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Affichage libre, tractage : Bordeaux s’exprime envers et contre tout

Publie le dimanche 31 décembre 2006 par Open-Publishing
2 commentaires

Bordeaux, l’affichage sauvage n’a pas bonne presse

Un article de Stéphane Moreale
La Charente Libre

Le 27 décembre 2006

« Bordeaux ville propre » : c’est le slogan affiché par la mairie qui a fait de la propreté une de ses priorités. « Bordeaux ville trop propre », pourraient répliquer plusieurs associations victimes de deux arrêtés municipaux pris en avril 2000 contre la distribution de tracts dans les rues sans autorisation ainsi que l’affichage libre en centre-ville.

Ces arrêtés ont fortement dégradé les relations entre la mairie et des associations locales. Le 21 septembre dernier, un agent assermenté de la ville constate la présence illicite de 60 affiches sur les murs de plusieurs immeubles du quartier Saint-Eloi. Il n’a aucun mal à en identifier l’auteur : celles-ci invitent à signer une pétition du « Comité contre le projet dit de restructuration et de revitalisation du centre historique de Bordeaux », un projet controversé en ville.

Une amende de 900 €

La sanction ne tarde pas à tomber : la présidente du comité, Claire Chartier-Grimaud, est sommée de payer une amende de… 900 €, correspondant selon la mairie aux frais d’enlèvement des affiches. « Alors que j’avais moi-même tout décollé, proteste celle-ci ; j’ai contesté car ce n’est pas moi mais une adhérente du comité qui avait pris l’initiative de les coller. Mais j’ai quand même eu l’amende ». Claire Chartier-Grimaud est la première victime identifiée des fameux arrêtés. Le 12 octobre suivant, c’est au tour d’Andromac, une association socioculturelle, de recevoir un avis de somme à payer : 317 € pour frais d’enlèvement « d’office » d’affichettes rue des Menuts. Lesquelles informaient les teuffeurs d’une soirée électro cours Pasteur.

L’émotion étreint le milieu associatif bordelais « alternatif ». Car entre-temps, l’arrêté anti-tractage a fait à son tour parler de lui : « En septembre dernier, je distribuais des tracts contre l’élection municipale anticipée avec une collègue ; on a été arrêtées par la police qui a saisi les tracts avant de finalement nous laisser repartir », raconte Myriam Eckert, présidente d’Hacktivismes, « une asso antilibérale qui veut informer sur ce dont on ne parle pas dans la presse et servir de relais aux autres assos », précise-t-elle.

Le lendemain, Myriam Eckert est de nouveau interpellée -avec un autre membre de l’association- par les forces de l’ordre pour avoir refusé de montrer ses papiers d’identité.

Les deux dangereuses « hacktivistes » ainsi que deux membres d’AC Gironde passeront 1h30 au commissariat.

Il n’en fallait pas plus pour que les militants associatifs soupçonnent la mairie de vouloir, sous couvert de propreté, étouffer la libre expression, surtout lorsque celle-ci lui déplaît : « d’autres assos ont tracté sans avoir de problème », soutient Claire Chartier Grimaud. « La mairie n’en est pas à son coup d’essai », renchérit Stéphane Lhomme, militant politique local lui-même interpellé par la police le 7 octobre dernier devant la librairie Mollat alors qu’il tentait de vendre son livre pamphlet « Juppé saute sur Bordeaux », allusion perfide aux élections anticipées.

« Sous prétexte de sécurité et de propreté, la municipalité entend surtout rendre muette toute opposition politique citoyenne et amoindrir la place de la culture non officielle », accuse le collectif « pour la liberté d’expression » constitué suite aux faits.

Les assos reprochent aussi à la mairie d’avoir disposé les 144 panneaux d’affichage libre à l’écart des lieux de passage de leur public, essentiellement étudiant et lycéen. Et de laisser les organisateurs de gros concerts sq uatter ces derniers. « Comment voulez-vous que l’on contrôle ce qui est affiché sur 144 panneaux dispersés aux quatre coins de la ville ? », rétorque-t-on du côté de la mairie, qui argue de sa bonne foi dans l’affaire.

Laquelle semble prendre de l’ampleur : le tribunal administratif vient d’être saisi par l’association Andromac tandis que le collectif tente de coordonner une action commune.

Et Claire Chartier-Grimaud, qui passera en correctionnelle le 11 janvier prochain pour un blog diffamatoire qu’elle n’aurait pas écrit, en appelle aux élus d’opposition, étrangement silencieux depuis le début de la polémique.

 http://hacktivismes.org

Messages

  • Ce que Juppé n’a pas encore compris, et cela m’étonne beaucoup d’un homme cultivé, c’est qu’il passera comme tout le monde. Il n’est pas éternel. L’exécution de S. Hussein vient nous le rappeler cruellement. Alors, à quoi bon d’empêcher la libre expression. C’est de l’énergie gaspillée. Et puis, tout le monde sait bien que l’autoritarisme, la dictature tuent la culture, tuent toutes formes d’expressions artistiques... tuent la vie.
    En somme, on a échappé bel qu’il ne soit pas candidat, voire président de la république. Je vous laisse imaginer sa politique au plan national... un cauchemar.