est pris, parfois bien malgré lui, dans ce tourbillon de crimes et de barbarie à grande échelle, pointe des moments d’accalmie, quelque fois même, l’espoir d’un peu d’amour entre les hommes. Cela voudrait-il dire que vous croyez encore en l’espèce humaine après tout ça ?

J.L. C. : Je ne crois pas à l’espèce humaine supérieure à l’animal. Mais j’ai pitié de l’homme, pauvre sous-singe perdu. L’homme, handicapé malfaisant, bardé de ses prothèses technologiques, est émouvant comme un enfant maladroit. Comme à l’enfant qui tue innocemment, je pardonne les crimes commis sans calcul. Je pardonne la colère et le rut incontrôlés de celui qui souffre et tue, plus que le froid calcul de celui qui s’enrichit des crimes et supplices des autres. Je n’aime pas les hommes mais leur dignité et leur beauté, même dans le plus rend malheur, me touche et m’inspire.

M.A. : Ce grand-père que vous décrivez avec beaucoup de tendresse et d’amour, après avoir été cosaque, puis légionnaire, enfin bagnard, se retrouve collabo durant la Seconde Guerre mondiale. On a l’impression que son destin est tout tracé. Qu’il est prisonnier même de ce chemin qui l’emporte, incapable de se dégager d’une destinée ivre et cruelle qui l’enferme dans la violence et la barbarie. J’imagine que ce n’est pas un argument pour vous assez suffisant pour disculper les hommes, comme votre grand-père, de ce qu’ils ont commis, mais pensez-vous par là, que certains hommes ont été, comme cela, prisonniers de la grande hache de l’Histoire, et que ce destin « maudit », assez affligeant, il faut le dire, doit être dénoncé par l’art et le roman, pour qu’il ne puisse plus se répéter ? En bref, croyez-vous à cette phrase de Louis-Ferdinand Céline : « L’histoire ne repasse pas les plats » ?

J.L. C. : Un homme né en 1900, qui a eu toute sa famille massacré a 15 ans et s’est retrouvé plongé malgré lui dans tous les pogroms et guerres du 20ème siècle, ne peut être considéré comme coupable. L’Histoire féroce l’a emporté en 1915 et l’a lâché en 1945, estropié physiquement et mentalement. Trente ans de folie collective ne peuvent être imputés aux malheureux pris dans ce tourbillon. Ils ont tués des millions d’hommes pour survivre, et ont payé leurs crimes de la manière la plus atroce : après trente années de guerres, trente années de bagne, bourrés devant la télé, à crever à petit feu dans le mépris général et le dénuement le plus total. L’art n’est pas là pour dénoncer inutilement la roue aveugle de l’Histoire, mais simplement pour magnifier notre misère. Lire un beau livre d’aventures tragiques est un grand plaisir.

M.A. : Le style. Revenons une dernière fois au style. Vous inventez une musique. Pas des plus lisses, ni des plus consensuelles. Vous ne faîtes décidément aucun cadeau au lecteur. Hachée, décalée, déstructurée, la langue est réinventée pour chanter la barbarie, les crimes, la violence, le sexe, l’inhumain. Quelques emprunts à Céline (désormais entrés dans le style de la seconde moitié du vingtième), l’absence de négation dans les phrases par exemple, une distorsion de la grammaire, et un langage des plus cru, maniés avec un plaisir féroce, non de choquer le « bourgeois » -qui semble vous indifférer violemment -, de marquer votre lecteur, de graver dans le marbre cette terrible randonnée meurtrière et barbare. Sans vouloir sombrer dans cette tendance facile aux étiquettes, on peut parler à votre propos d’écrivain « trash ». Mais plus encore, vous êtes habitué aux performances crues et violentes sur scène, qui ne respectent aucun tabou : ce roman, est-ce pour vous le prolongement de cette logique, ou au contraire, la signifiance même d’un style si dérangé, d’une musique aussi étourdissante, est-elle d’un tout autre ordre ?

J.L. C. : J’ai fait beaucoup de musique, et improvisé des milliers de textes sur cette musique. Cela a certainement influencé mon écriture. On sent un rythme sous-jacent quand on me lit qui pulse, comme un battement de cœur qui commande aux émotions. Ce n’est pas la rime, loi rigide de la poésie, ni un remake du langage parlé. Ce que vous appelez mon style, c’est juste la vibration de la pensée qui parle. Sans détours, sans égards, sans bonnes manières. Je pense ça, donc j’écris ça. Et tant pis si ça plait pas. Et en plus ça plait. Ca fait jouir de pouvoir lire dans les tripes de la tête d’un écrivain.

M.A. : Au milieu de tout ce désordre, il y a un enfant : vous ! Il observe, il pose des questions, il écoute. Il s’interroge : « Bon-Papa était-il nazi ? Bof, je crois pas… C’est pas parce qu’il a fait « Heil Hitler ! » à une tourelle de Panzer qu’il a la carte du parti ! Il en avait rien à foutre des idéologies. La seule politique de valable pour lui, c’était de tuer pour survivre. » N’est-ce pas finalement une appréhension du monde la plus désenchantée ? Tuer pour survivre, suivre les idéologies les plus meurtrières pour sauver sa peau… peut-on avoir encore un peu d’espoir en l’homme, après ça ?

J.L. C. : Au contraire, ca me rassure de croire qu’il y a des hommes qui sont restés indifférents aux idéologies, même aux plus follement exaltés moments du 20ème siècle. Des gens qui ont su garder le bon vieux bon sens du singe. L’instinct de conservation me paraît bien plus sain que tous les beaux discours et bonnes intentions. Sauver sa peau, le temps de se reproduire, et crever. Voilà un programme qui me plait.

M.A. : D’après vous, quel avenir cet enfant peut-il avoir après avoir entendu raconter tout ça ? Vous écrivez : « Le bébé a l’air innocent comme ça, mais au fond il est contaminé. » Peut-il ensuite avoir une vie normale ? Pensez-vous que le mal ne se transmet pas ? Je vous cite encore : « J’ai craché sur mon grand-père immigré. J’ai eu honte de lui et nié descendre de ce clodo alcoolo. Non ! Je ne suis pas le petit-fils du vieux qui pue la pisse. Non ! Je ne mourrai pas dans ma merde comme lui. Non, non et non ! Je ne suis pas l’enfant du pogrom qui plombe. Oui ! Je m’échapperai et j’oublierai tout ce passé pourri. » La question que j’ai envie de vous poser, c’est : est-ce seulement possible ? Derrière le déni de la filiation, ne peut-on pas finalement lire une aliénation, ne serait-ce que par l’amour qu’il voue à ses parents ? Car après tout, cet enfant, horrifié par une telle Histoire, tant de massacres et de malheurs, craignant d’être contaminé par tant de saloperies salement faîtes, comme on pourrait être contaminé par la peste ou le choléra, derrière cette angoisse légitime, n’y a-t-il pas un enfant qui souffre pour son grand-père et qui lui hurle son amour ?

J.L. C. : Je me sais lié à mes ancêtres par le Mal. Le Mal qui les a fait s’entretuer, qu’ils m’ont transmis, et qui me fait m’auto-détruire, puisque j’ai vécu à une époque incapable d’affronter un ennemi extérieur. Je suis né maudit, pollué par le péché originel et seule la mort me délivrera… A cet instant vous me révélez que je suis aussi lié à mes ancêtres par l’Amour. Ca ne m’était pas apparu en lisant le livre, et je vous remercie de m’en faire prendre conscience. Sous tous les crimes, maintenant je vois clairement l’Amour frustré que vous me montrez. Il pleure silencieusement, ne fait pas de reproches et attend éternellement en vain. Donc, après ce roman de vie, c’est à dire de massacres, c’est à dire de mort, je vais écrire un roman d’Amour, c’est à dire un roman sur l’Eternité, un roman dans le Ciel.

M.A. : Je termine : parlons de vous ! Vous avez commencé dans l’underground, par la création d’opéras socio-pornos. En parallèle, vous écriviez de courts textes mis en ligne sur votre site Internet, ce qui a séduit des revues comme Cancer, Bordel, ou des éditeurs comme Hermaphrodite. Aujourd’hui vous venez de faire votre entrée par la grande porte de Fayard. Cette entrée, c’est en définitive la sortie de l’underground, et de ce que vous avez toujours été jusqu’ici, non ? Ne pensez-vous pas que pour continuer dans le monde actuel des lettres françaises, il vous faudra tempérer votre style, aligner votre fougue sur le « politiquement correct » qui semble de rigueur parmi tous les « gensdézartzédeslettres » dont vous ferez peut-être bientôt partie, ou au contraire, pensez-vous que l’alternative à tant de mauvais romans qui pullulent et anesthésient la production française du moment, c’est ce style de romans ? Difficile question, j’imagine.

J.L. C. : Je m’enfoncerai toujours plus en moi-même, sans répit, jusqu’à ce que je trouve la sortie. Mes livres seront les scories sorties de ma mine.



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