Sur les conditions d’élaboration de l’appel du 11 mai, tu mens et la direction de la ligue ment et j’en apporte la preuve avec des extraits d’un document interne de la PF3 :
La réunion d’information à l’initiative de l’appel unitaire.
L’appel « Pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes : il y a urgence ! » a d’ores et déjà obtenu un large écho, à la suite des articles du Monde, de Libération, du Figaro. Les signatures semblent remonter significativement vers Yves Salesse, et cette initiative est, d’évidence, ressentie comme un appel d’air par tous les militants (notamment ceux des collectifs du 29 Mai) qui se désespéraient d’une situation figée, où PCF et LCR se renvoyaient la balle sans que la moindre évolution positive se manifeste. De surcroît, le lancement de cet appel a évité que d’autres initiatives (venant par exemple du PCF) n’aboutisse à figer un peu plus le jeu.
Autour des premiers signataires du texte, une réunion d’information s’est tenue après la manifestation anti-Sarkozy, toujours ce 13 mai, en présence d’une grosse centaine de personnes, la plupart ayant participé à la réunion des collectifs du matin. Comme pour les assises, cette rencontre (qui n’était pas censée aboutir à des décisions formelles) se sera caractérisée par la qualité des présents : il ne s’agissait pas d’une de ces innombrables réunions, comme il en a existé de nombreuses, dominées par des secteurs militants marqués par les échecs des tentatives de regroupement « alternatif » dans le passé, mais au contraire d’une rencontre se situant dans la continuité de ce qui subsiste de la dynamique du 29 Mai. Cela change évidemment beaucoup de choses. Il est, à cet égard, des plus significatifs que les participants aient exprimé l’espoir que l’appel avait suscité autour d’eux et qu’ils aient rendu compte de la possible dynamique militante qui pouvait s’enclencher. Les courants politiques étaient en tant que tels représentés - PCF (Brigitte Dionnet), PRS (René Revol), AlterÉcolo (Francine Bavay) -, aux côtés de nombreuses figures de la campagne contre le TCE (Raoul Marc Jennar, Aline Pailler, Clémentine Autain, Claiure Villiers…)
Parmi les conclusions qui ont fait consensus : outre la convocation (dans des modalités qui ne sont pas encore définies) d’un collectif d’initiative, l’impulsion de collectifs locaux ainsi qu’une première initiative publique autour de l’appel à Marseille (il est à signaler qu’un texte de personnalités marseillaises a été publiée dans la presse locale, sur des bases voisines de celles de l’appel national).
Nos camarades de la PF1 ont bien senti qu’ils ne pouvaient être absents de cette réunion (enfin un point positif…). Ils se sont faits représenter par Pierre-François Grond, Ingrid Hayes et Willy Pelletier. Les autres plates-formes étaient également présentes (Cathy Billard pour la 2 et Jean-Philippe Divès pour la 5). Dans son intervention, PF Grond a proféré quelques contre-vérités (selon lesquelles la LCR n’aurait jamais été prévenue de cette initiative, qu’elle aurait souhaité amender le texte, j’y reviendrai plus loin) et centré son argumentation sur le fait que la formule de l’appel sur le refus de participer à un gouvernement social-libéral dissimulait un désaccord sur la volonté de participer à une majorité parlementaire avec le PS. Je suis intervenu pour rendre compte de la démarche des quatre du BP qui ont décidé de signer l’appel, autour de l’argumentation suivante :
ce texte était sans doute la bonne initiative au bon moment ;
attention à ne pas vouloir l’instrumentaliser contre les partis : il est de ce point de vue décisif de convaincre la LCR de ne pas persister dans l’erreur, mais nous sommes optimistes sur la possibilité d’y parvenir car notre organisation a toujours su prendre la mesure des événements importants ;
l’essentiel est aujourd’hui de construire une dynamique militante, et il faudrait par exemple réfléchir à l’idée de recueillir 10 000 signatures dans les prochaines semaines ;
c’est dans le cadre de cette dynamique qu’il va falloir clarifier les questions qui demeurent en débat : premièrement, le contenu d’une plate-forme ; deuxièmement, la nécessité d’un changement radical d’approche sur les rapports à l’intérieur de la gauche (nous visons à y battre le social-libéralisme, pas simplement à rééquilibrer les rapports de force en son sein, et il faut dire clairement que nous n’entrerons dans aucune alliance gouvernementale ou parlementaire qui ne reprendraient pas à son compte la politique de rupture que nous voulons défendre avec des candidatures unitaires) ; troisièmement, le refus de tout préalable sur les personnes pour la candidature présidentielle (s’il est légitime que, de son point de vue, le PCF pense que sa secrétaire nationale serait une bonne candidate, aucun rassemblement ne pourra s’opérer autour d’une des composantes politiques partie prenante d’une convergence unitaire).
Réponse à quelques arguties sur l’appel unitaire.
Pour justifier leur refus de signer un texte proposant une initiative concrète destinée à provoquer une confrontation publique entre toutes les forces concernées par un rassemblement antilibéral, les dirigeants de la PF1 se livrent à un exercice de mauvaise foi caractérisé, consistant à expliquer que le texte actuel serait très mauvais, comparé à celui qu’ils avaient signé en septembre (appelant simplement à des candidatures unitaires). Examinons donc les arguments de nos camarades.
« Ce texte serait en retrait du point de vue de la critique de la gauche plurielle ». Outre que la « gauche plurielle » n’était pas citée dans le premier appel, la formule alors retenue était : « C’est pour ne pas avoir pris en compte ces attentes et avoir cédé au social-libéralisme pour les uns, ou s’y être convertis pour les autres, que les gouvernements de gauche ont échoué. » Plus loin, il était évoqué la nécessité de rompre « avec le projet régressif de société et les politiques mises en œuvre par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans. » Que dit le présent appel ? Qu’une réponse à la hauteur des séismes à répétition que le refus du libéralisme vient de provoquer dans le pays « ne peut être la réédition de ces alternances sans changement profond qui se terminent immanquablement par des désastres, comme le 21 avril 2002 ». Qui, au-delà d’un petit cercle enfermé dans ses considérations tacticiennes, n’aura pas reconnu feu-le gouvernement Jospin dans cette formule ?
« Ce texte, par ses ambiguïtés, pourrait parfaitement couvrir une alliance future avec le PS ». Cette assertion est aujourd’hui l’un des leit-motiv de la PF1. Avec un aplomb un tantinet paranoïaque, les camarades nous expliquent que le fait de ne dénoncer qu’un « gouvernement dominé par le social-libéralisme » préparerait en réalité… une alliance avec les sociaux-libéraux, et cela préparerait même, disent certains, le terrain « à l’illusion du compromis “antilibéral” avec le PS que préconise le PCF depuis des mois » (contribution de Jacques Fortin dans le BD à paraître). Tout est, évidemment, toujours possible… s’agissant du Parti communiste, puisque c’est lui qui est visé. Le présent appel ne règle évidemment pas tout et, à supposer qu’il cristallise une dynamique, la bataille politique à mener resterait d’une ampleur considérable. Sauf que cet appel comporte une formule qui ne figurait pas dans le précédent, lorsqu’il est affirmé que la réponse politique nécessaire « ne peut pas être le “réformisme de gauche” accompagnant la mondialisation capitaliste que propose la direction du Parti socialiste ». D’une phrase, le texte balaie toute idée que la synthèse du Mans pourrait avoir représenté un pas à gauche (ce qu’avait commencé par dire, souvenons-nous en, Marie-George Buffet à l’époque) et le PCF signe ici une attaque frontale contre la politique du PS ! Insignable, vraiment, ce texte ?
« Ce texte serait en retrait sur la question de la participation gouvernementale ». L’appel de septembre disait exactement ceci : « Ils sont INCOMPATIBLES avec la participation à un gouvernement placé sous la domination D’UNE ORIENTATION ET d’UNE POLITIQUE SOCIALES-LIBÉRALES qui ont conduit aux échecs du passé. » La formule du deuxième appel est : « Nous ne participerons pas à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme. » Les formules sont rigoureusement les mêmes, à ceci près qu’elles sont encore plus tranchées dans le second appel. Le premier constate « l’incompatibilité » de ses propositions avec la « participation à un gouvernement placé sous la domination d’une orientation et d’une politique sociales-libérales », l’autre prend un engagement : « Nous ne participerons pas… »
« Ce texte serait principalement électoraliste ». Dans ce cas, comment expliquer qu’il commence par une triple référence : au 29 Mai, à la révolte des quartiers populaires cet automne, au mouvement anti-CPE ? Comment interpréter la phrase qui dit : « Nous voulons construire une forte dynamique populaire et citoyenne, œuvrer ainsi à l’essor des mobilisations sociales, avec l’objectif d’une majorité et d’un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple ? »
« Ce texte ne contiendrait pas d’éléments de propositions programmatiques ». Ici, au moins, c’est vrai ! Mais l’objet du second appel est différent du premier : il formule une proposition, la création d’un « collectif national d’initiative permettant de discuter toutes les questions auxquelles ce rassemblement devra répondre, de lever les derniers obstacles et de concrétiser cette campagne ». Sur la base des délimitations politiques évoquées précédemment, la LCR ne pouvait pas ne pas le signer, surtout après avoir convié, sans aucun préalable, à une « régalade » Buffet, Bové et Laguiller (tribune d’Olivier Besancenot dans Le Monde du 28 avril). À moins de frôler le ridicule, comme nous le faisons dans l’Humanité du samedi 13 mai, en opposant la « bouffe à quatre » à une proposition de réunir, sous une forme ouverte, toutes les forces potentiellement intéressées à une convergence antilibérale.
Pour résumer, ce texte se situe sensiblement sur le même créneau que le précédent. Comme pour chacun des appels pour lesquels la Ligue est sollicitée, les formules peuvent toujours prêter à des lectures différentes. Le critère de jugement doit, dans ce cadre, être double : la trajectoire générale de la proposition (vers la gauche ou vers la droite ?) et la dynamique qu’elle peut enclencher. Sur ce double plan, la réponse saute d’elle-même aux yeux. L’alliance PF1-PF2-PF5 au BP a commis une faute majeure en refusant de signer cet appel, en l’attaquant publiquement comme « mauvais »(voir les propos de PF Grond dans Le Monde du 13 mai), en s’isolant gravement dans la mouvance militante issue de la bataille du référendum. Il faut rectifier au plus vite ! La Ligue doit signer le texte de l’appel et, au moins, se déclarer prête à participer au collectif national d’initiative lorsqu’il se réunira, ainsi qu’aux structures locales du même type qui vont très vite voir le jour !
Réponse à quelques contre-vérités.
Sentant à quel point ils se sont isolés, nos camarades de la direction PF1 tentent de donner le change. Ils vont jusqu’à mentir, prétendant publiquement (PF Grond à la réunion du 13 mai) qu’ils n’ont jamais été sollicités pour amender le texte, ou que les initiateurs auraient refusé « deux amendements » au texte (Olivier Besancenot, dans les discussions avec celles et ceux qui l’interpellaient durant la réunion des collectifs du 29 Mai). Ils multiplient les rumeurs, selon lesquelles il s’agirait d’une opération montée, dès le départ, pour que la Ligue ne puisse signer. C’est, évidemment, d’une grande maladresse, qui révèle leur désarroi à mesure qu’ils découvrent l’importance de leur erreur politique.
Notre vœu le plus cher est que la Ligue puisse très vite sortir du mauvais pas où l’alliance PF1-PF2-PF5 l’a amenée, mais nous ne pouvons admettre des méthodes aussi inadmissibles que tout à fait nouvelles dans nos rangs. Reprenons les faits, chronologiquement, tels qu’il nous a fallu les reconstituer, en retrouvant les traces des courriers électroniques et en recoupant nos propres informations avec le témoignage de Salesse (qui a été l’interlocuteur de la Ligue pour les initiateurs de l’appel). Les camarades me pardonneront cette énumération fastidieuse, mais nous en sommes rendus là, et il faut bien répondre aux interrogations des militantes et militants de l’organisation.
Mardi 2 mai. La Ligue est officiellement informée qu’un projet d’appel va lui être transmis, pour discussion et remarques.
Mercredi 3 mai. La première version de l’appel parvient à Montreuil, sous forme d’un courriel adressé à l’adresse électronique du SBP (précision : sur cette liste sont inscrits l’ensemble des membres du SBP… et quelques autres), avec copie à Sabado (adresse e-mail personnelle) et à moi-même. Ce mail est expédié à 12 h 59. Salesse écrit : « Merci de réagir si possible avant le week-end. Amitiés, Yves. » Il se trouve que, sortant d’une réunion du collectif du 29 Mai, je me trouve à ce moment dans le bureau d’Alain et qu’il découvre l’envoi en ma présence. Sa réaction est approximativement celle-ci : « Tu vois bien, les cinq signataires ne représentent rien, le PC n’est pas dans le coup, il observera à coup sûr la même attitude qu’à propos du premier appel. Or, dans cette bagarre, la question-clé est celle du PC » (sur ce point, nous convenons d’ailleurs que nous sommes d’accord, cela arrive…).
Entre le 3 et le 9 mai, la situation se fige au sein de la Ligue. Impossible de savoir ce que va faire la PF1, qui semble attendre sa réunion de direction (qui double désormais toutes les réunions du BP). Il faut dire que le FSE d’Athènes et les congés de Duval ont considérablement vidé l’étage du BP à Montreuil.
Le 5 mai, la direction du PCF (MG Buffet et JF Gau) rencontre les initiateurs de l’appel et, pressés par ces derniers, se résout à proposer des amendements dans la soirée. Selon Salesse, il s’ensuit, durant le long week-end du 8 mai, une pluie d’amendements venant d’Alternative citoyenne, de Francine Bavay etc. Cela semble effectivement le cas, puisque des e-mails de Cours-Salies circulent partout, informant des amendements qu’il a proposés au texte. Il est vrai que le lundi 8 mai, il n’y a personne à Montreuil, hormis la rédaction de Rouge (dont Eli et moi-même).
Le 9 mai, je ne suis pas au SBP pour cause de réunion à l’extérieur et le point sur l’appel n’est pas inscrit à l’ordre du jour du BP. La version amendée du projet d’appel arrive à 11 h 36, toujours à l’adresse électronique du SBP, avec copie à Sabado (adresse électronique de Montreuil) et à moi-même. Le texte est assorti d’un commentaire de Salesse : « Bonjour. Voici le texte après amendements du PC, de Francine Bavay, etc. Actuellement il est signé, outre les 5, entre autres par Coquerel, les Alternatifs, Clémentine, F. Bavay, Bové, M. Dental, Onfray, Aguiton, etc. Le PC consulte sa direction. Si vous en êtes d’accord, donnez-moi 3 ou 4 noms de la direction de la LCR d’ici demain matin. Amitiés, Yves Salesse. »
Le 9 mai en fin d’après-midi, je me trouve à la réunion du Collectif du 29 Mai qui prépare les assises du week-end suivant. J’apprends que le PC signe l’appel ès qualité… J’appelle immédiatement Alain Faradji pour qu’il en informe le BP (il doit être 18 h 30) qui doit se réunir quelques minutes après. Lorsque la réunion du BP commence, Alain demande que la question de l’appel soit à l’ordre du jour. Sabado joue les étonnés : « Quel appel, je ne suis au courant de rien ? » Il faut qu’Yvan Lemaitre lui signifie qu’il ne peut s’enferrer dans cette version, lui rappelant qu’ils ont échangé à Montreuil, l’après-midi, sur cette question, pour que la comédie cesse. La PF5 confirme d’ailleurs, dans son dernier texte au BI (à paraître), que c’est bien la PF3 qui demande l’inscription du point à l’ordre du jour. François Sabado résume alors le point de vue du reste de la délégation PF1 au BP : « L’heure n’est plus aux amendements. » Le BP vote majoritairement contre la motion PF3/PF4 qui propose… d’amender le texte, au moins pour en retirer une formule qui peut prêter à des ambiguïtés inutiles. Il faut souligner que les onze majoritaires au BP ne soumettent aucun considérant au vote (le compte rendu de la réunion du BP en fait foi).
Mercredi, ultime coup de téléphone de Salesse à Sabado. À la question : « Proposez-vous des amendements ? », la réponse est apparemment « non » (et c’est logique avec la discussion de la veille au BP).
Et voilà comment notre organisation se sera retrouvée dans une situation aussi calamiteuse…
Sur les conditions d’élaboration de l’appel du 11 mai, tu mens et la direction de la ligue ment et j’en apporte la preuve avec des extraits d’un document interne de la PF3 :
La réunion d’information à l’initiative de l’appel unitaire.
L’appel « Pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes : il y a urgence ! » a d’ores et déjà obtenu un large écho, à la suite des articles du Monde, de Libération, du Figaro. Les signatures semblent remonter significativement vers Yves Salesse, et cette initiative est, d’évidence, ressentie comme un appel d’air par tous les militants (notamment ceux des collectifs du 29 Mai) qui se désespéraient d’une situation figée, où PCF et LCR se renvoyaient la balle sans que la moindre évolution positive se manifeste. De surcroît, le lancement de cet appel a évité que d’autres initiatives (venant par exemple du PCF) n’aboutisse à figer un peu plus le jeu.
Autour des premiers signataires du texte, une réunion d’information s’est tenue après la manifestation anti-Sarkozy, toujours ce 13 mai, en présence d’une grosse centaine de personnes, la plupart ayant participé à la réunion des collectifs du matin. Comme pour les assises, cette rencontre (qui n’était pas censée aboutir à des décisions formelles) se sera caractérisée par la qualité des présents : il ne s’agissait pas d’une de ces innombrables réunions, comme il en a existé de nombreuses, dominées par des secteurs militants marqués par les échecs des tentatives de regroupement « alternatif » dans le passé, mais au contraire d’une rencontre se situant dans la continuité de ce qui subsiste de la dynamique du 29 Mai. Cela change évidemment beaucoup de choses. Il est, à cet égard, des plus significatifs que les participants aient exprimé l’espoir que l’appel avait suscité autour d’eux et qu’ils aient rendu compte de la possible dynamique militante qui pouvait s’enclencher. Les courants politiques étaient en tant que tels représentés - PCF (Brigitte Dionnet), PRS (René Revol), AlterÉcolo (Francine Bavay) -, aux côtés de nombreuses figures de la campagne contre le TCE (Raoul Marc Jennar, Aline Pailler, Clémentine Autain, Claiure Villiers…)
Parmi les conclusions qui ont fait consensus : outre la convocation (dans des modalités qui ne sont pas encore définies) d’un collectif d’initiative, l’impulsion de collectifs locaux ainsi qu’une première initiative publique autour de l’appel à Marseille (il est à signaler qu’un texte de personnalités marseillaises a été publiée dans la presse locale, sur des bases voisines de celles de l’appel national).
Nos camarades de la PF1 ont bien senti qu’ils ne pouvaient être absents de cette réunion (enfin un point positif…). Ils se sont faits représenter par Pierre-François Grond, Ingrid Hayes et Willy Pelletier. Les autres plates-formes étaient également présentes (Cathy Billard pour la 2 et Jean-Philippe Divès pour la 5). Dans son intervention, PF Grond a proféré quelques contre-vérités (selon lesquelles la LCR n’aurait jamais été prévenue de cette initiative, qu’elle aurait souhaité amender le texte, j’y reviendrai plus loin) et centré son argumentation sur le fait que la formule de l’appel sur le refus de participer à un gouvernement social-libéral dissimulait un désaccord sur la volonté de participer à une majorité parlementaire avec le PS. Je suis intervenu pour rendre compte de la démarche des quatre du BP qui ont décidé de signer l’appel, autour de l’argumentation suivante :
ce texte était sans doute la bonne initiative au bon moment ;
attention à ne pas vouloir l’instrumentaliser contre les partis : il est de ce point de vue décisif de convaincre la LCR de ne pas persister dans l’erreur, mais nous sommes optimistes sur la possibilité d’y parvenir car notre organisation a toujours su prendre la mesure des événements importants ;
l’essentiel est aujourd’hui de construire une dynamique militante, et il faudrait par exemple réfléchir à l’idée de recueillir 10 000 signatures dans les prochaines semaines ;
c’est dans le cadre de cette dynamique qu’il va falloir clarifier les questions qui demeurent en débat : premièrement, le contenu d’une plate-forme ; deuxièmement, la nécessité d’un changement radical d’approche sur les rapports à l’intérieur de la gauche (nous visons à y battre le social-libéralisme, pas simplement à rééquilibrer les rapports de force en son sein, et il faut dire clairement que nous n’entrerons dans aucune alliance gouvernementale ou parlementaire qui ne reprendraient pas à son compte la politique de rupture que nous voulons défendre avec des candidatures unitaires) ; troisièmement, le refus de tout préalable sur les personnes pour la candidature présidentielle (s’il est légitime que, de son point de vue, le PCF pense que sa secrétaire nationale serait une bonne candidate, aucun rassemblement ne pourra s’opérer autour d’une des composantes politiques partie prenante d’une convergence unitaire).
Réponse à quelques arguties sur l’appel unitaire.
Pour justifier leur refus de signer un texte proposant une initiative concrète destinée à provoquer une confrontation publique entre toutes les forces concernées par un rassemblement antilibéral, les dirigeants de la PF1 se livrent à un exercice de mauvaise foi caractérisé, consistant à expliquer que le texte actuel serait très mauvais, comparé à celui qu’ils avaient signé en septembre (appelant simplement à des candidatures unitaires). Examinons donc les arguments de nos camarades.
« Ce texte serait en retrait du point de vue de la critique de la gauche plurielle ». Outre que la « gauche plurielle » n’était pas citée dans le premier appel, la formule alors retenue était : « C’est pour ne pas avoir pris en compte ces attentes et avoir cédé au social-libéralisme pour les uns, ou s’y être convertis pour les autres, que les gouvernements de gauche ont échoué. » Plus loin, il était évoqué la nécessité de rompre « avec le projet régressif de société et les politiques mises en œuvre par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans. » Que dit le présent appel ? Qu’une réponse à la hauteur des séismes à répétition que le refus du libéralisme vient de provoquer dans le pays « ne peut être la réédition de ces alternances sans changement profond qui se terminent immanquablement par des désastres, comme le 21 avril 2002 ». Qui, au-delà d’un petit cercle enfermé dans ses considérations tacticiennes, n’aura pas reconnu feu-le gouvernement Jospin dans cette formule ?
« Ce texte, par ses ambiguïtés, pourrait parfaitement couvrir une alliance future avec le PS ». Cette assertion est aujourd’hui l’un des leit-motiv de la PF1. Avec un aplomb un tantinet paranoïaque, les camarades nous expliquent que le fait de ne dénoncer qu’un « gouvernement dominé par le social-libéralisme » préparerait en réalité… une alliance avec les sociaux-libéraux, et cela préparerait même, disent certains, le terrain « à l’illusion du compromis “antilibéral” avec le PS que préconise le PCF depuis des mois » (contribution de Jacques Fortin dans le BD à paraître). Tout est, évidemment, toujours possible… s’agissant du Parti communiste, puisque c’est lui qui est visé. Le présent appel ne règle évidemment pas tout et, à supposer qu’il cristallise une dynamique, la bataille politique à mener resterait d’une ampleur considérable. Sauf que cet appel comporte une formule qui ne figurait pas dans le précédent, lorsqu’il est affirmé que la réponse politique nécessaire « ne peut pas être le “réformisme de gauche” accompagnant la mondialisation capitaliste que propose la direction du Parti socialiste ». D’une phrase, le texte balaie toute idée que la synthèse du Mans pourrait avoir représenté un pas à gauche (ce qu’avait commencé par dire, souvenons-nous en, Marie-George Buffet à l’époque) et le PCF signe ici une attaque frontale contre la politique du PS ! Insignable, vraiment, ce texte ?
« Ce texte serait en retrait sur la question de la participation gouvernementale ». L’appel de septembre disait exactement ceci : « Ils sont INCOMPATIBLES avec la participation à un gouvernement placé sous la domination D’UNE ORIENTATION ET d’UNE POLITIQUE SOCIALES-LIBÉRALES qui ont conduit aux échecs du passé. » La formule du deuxième appel est : « Nous ne participerons pas à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme. » Les formules sont rigoureusement les mêmes, à ceci près qu’elles sont encore plus tranchées dans le second appel. Le premier constate « l’incompatibilité » de ses propositions avec la « participation à un gouvernement placé sous la domination d’une orientation et d’une politique sociales-libérales », l’autre prend un engagement : « Nous ne participerons pas… »
« Ce texte serait principalement électoraliste ». Dans ce cas, comment expliquer qu’il commence par une triple référence : au 29 Mai, à la révolte des quartiers populaires cet automne, au mouvement anti-CPE ? Comment interpréter la phrase qui dit : « Nous voulons construire une forte dynamique populaire et citoyenne, œuvrer ainsi à l’essor des mobilisations sociales, avec l’objectif d’une majorité et d’un gouvernement qui appliquent une politique au service du peuple ? »
« Ce texte ne contiendrait pas d’éléments de propositions programmatiques ». Ici, au moins, c’est vrai ! Mais l’objet du second appel est différent du premier : il formule une proposition, la création d’un « collectif national d’initiative permettant de discuter toutes les questions auxquelles ce rassemblement devra répondre, de lever les derniers obstacles et de concrétiser cette campagne ». Sur la base des délimitations politiques évoquées précédemment, la LCR ne pouvait pas ne pas le signer, surtout après avoir convié, sans aucun préalable, à une « régalade » Buffet, Bové et Laguiller (tribune d’Olivier Besancenot dans Le Monde du 28 avril). À moins de frôler le ridicule, comme nous le faisons dans l’Humanité du samedi 13 mai, en opposant la « bouffe à quatre » à une proposition de réunir, sous une forme ouverte, toutes les forces potentiellement intéressées à une convergence antilibérale.
Pour résumer, ce texte se situe sensiblement sur le même créneau que le précédent. Comme pour chacun des appels pour lesquels la Ligue est sollicitée, les formules peuvent toujours prêter à des lectures différentes. Le critère de jugement doit, dans ce cadre, être double : la trajectoire générale de la proposition (vers la gauche ou vers la droite ?) et la dynamique qu’elle peut enclencher. Sur ce double plan, la réponse saute d’elle-même aux yeux. L’alliance PF1-PF2-PF5 au BP a commis une faute majeure en refusant de signer cet appel, en l’attaquant publiquement comme « mauvais »(voir les propos de PF Grond dans Le Monde du 13 mai), en s’isolant gravement dans la mouvance militante issue de la bataille du référendum. Il faut rectifier au plus vite ! La Ligue doit signer le texte de l’appel et, au moins, se déclarer prête à participer au collectif national d’initiative lorsqu’il se réunira, ainsi qu’aux structures locales du même type qui vont très vite voir le jour !
Réponse à quelques contre-vérités.
Sentant à quel point ils se sont isolés, nos camarades de la direction PF1 tentent de donner le change. Ils vont jusqu’à mentir, prétendant publiquement (PF Grond à la réunion du 13 mai) qu’ils n’ont jamais été sollicités pour amender le texte, ou que les initiateurs auraient refusé « deux amendements » au texte (Olivier Besancenot, dans les discussions avec celles et ceux qui l’interpellaient durant la réunion des collectifs du 29 Mai). Ils multiplient les rumeurs, selon lesquelles il s’agirait d’une opération montée, dès le départ, pour que la Ligue ne puisse signer. C’est, évidemment, d’une grande maladresse, qui révèle leur désarroi à mesure qu’ils découvrent l’importance de leur erreur politique.
Notre vœu le plus cher est que la Ligue puisse très vite sortir du mauvais pas où l’alliance PF1-PF2-PF5 l’a amenée, mais nous ne pouvons admettre des méthodes aussi inadmissibles que tout à fait nouvelles dans nos rangs. Reprenons les faits, chronologiquement, tels qu’il nous a fallu les reconstituer, en retrouvant les traces des courriers électroniques et en recoupant nos propres informations avec le témoignage de Salesse (qui a été l’interlocuteur de la Ligue pour les initiateurs de l’appel). Les camarades me pardonneront cette énumération fastidieuse, mais nous en sommes rendus là, et il faut bien répondre aux interrogations des militantes et militants de l’organisation.
Mardi 2 mai. La Ligue est officiellement informée qu’un projet d’appel va lui être transmis, pour discussion et remarques.
Mercredi 3 mai. La première version de l’appel parvient à Montreuil, sous forme d’un courriel adressé à l’adresse électronique du SBP (précision : sur cette liste sont inscrits l’ensemble des membres du SBP… et quelques autres), avec copie à Sabado (adresse e-mail personnelle) et à moi-même. Ce mail est expédié à 12 h 59. Salesse écrit : « Merci de réagir si possible avant le week-end. Amitiés, Yves. » Il se trouve que, sortant d’une réunion du collectif du 29 Mai, je me trouve à ce moment dans le bureau d’Alain et qu’il découvre l’envoi en ma présence. Sa réaction est approximativement celle-ci : « Tu vois bien, les cinq signataires ne représentent rien, le PC n’est pas dans le coup, il observera à coup sûr la même attitude qu’à propos du premier appel. Or, dans cette bagarre, la question-clé est celle du PC » (sur ce point, nous convenons d’ailleurs que nous sommes d’accord, cela arrive…).
Entre le 3 et le 9 mai, la situation se fige au sein de la Ligue. Impossible de savoir ce que va faire la PF1, qui semble attendre sa réunion de direction (qui double désormais toutes les réunions du BP). Il faut dire que le FSE d’Athènes et les congés de Duval ont considérablement vidé l’étage du BP à Montreuil.
Le 5 mai, la direction du PCF (MG Buffet et JF Gau) rencontre les initiateurs de l’appel et, pressés par ces derniers, se résout à proposer des amendements dans la soirée. Selon Salesse, il s’ensuit, durant le long week-end du 8 mai, une pluie d’amendements venant d’Alternative citoyenne, de Francine Bavay etc. Cela semble effectivement le cas, puisque des e-mails de Cours-Salies circulent partout, informant des amendements qu’il a proposés au texte. Il est vrai que le lundi 8 mai, il n’y a personne à Montreuil, hormis la rédaction de Rouge (dont Eli et moi-même).
Le 9 mai, je ne suis pas au SBP pour cause de réunion à l’extérieur et le point sur l’appel n’est pas inscrit à l’ordre du jour du BP. La version amendée du projet d’appel arrive à 11 h 36, toujours à l’adresse électronique du SBP, avec copie à Sabado (adresse électronique de Montreuil) et à moi-même. Le texte est assorti d’un commentaire de Salesse : « Bonjour. Voici le texte après amendements du PC, de Francine Bavay, etc. Actuellement il est signé, outre les 5, entre autres par Coquerel, les Alternatifs, Clémentine, F. Bavay, Bové, M. Dental, Onfray, Aguiton, etc. Le PC consulte sa direction. Si vous en êtes d’accord, donnez-moi 3 ou 4 noms de la direction de la LCR d’ici demain matin. Amitiés, Yves Salesse. »
Le 9 mai en fin d’après-midi, je me trouve à la réunion du Collectif du 29 Mai qui prépare les assises du week-end suivant. J’apprends que le PC signe l’appel ès qualité… J’appelle immédiatement Alain Faradji pour qu’il en informe le BP (il doit être 18 h 30) qui doit se réunir quelques minutes après. Lorsque la réunion du BP commence, Alain demande que la question de l’appel soit à l’ordre du jour. Sabado joue les étonnés : « Quel appel, je ne suis au courant de rien ? » Il faut qu’Yvan Lemaitre lui signifie qu’il ne peut s’enferrer dans cette version, lui rappelant qu’ils ont échangé à Montreuil, l’après-midi, sur cette question, pour que la comédie cesse. La PF5 confirme d’ailleurs, dans son dernier texte au BI (à paraître), que c’est bien la PF3 qui demande l’inscription du point à l’ordre du jour. François Sabado résume alors le point de vue du reste de la délégation PF1 au BP : « L’heure n’est plus aux amendements. » Le BP vote majoritairement contre la motion PF3/PF4 qui propose… d’amender le texte, au moins pour en retirer une formule qui peut prêter à des ambiguïtés inutiles. Il faut souligner que les onze majoritaires au BP ne soumettent aucun considérant au vote (le compte rendu de la réunion du BP en fait foi).
Mercredi, ultime coup de téléphone de Salesse à Sabado. À la question : « Proposez-vous des amendements ? », la réponse est apparemment « non » (et c’est logique avec la discussion de la veille au BP).
Et voilà comment notre organisation se sera retrouvée dans une situation aussi calamiteuse…
Chico