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Camp de migrants : la mairie d’Ivry défend son projet corps et âme
par Elsa Mari
Publie le mercredi 14 septembre 2016 par Elsa Mari - Open-PublishingSurtout ne rien lâcher, défendre ses convictions. Ce mardi, sur le marché d’Ivry, Romain Marchand, le 1er adjoint au maire, distribuait des tracts du PCF pour « dire oui au centre d’accueil » qui doit ouvrir ses portes dans l’ancienne usine des eaux de Paris, avenue Jean-Jaurès, d’ici décembre. Annoncé par Anne Hidalgo, maire PS de Paris, le 6 septembre dernier, ce projet va permettre d’accueillir 350 migrants, surtout des femmes et enfants. Et cette décision, soutenue par la mairie d’Ivry, fait débat. Peu importe, la ville, elle, défend ce projet, au nom de la solidarité. « On ne donne pas aux uns pour enlever aux autres, au contraire ! », écrivait Romain Marchand sur Facebook, ce mardi.
Même combat ce week-end, cette fois-ci sur la grande scène de la fête de l’Humanité. Fait rare, le maire d’Ivry, Philippe Bouyssou (PC), sollicité par les organisateurs, a pris la parole devant des dizaines de milliers de spectateurs. « Nous réaffirmons, la majorité municipale et moi-même le nécessaire courage et devoir de responsabilité que nous devons avoir devant ce désastre humanitaire […] », a-t-il lancé, avant d’en appeler à la responsabilité du gouvernement. Dans un communiqué, le Mrap94, le mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, salue cette décision « courageuse » qui doit servir d’exemple.
Mais d’autres communiqués, sur fond de campagne législative, étaient moins tendres. à l’instar de Jean-Luc Laurent, député (MRC) qui doute de « l’aspect provisoire » du camp. Et rappelle le « véritable bidonville […] dans le quartier Gagarine-Truillot ». Dans un communiqué, l’Adecr 94, association départementale des élus communistes et républicains, dont Romain Marchand, est le secrétaire général, lui répond. Et juge que si la « vie de nos concitoyens est si difficile, ce ne sont pas les réfugiés qui en sont responsables, mais la politique libérale et d’austérité du gouvernement, que M. Jean-Luc Laurent soutient ».
Des habitants très partagés
Ivry, samedi 10. Au café Métropolitain, Bilal (à droite) discute avec ses copains de l’accueil des migrants. Ces Algériens prônent la solidarité. Eux sont heureux d’avoir pu construire une nouvelle vie en France et veulent tendre la main aux migrants. LP/E. MI.
Dans les bistrots d’Ivry, les clients refusent poliment de s’exprimer. « C’est sensible, vous savez », lancent quelques-uns, catégoriques. Pourtant, le sujet fait débat. Depuis l’annonce de la création d’un camp de 350 migrants, géré par Emmaus Solidarité d’ici décembre, les habitants sont partagés. Au café de la mairie, les langues se délient, peu à peu, ce samedi matin. « Les Ivryens ne sont pas contents, ils n’ont pas été concertés », peste Sam, agent de sécurité. Il tend son téléphone, preuve à l’appui. Sur le groupe Facebook intitulé « Tu sais que tu viens d’Ivry quand… », chaque réaction suscite parfois plus de 500 commentaires. Roger*, un autre client, accoudé au comptoir, intervient : « Ça sera pour les femmes et les enfants, c’est une bonne idée ». « Bah, y a pas que des veuves et des orphelins », balaye Sam, de la main. « Mais, attends, ils disent que ça va créer de l’emploi, 90 postes pour les Ivryens, quand même ! », rétorque Laurent. Parfois interrompu par le bruit du percolateur, chacun argumente.
« Il faut les aider »
Place Voltaire ou un peu plus loin, au café Métropolitain, deux camps se distinguent. Ceux qui prônent la solidarité parmi lesquels des émigrés, compréhensifs. Et les anti, qui crient « et nous ? », écrasés par la crise, excédés par les campements de Roms. « Ça va nous apporter que des ennuis ! », s’emporte Geneviève, 89 ans, place Voltaire. « Quel scandale ! Ça va être un nouveau Sangatte, confie Jean, un peu plus loin. C’est comme les prisons, tout le monde est pour, personne n’en veut près de chez soi. »
Au Métropolitain, des émigrés algériens, eux, se rappellent leur arrivée en France. Farid en 1973, Kamel en 1971, Bilal, il y a sept ans. « Quand je suis venu de Constantine grâce au regroupement familial, j’ai galéré ici. Puis, j’ai trouvé ma place », sourit-il. « Ouais… », doute Kamel : « Mais nous, on s’en sort pas. On paye tout plein pot : cantine, taxe… » Chacun s’écoute. « Ils sont comme nous, ils veulent une nouvelle vie, tranche Djamel. Venez ! On veut vous aider ».
E.Mi.
*Certains prénoms ont été changés.