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4ème semaine consécutive d’occupation du Théâtre National de Bordeaux Aquitaine (TNbA) et d’autres théâtres en France
par Miren Funke
Publie le mardi 17 mai 2016 par Miren Funke - Open-Publishing1 commentaire
Pourquoi les Coordinations d’Intermittents et de Précaires restent mobilisées ?
Voilà une quinzaine de jours déjà que les médias nationaux pensaient endormir certains esprits en clamant à l’aboutissement des négociations sur le régime spécifique des intermittents du spectacle à un accord. Dans la foulée, on a pu entendre une ministre de la République demander aux intermittents occupants des théâtres de libérer les lieux de spectacle et de cesser d’empêcher les représentations artistiques et culturelles. Propos témoignant d’un cruel manque de connaissance de la nature de cette mobilisation et des actions conduites, puisque s’il est vrai que des occupations ont eu lieu dans plusieurs villes de France, elles n’ont à aucun moment visé à entraver la tenue des spectacles, ni interdit au public l’accès des lieux. Depuis, silence radio. Sans doute espère-t-on le peuple peu enclin à s’informer auprès de sources alternatives, et persuadé que les intermittents se sont mobilisés pour défendre leur condition propre, puis désolidarisés des autres luttes, une fois qu’ils ont obtenu gain de cause. Il n’en est rien.
A Bordeaux, comme dans une dizaine d’autres villes, les Coordinations des Intermittents et Précaires (C.I.P) poursuivent le mouvement ; des occupations de théâtre perdurent et sont régulièrement reconduites, à l’occasion d’assemblées générales hebdomadaires. Et ce pour deux raisons principales, mais plus encore : d’une part, en dépit de ce qui a été affirmé par les médias, aucun accord n’a été signé, puisque ce à quoi ont aboutit les négociations concernant le secteur du spectacle n’est qu’un projet d’accord non encore validé (et qui a toutes les chances de ne pas l’être) ; d’autre part, contrairement à l’idée qu’on aime répandre auprès du grand public, les revendications des militants mobilisés ne portent pas uniquement sur le régime spécifique des intermittents, mais sur la réforme globale de l’assurance chômage qui touchera tout salarié ayant perdu son emploi. A titre informatif, rappelons que les C.I.P ne sont pas majoritairement constituées d’intermittents du spectacle, mais aussi de travailleurs précaires et de travailleurs sans emploi de tous secteurs d’activité. En outre cette mobilisation s’inscrit dans une logique de convergence des luttes et reste solidaire des Nuits Debout, du mouvement étudiant et lycéen contre la loi Travail, et d’autres combats sociaux et causes justes : ainsi les membres de la C.I.P de Gironde participent à des actions d’occupation et de blocage avec un collectif unitaire de plusieurs organisations politiques et syndicales ou simplement citoyennes, et proposent régulièrement des débats ouverts au public ou des rencontres conviviales autour de spectacles pour enfants et de concerts, de collectes de dons alimentaires ou vestimentaires pour des associations caritatives. Une caisse solidaire a également été mise en place pour P. Claude, intermittent handicapé, toujours dans le coma après s’être immolé devant la caisse de retraite de Marseille la semaine passée, ici https://payname.fr/c/Q6kALb/Dons-suite-a-limmolation-de-Patric-Claude
D’abord, il faut comprendre que les négociations récentes entre syndicats des employeurs du spectacle et syndicats des travailleurs intermittents rentrent dans le cadre d’une réforme générale de l’assurance chômage à venir, et qu’à ce titre, le projet d’accord trouvé devra être validé en dernière instance par les partenaires nationaux de l’UNEDIC, donc les syndicats nationaux et le MEDEF. Et ce dernier refusera probablement de ratifier l’accord qui ne correspond en rien à la feuille de route qu’il avait fixé aux professionnels du secteur, selon la logique de son « projet » de reforme sociale qui vise à ce qu’un système assurantiel privé et individualisé se substitue progressivement au modèle mutualiste universel d’assurance chômage. Rien n’est donc acquis pour les intermittents.
Ensuite, penser que ces derniers ne se mobilisent que pour défendre le statut de leur corporation, c’est méconnaitre gravement l’action et la philosophie des C.I.P de France : si depuis 13 ans, elles ont défendu le cadre spécifique du régime des métiers du spectacle et de l’art, car il est le seul cadre au sein de l’UNEDIC qui reconnait la réalité de l’exercice d’une activité discontinue (c’est-à-dire en succession de CDD), elles militent surtout pour l’extension de cette spécificité à tous les travailleurs en CDD, avec la proposition du Nouveau Modèle d’assurance chômage qu’elles ont élaboré (consultable ici http://cipgironde.wix.com/cip-aquitaine#!la-cip-nationale/c5tl ). Ce modèle, qui a été étudié et estimé pas plus coûteux que le fonctionnement actuel de l’UNEDIC propose de traiter les droits des travailleurs selon deux annexes : l’une concernant les travailleurs en CDI, l’autre ceux en succession de CDD. Il s’agit de simplifier le fonctionnement de l’UNEDIC (qui à l’heure actuelle comporte 10 annexes de régimes spécifiques en plus du général) en même temps que de réaffirmer sa vocation première, qui est d’assurer la protection et la sécurité des travailleurs ayant perdu leur emploi. La proposition est sérieuse. Pourtant le gouvernement, empressé de mettre en place des lois satisfaisant les exigences du MEDEF, ne veut pas en entendre parler.
Sans plus entrer dans la complexité des détails, accessible à tous sur les sites des C.I.P, dont la longue expérience de décorticage des textes de lois permet de rendre intelligible le projet de société qu’on souhaite imposer aux travailleurs sans qu’ils s’en aperçoivent, comment ne pas comprendre que le mouvement a toutes les raisons d’être poursuivi ? D’autant que s’y joignent les luttes d’autres organisations, collectifs citoyens, et, à présent, des mouvements de grève des travailleurs.
A l’évidence, une prise de conscience citoyenne initie l’émergence de mouvements et multiplie les initiatives dans le pays, en Europe même. Peut-être la démocratie représentative et sa conception traditionnelle de délégation de pouvoir arrivent aux limites de ce qu’elles peuvent garantir en termes de démocratie réelle et de légitimité représentative. Ils ont beau jeu de reprocher aux Nuitdeboutistes de ne représenter qu’eux-mêmes, ces parlementaires élus avec des taux record d’abstention, et souvent pour de toutes autres raisons que celles qu’ils servent une fois au pouvoir. On parle de travailleurs mobilisés pour défendre leurs droits et leur dignité, de citoyens conduits à s’emparer de la politique et se représenter directement eux mêmes, par l’incompétence de nos élu(e)s, sourds à leur volonté d’un autre monde. Des « idéalistes coupés de la réalité » ? Quelle réalité ? Celle qui a explosé au visage des copains au Bataclan, parce qu’à force de réduire les budgets de l’éducation et de restreindre l’accès à la culture, à l’instruction et aux arts qui ouvrent l’esprit, on a laissé une partie de nos enfants en proie à la misère intellectuelle et sans défense contre les endoctrinements fanatiques ? Est-ce vraiment être coupés de la réalité que de vouloir une société qui garantisse l’accès de tous au minimum de confort matériel nécessaire, à la santé, à tout ce qui peut instruire, cultiver et épanouir les citoyens ? Ce n’est sans doute pas la réalité des élites, non. Mais c’est la notre. Et les changements législatifs qui sont en train de se faire contre la volonté populaire, et qui auront pour effet de précariser les citoyens, de les isoler, de les priver de leurs droits, de leur désapprendre le sens du bien commun et de la solidarité nationale, ne vont pas l’améliorer.
Pour plus de renseignement, n’hésitez pas à consulter le site de la C.I.P de Gironde : http://cipgironde.wix.com/cip-aquitaine
https://www.facebook.com/cipgirondeaquitaine/


Messages
1. 4ème semaine consécutive d’occupation du Théâtre National de Bordeaux Aquitaine (TNbA) et d’autres théâtres en France, 17 mai 2016, 17:05
Avec un témoignage très complet sur la CIP Bordeaux, ici : https://leblogdudoigtdansloeil.wordpress.com/2016/05/07/pourquoi-l-accord-du-28-avril-na-pas-mis-un-terme-aux-occupations-de-theatres-et-a-la-mobilisation-des-intermittents-entretien-avec-des-membres-de-la-coordination-de-intermittents-et-precair/