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Antonio Tabucchi ou le roman social sans emphase
par Paul Saint-Sernin
Publie le dimanche 5 juin 2016 par Paul Saint-Sernin - Open-Publishing
Antonio Tabucchi ou le roman social sans emphase
Le roman « Pereira prétends » d’Antonio Tabucchi, est un livre qui nous parle, qui parle de notre et à notre époque. Il a beau se situer dans le Portugal de l’ « Estado Novo » de Salazar en 1938, au moment de la guerre civile en Espagne, mais en fait déjà amorcée dans toute l’Europe, c’est avant tout le roman de la « prise de conscience non seulement de la Politique qui vient frapper à sa porte de l’univers calfeutré de Pereira sous l’apparence d’un jeune couple d’idéalistes qui souhaite venir au secours des Républicains Espagnols.
Mais c’est aussi le roman d’une rencontre entre un Homme mûr et deux jeunes gens qui le troublent, dérangent la monotonie de sa vie et bouleversent ses habitudes de vie.et ses prudences.
Pour celles et ceux qui ont vu le film de Luchino Visconti, il y a dans ce roman, une ambiance prégnante proche à celle de ce film admirable « Violence et Passion ».
Il y a aussi la découverte de son corps, de la puissance du somatique (la psychanalyse est en train alors d’étendre son influence alors dans le Monde) et des soins à donner au corps et à l’Esprit, dont un régime alimentaire et des bains de thalasso, par le principal personnage du roman, Peireira, critique littéraire d’un journal prise par l’opinion conservatrice Catholique.
Ce qui est passionnant dans ce roman d’apprentissage, c’est que le chemin de la solidarité de l’être Humain n’est pas « prêchée », ni « exagéré », il est constamment « suggérée » par cet anti-héros, ce célibataire un peu engoncé dans ses costumes, ses petits restaurants de Lisbonne et ses habitudes de solitaire. Pereira reprends d’ailleurs inlassablement, au fil des pages et de son évolution intérieure, cette interrogation, « Il prétend que » :
Antonio Tabucchi, en grand artiste, en grand romancier, n’impose rien, il ne se substitue pas à votre propre propre jugement et ne gâte pas votre plaisir de le lire qui tient aussi à votre indépendance de lectrice et de lecteur. Il vous place comme le ferait un journaliste « honnête », comme tout journaliste, devrait le faire, face à une série de faits et vous en laisse, tirer les libres conséquences, à vous, lectrices et lecteurs.
En c’est en cela, un roman de la « conscience contemporaine » et même, à ses débuts, de la « mauvaise conscience » qui se transforme progressivement en « éveil » du sentiment de la solidarité Humaine presque aux marches de l’engagement.
Ce genre de roman mériterait d’être imité, qui devrait à nous amener à porter ce regard « décalé » sur notre propre époque dans notre propre pays, qui n’est pas faite que de réussites technologiques et de joies consumériste mais, trop souvent, aussi de l’humiliation sournoise des « humbles », des « laissés pour compte » de cette fable bleue de la « Mondialisation heureuse » pour toutes et tous ! Il est vraiment dommage que nous n’ayons apparemment plus des romanciers Français osant se colleter avec le « social »
J’aimerais, ou, j’aimerais beaucoup pour la dignité de l’être Humain, pour la vérité des principes de notre devise Républicaine de : « Liberté, d’Egalité et de Fraternité » que nous nous attachions à ce que ces principes affichés « redescendent » du fronton de nos monuments pour exister et nous aider à transformer la vie de tous les jours, de celle et de ceux qui en ont tant besoin.
J’aimerais aussi un renouveau, mieux une « renaissance » du roman d’observation sociale.
Mais en attendant, il nous faut d’abord lire et faire lire Antonio Tabucchi, parque que c’est déjà un peu semer le doute dans les consciences trop tranquilles ou trop assoupies. Hélas il n’en manque pas !
Paul Saint-Sernin