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Souvenirs de campagne…
de : Mengneau Michel
vendredi 12 juin 2009 - 15h16 - Signaler aux modérateurs
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de Michel MENGNEAU

A lire le titre, d’aucuns pourraient croire que j’ai quitté mon terrier du bord de l’eau pour rejoindre la cohorte des citadins, et puis raconter mes souvenirs de vacances en quelque sorte. Que nenni, il ne s’agit simplement de donner les impressions d’un candidat aux élections européennes, candidat qui était surtout là pour faire connaître des idées sociétales que l’on a peu l’habitude d’entendre.

Effectivement, le but d’Europe Décroissance n’était pas de faire un pourcentage sémillant par n’importe quels moyens, mais bien de créer une dynamique conceptuelle autour de la décroissance qui inévitablement sera dans les années à venir un thème fort pour préserver notre environnement et notre bien être dans nos sociétés.

Bon, c’était un coup d’essai, vite préparé avec peu de moyen cette campagne fut celle de citoyens lucides, noyés dans la masse, hors de la politique professionnelle, qui ont au jour le jour tenté d’expliquer la vacuité de la société de consommation. L’avenir nous dira l’impact d’une telle initiative…néanmoins quelques constatations d’ordres générales et personnelles s’imposent.

Hormis quelques bulletins inattendus et non quêtés lors d’élections municipales, je n’avais fait qu’une seule campagne officielle jusqu’à présent. Election locale, il y quelques années de cela, sous Giscard ; une époque où il était difficile de parler politique dans les petites communes rurales, où celui qui se faisait élire cachait bien son jeu puisqu’en prenant du galon comme conseiller général il était rare qu’il ne fut pas de droite. Donc en 1975, le redressement du chemin vicinal était plus important que des idées de gauche rénovatrices pourtant murmurées sur un ton badin, comme ça, dans la conversation. Néanmoins, on avait commencé à secouer le panier, ce qui n’eut pas l’heur de plaire à tout le monde, surtout les anciens qui eurent peur que l’on mît la commune en faillite en proposant quelques aménagements plus que nécessaires, je ne fut pas élu, mais ça m’avait frôlé les oreilles..

Bref, v’la-t-y pas que quelques trente ans plus tard, par le plus grand des hasards, je suis plongé dans le grand bain des élections européennes. Un coup de fil : « Veux-tu être avec nous pour aller expliquer aux braves gens ce qu’est la Décroissance », et ceci trois semaines avant le scrutin. Comme j’aime les défis, j’ai me suis dit, après tout pourquoi pas !

C’était parti pour une aventure étrange, sans préparation, au débotté. Faisant foin de la politique politicarde, devant un ensemble déterminé de camarades dénués de complexe et prêt à la controverse, nombre de gens qui on vu ces quidams ouverts à la discussion coller les affiches ont été surpris de lire sur le panneau électoral, une profession de foi, et non d’y voir la binette pas toujours sympathique d’un quelconque candidat. Et cela a eu au moins le mérite de ne pas entendre ces propos courants et décalés : « Et bé dame, y sait pas pour qui vota, t’ête ciô-là, l’a une bounne tâte », disait la grand-mère, et la « bourge » en manque, à la libido en RTT : « Oui…hum, il est mignon… ».

Déjà, dés le départ, on ne peut que faire remarquer que la politique spectacle est loin de nos préoccupations. Et oui, pas d’hélico payé par Pinault, pas d’Ovni « hulotesque » pour nous montrer la décrépitude de la planète, une campagne au minimum financièrement parlant, autogérée, et des idées, beaucoup d’idées, simples et tout de suite accessibles à qui veut vivre dans un monde de partage…

Cela a permis aussi de commencer à mettre en place un réseau de sympathisants permettant, d’ouvrir le débat sur le plan local, relocalisation qui est l’un des thèmes de notre mouvement. Et de façon pratique, cela aurait limité les déplacements lointains pour coller les affiches, par exemple, la limitation des transports routiers particuliers étant aussi l’un de nos objectifs.

Les marchés, si quelques contacts suivis d’une discussion succincte auraient pu justifier notre présence, je ne suis pas intimement persuadé que ce soit l’endroit idéal pour propager la Décroissance. Laissons la poignée de main et le clin d’œil entendu à la politique spectacle, effectivement, pour les politicards professionnels, leur place est bien parmi les navets…

Si, par contre la distribution de profession de foi à fait un tabac à l’entrée d’une salle de spectacle où il y avait Chomsky & Cie à l’affiche, suivi d’un débat avec Mermet. Film que je recommande, une série de reportage sur l’encrage intellectuel et inconscient de la pensée unique très bien cerné par les intervenants. Comme nous avons eu apparemment une oreille semble-t-il intéressée à nos propos parmi les spectateurs présents, force est de constater que si l’on nous a écoutés, c’est par pure intellectualisme car nous avions à faire à des intellos-socialos-bobos qui ont pour la plupart voté pour les « écotartuffes ». Pour caricaturer, catogan veste de velours en dehors du bureau, un petit écart au plan de carrière histoire de s’encanailler et faire peuple en prônant ce qu’ils considèrent comme l’écologie de demain : le développement durable, la croissance verte. Naturellement, on peut toujours leur expliquer qu’il faut sortir du productivisme capitaliste si l’on veut véritablement faire de l’écologie, c’est lettre morte, car appartenant souvent à la classe moyenne et pour ne pas remettre en question des situations aisées, il n’est de bon bec chez ces gens là que de l’économie de marché qu’ils voudraient voir régulée et assainie, ce qui est une pure utopie. D’ailleurs, cette ville moyenne où les professions de foi furent distribuées a vu moins de votant pour la décroissance que dans mon village, c’est peu dire ! Ce n’est pas avec cette « gôche » tartuffe descendant du 4/4 pour enfourcher le « vélib » à cent mètres du bureau afin afficher avec ostentation ses convictions, que l’on va faire la révolution. De la politique spectacle à la Cohn Bendit, ça s’est sur !

L’égérie de mai 68, farouche défenseur de du Traité de Lisbonne en a fait l’apologie avec un discours pro-européen, mais surtout populiste. Il a donc proclamé haut et fort que le parlement verrait avec le nouveau Traité son champ d’action en codécision augmenter. Mais où le bas blesse, car si l’on ne peut nier que des prérogatives plus grandes ne sont pas à négliger, c’est la « codécision » qui n’est pas remise en question, pourtant c’est elle seule qui freine et réduit considérable le pouvoir du parlement. D’ailleurs on pourra remarquer que rarement ce problème majeur fut abordé tant il gêne les politicards qui auraient véritablement été décrédibilisés par une véritable prise de conscience des peuples sur ce sujet, ce qui d’ailleurs a été une partie des raisons de l’abstention pour ceux ayant compris que le parlement n’était là que pour entériner une politique ultralibérale.

Que dire aussi de l’à-propos électoraliste du film de YAB sponsorisé par Pinault, sinon que l’on assiste à un conditionnement intellectuel des masses par les capitalistes qui se trouvent bien heureux d’avoir en la circonstance des promoteurs écoutés d’une fallacieuse croissance verte prometteuse de profits exorbitants.

On ne sait d’ailleurs pas ce qu’est venu faire Bové dans cette galère, si ce n’est que dans diverses circonstances il a tenu des propos qui sont de plus en plus contestables, je pense en particulier à l’histoire de Cuba. Cependant, il conserve des inconditionnels qui comme l’un des responsables de la conf-paysanne m’a incendié d’un ton peu amène pour n’avoir pas soutenu Bové au profit d’une décroissance qu’il voit utopique. J’aurais pu lui répondra en empruntant une réflexion d’Herbert Marcuse : « Quand on a une utopie à plusieurs, elle commence à être une réalité.. », ce qui est le cas. Mais où ce genre d’attitude est encore plus désagréable c’est qu’elle reflète une attitude électoraliste qui fait fi d’un véritable débat idéologique.

D’ailleurs à ce sujet, l’attitude du FdG lors de cette campagne fut essentiellement électoraliste car allant reprocher, parfois même avec des insultes, au NPA de ne pas s’être associé pour la circonstance dans un front uni. Et surtout, pleurant sur le fait que cela aurait fait quatre députés de plus. On se demande alors pourquoi faire, étant pratiquement inopérant tant que la codécision existe, et surtout si c’est pour vouloir changer les institutions de l’intérieur, en utilisant une expression populaire, je dirais que c’est se foutre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et l’autre argument annonçant comme quoi cela permettait d’être au cœur de la turpitude pour plus aisément se tenir au courant et en contrer les coups, heureusement que le ridicule ne tue pas car, quoiqu’on en dise, on sait toujours d’une façon ou d’une autre ce qui se trame.

Par contre, j’ai à plusieurs occasions rencontré les gens du NPA avec lesquels des amorces de débats ont été enclenchés laissant entrevoir certaines convergences qu’il sera bon d’approfondir en temps voulu. Sans aller très loin, le thème commun et incontournable est le refus systématique du capitalisme sous quelle forme que se soit, ceci étant la pierre d’achoppement de toutes les politiques à venir, la Décroissance n’échappant pas à la règle.

Pour tout dire comme quoi les rapports furent excellents car dans les Deux-Sèvres, il m’a même été proposé par les gars du NPA de coller nos affiches et j’aurai à l’occasion apposé les leurs en sud Vendée, échange de bons procédés. J’ai trouvé ça sympa, ce qui démontre aussi que lorsque l’on sort de l’obsession électoraliste les contacts sont partageurs, à méditer…

Ces affiches m’ont donc amené à revisiter des contrées où je n’avais pas mis les pieds depuis deux à trois décennies. Dans notre entourage on ne s’aperçoit pas de façon péremptoire du changement de l’environnement, car c’est peu à peu qu’il se construit.

Donc qu’elle ne fut pas mon effarement lorsque j’ai découvert un sud Deux-Sèvres tout à fait différent. Dans la région de Lezay, le Mellois, c’était autrefois une région semi-bocageuse, c’est devenu une sorte de plaine vallonnée où survivent encore quelques haies éparses. Le remembrement est passé par là. Ce qui saute aux yeux c’est que le paysage en a été changé totalement par la main de l’agriculteur qui en est le principal maitre d’œuvre. Si l’aspect est discutable, que dire de la biodiversité qui a muté et s’en voit profondément bouleversée. Même certains micros climats, pluviométrie accentuée et favorisés par les zones boisées par exemple, ont disparu, par conséquence des méthodes culturales autres ont suivi cette mutation.

Naturellement cela a alors facilité la culture extensive et permis aux agriculteurs déjà nantis de s’agrandir au détriment d’exploitants au bord de la rupture économique. D’aucuns diront, oui mais, il a bien fallu répondre à la pression économique. Certes, mais si l’on retourne l’argument, les agriculteurs, qu’ils le veuillent ou non, sont partie prenante dans l’économie de marché et j’en connais peu qui rejettent le capitalisme. Force est de constater que tant qu’ils considéreront que seule une économie ultra libérale et productiviste est nécessaire, il y aura remembrement, arrosage intempestifs, traitements et engrais et pour finir avec la cerise sur le gâteau, la tentation OGM. 

A l’occasion, je ne conteste pas qu’il faille gueuler et faire des actions pour rétablir un cours normal au prix du lait, ce que je regrette c’est que ces actions ne soient pas aussi la remise en cause du système. Faire valoir qu’en relocalisant la vente de la production où déjà les intermédiaires serraient absents, cela permettra de revoir les méthodes culturales avec un retour au naturel et des exploitations plus humaines.

Il ne faut pas aller chercher bien loin puisque l’agriculteur qui est dans notre liste est aussi boulanger, et s’en sort bien, même dans le contexte actuel. La vieille devise qui dit : « Directement du producteur au consommateur ! » est indéniablement à remettre au goût du jour. Je sais, tout le monde ne peut pas être boulanger, mais il y a maintes autres solutions comme gérer une station de méthanisation locale en commun ou en coopérative, autogérée à l’évidence pour fournir de l’électricité et du compost de qualité.

Ceux qui ne veulent pas remettre en cause nos sociétés vont chercher alors des solutions qui s’accommodant de la loi du marché mènent vers une notion de proximité, les Amaps en sont le symbole. Le principe en soit n’est pas contestable et est même une bonne approche, mais certains agriculteurs à juste titre déplorent que ce système n’offre qu’une sorte de CDD au producteur lié en grande partie au bon vouloir du consommateur. Le principe est probablement à peaufiner, voire à revoir carrément car il existe des sortes de coopératives où le partenariat avec le consommateur est vraiment effectif, c’est sans doute de ce côté-là qu’il y à creuser, mais surtout dans une refonte compète de notre société où la mise en place localement de ce genres d’associations sera alors « réflexives » tout comme l’écologie.

Après cette campagne médiocre et parfois douteuse, le 7 juin ont eu lieu les élections, et la première question a été comme à l’habitude : « C’est qui qu’à gagner ? ». Naturellement monsieur UPM a chanté sur tous les tons qu’il avait remporté une victoire éclatante. On sait que chez ces gens là se ne sont pas les complexes qui les étouffent, mais de là à proclamer qu’avec un électeur sur dix la politique qu’ils imposent était sans contestation la bonne, il faut ne pas manquer de culot ou prendre les autres pour des idiots, ce qui malheureusement semble être le cas. Il en va de même pour les écolos tartuffes qui se rengorgent, la crête rouge de satisfaction, d’avoir, eux, moins d’un électeur sur dix, piètre victoire en réalité. Le vrai gagnant est Monsieur abstention, au alentour de 60% du corps électoral, ça ne passe pas inaperçu…

Tout de suite pour limiter l’ampleur du phénomène ceux qui se prennent pour des petits malins évitent tout simplement d’en parler ou détournent la conversation lorsque le problème de l’abstention est abordé, un peu comme un sujet tabou. Puis il y a ceux qui utilisent la méthode Coué en répétant que cela semble normal vu que les gens s’intéressent de moins en moins à l’Europe, pourtant, il n’y a pas si longtemps, lors du référendum sur le TCE le nombre de votant avait été très important. Donc, quoiqu’on dise, l’Europe intéresse les citoyens, mais pas n’importe quelle Europe, c’est ce que les lucides avaient dit en refusant un Traité uniquement préoccupé par la concurrence libre et non faussée. Il ne faut donc pas s’étonner que le jour où l’on s’assoit sans vergogne sur la décision populaire, un déni de démocratie évident de la part de UMP et de ses affidés Socialistes, à fortiori le peuple renâcle à valider une politique qu’il n’a pas voulu. La politique actuelle se fait sans tenir compte de l’avis des citoyens, pourquoi ceux-ci cautionneraient ce qu’ils ne veulent pas, et c’est cette désapprobation qui a gagné, il ne faut pas aller chercher plus loin…

Pour ma part, je constate que le manque de débat idéologique dans l’ensemble aura été comme à l’habitude ce qu’ont voulu les défenseurs de la pensée unique afin que le citoyen soit le moins informé possible, cadenassant ainsi la contestation. Donc le débat idéologique que veut mettre en place localement Europe Décroissance ne peut être que porteur d’espoir pour ceux qui en ont assez qu’on les prenne que pour des machines à fabriquer, des exécutants que l’on veut silencieux au service d’une classe dominante dont la seule préoccupation est le profit.

S’il est évident que la recherche du gain d’un député n’a aucunement été la préoccupation d’Europe Décroissance, le fait d’avoir abordé sur la place publique des idées souvent réservées qu’à un cercle d’initiés est une avancée démocratique importante, j’entends par là, de la vraie démocratie…

http://le-ragondin-furieux.blog4ever.com



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