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Brétigny, un an après : la direction criminelle de la SNCF sera-t-elle jugée ?

jeudi 10 juillet 2014, par LO

Accident de Brétigny : les responsabilités criminelles de la SNCF

Dans un rapport accablant pour la SNCF, les experts désignés par la justice viennent de dénoncer « un état de délabrement jamais vu ailleurs » du secteur des voies ferrées de Brétigny, où un déraillement avait fait sept morts et 61 blessés le 12 juillet 2013.

Un premier rapport d’un expert indépendant avait déjà conclu, vu le nombre de boulons desserrés ou cassés, à « l’accident inévitable ». Ceux désignés par la justice estiment que la désagrégation complète de l’aiguillage s’est étalée sur plusieurs mois. Les enquêteurs ont ainsi repéré 200 anomalies sur l’aiguillage directement à l’origine de l’accident. Certains de ces défauts avaient été dûment signalés depuis des mois, voire des années. Par exemple l’éclisse, une barre métallique de dix kilos qui relie ici deux rails dans un aiguillage et qui avait causé le déraillement, ne tenait plus que par un boulon sur quatre - un défaut avait été signalé à trois reprises lors de précédentes inspections, sans résultat.

Les directions de la SNCF et de RFF contestent aujourd’hui « formellement » les conclusions de l’enquête. Elles ne manquent pas de culot ! La dégradation de l’aiguillage de Brétigny n’a en fait rien d’exceptionnel. Dans tout le pays, les cheminots en signalent. Fin mars, un aiguillage dont le cœur est fissuré a été signalé par des cheminots au nord d’Orléans - la SNCF l’a laissé en fonctionnement ! À Noisy-le Sec, en Seine-Saint-Denis, les deux experts ont noté que les « défauts » et autres « fissurations » des attaches élastiques reliant les rails aux traverses de béton sont nombreux. Aux Mureaux, dans les Yvelines, un accident comparable à celui de Brétigny a été évité de justesse : « Quand on passait à cet endroit, ça tapait fort », rappelle un conducteur. « Nous avions alerté la direction, qui n’avait pas donné suite. » Il y avait en réalité une fissure sur un rail. À Argenteuil, dans le Val-d’Oise, les conducteurs ont baissé de leur propre initiative la vitesse de 110 km/h à 50 km/h « parce qu’on ne le sent pas », etc.

En fait, l’accident de Brétigny n’est que le révélateur d’un délabrement général du réseau, causé par des années d’économies, notamment sur l’entretien des voies, demandées par le gouvernement. Cela ne peut que déboucher sur de nouvelles catastrophes. Le recours croissant à la sous-traitance, les suppressions de postes massives, entre autres dans les brigades chargées de la sécurité des voies, partout l’âge moyen des voies s’est allongé, les renouvellements des voies, du ballast, des rails ont été espacés. Et les délais accrus entre les contrôles multiplient les risques. Les cheminots et leurs syndicats le dénoncent depuis longtemps, en vain.

Les cheminots ont fait grève, il y a un mois, contre les suppressions de postes, la dégradation des conditions de travail et la réforme ferroviaire qui va accroître les risques de dysfonctionnement. Ils ont alors eu contre eux le gouvernement PS et tous les médias bien-pensants. Les uns et les autres se sont ainsi rendus complices de cette politique criminelle d’économies, la même qui a abouti à l’accident prévisible de Brétigny.

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