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Dario Fo, mort d’un conteur anarchiste
par Ciao grande compagno
Publie le vendredi 14 octobre 2016 par Ciao grande compagno - Open-Publishing4 commentaires
Didier Méreuze, le 13/10/2016 à 17h45
Grande figure populaire de la culture transalpine, l’homme de théâtre est décédé le 13 octobre, à 90 ans. Il avait reçu le Prix Nobel de littérature en 1977.
Dans La Croix du 24 février 2010, il nous disait : « Je n’ai pas peur de la mort ». Puis, ajoutait, dans un grand rire : « Ce qui me désole profondément, c’est de ne plus pouvoir vivre. » Dario Fo est décédé ce 13 octobre. Il avait 90 ans.
Il était peintre, auteur, acteur, mime, metteur en scène accueilli sur les plus grands plateaux de théâtre et d’opéra… Il était conteur, bonimenteur, « jongleur » tel qu’il se définissait lui-même en référence aux bateleurs se moquant, jadis, des autorités sur les parvis des cathédrales. Truculent, jovial, il se voulait le héraut d’un théâtre résolument au service les plus démunis, inscrit dans la grande tradition de la Commedia dell’arte.
La rencontre avec Franca Rame et la découverte de la Commedia d’ell arte
Né le 24 mars 1926 dans une famille prolétarienne antifasciste à Sangiano, un village de Lombardie sur les bords du lac Majeur, Dario Fo a été nourri, dès l’enfance, par la tradition orale et le spectacle de rue. Après une formation en arts plastiques, il se tourne vers l’écriture et le spectacle. À l’orée des années 1950, fait ses débuts au cabaret, dans des revues, à la radio, la télévision, au cinéma – acteur, scénariste, auteur de sketchs.
> À lire : Dario Fo entre gaillardement à la Comédie-Française
En 1958, il rencontre Franca Rame, sa compagne et sa complice jusqu’au décès de cette dernière, en 2013. C’est avec elle, qu’il découvre la commedia dell’arte. « Elle était une enfant de la balle. Sa famille pratiquait ce genre depuis le XVIIIe siècle ! ». Ensemble, ils fondent une compagnie, devenue Association Nuova Scena en 1968, puis Collectif La Commune en 1970. Dario Fo écrit des farces, des monologues, des comédies qui, tout en puisant dans l’héritage des terroirs, du théâtre médiéval et de ses Mystères, s’avèrent de plus en plus engagés.
Mort accidentelle d’un anarchiste
Au détour des décennies 1960-1970, des années de contestation et des années de plomb, Dario Fo et Franca Rame sont partout. Ils participent à toutes les luttes, se produisent dans les usines occupées. S’emparant des questions sociales, ils en font le sujet de plusieurs de ses pièces.
Mort accidentelle d’un anarchiste raconte l’histoire d’un fou qui se fait passer pour un magistrat dans un commissariat, afin d’enquêter sur le décès suspect en 1969, du cheminot Giuseppe Pinelli, accusé à tort de complicité dans l’attentat de Piazza Fontana, tombé d’une fenêtre du poste de police de Milan où il était détenu.
Faut pas payer, qui prend, pour point de départ, un groupe de femmes quittant un supermarché sans payer leurs courses (« Contre le vol des patrons, une seule solution : la récupération ! »), est aussi inspiré d’un fait réel : la décision prise par des ouvriers de Turin d’appliquer d’eux-mêmes une réduction à leur loyer.
Un théâtre de la désobéissance civile
Proche un temps des communistes, Dario Fo s’en éloigne rapidement, constatant qu’« en Union soviétique, une bourgeoisie d’État a remplacé l’ancienne. » Il préfère militer dans les rangs des gauchistes, suscitant les attaques et la vindicte de la droite. Il sera censuré, interdit d’antenne pendant 16 ans. Condamné à la prison dans les années 1980, bombardé de procès – notamment par Berlusconi, il sera finalement élu en 2006 au Conseil municipal de Milan.
Tonitruant, provocateur, clownesque, tout en verve, le verbe cru, Dario Fo n’a de cesse d’ironiser sur les puissants, de dénoncer le pouvoir « qui ment », de prendre la défense des petites gens, en appelant à la liberté, à la révolte et à la désobéissance civile. On lui reproche sa virulence, sa grossièreté, sa liberté de ton, ses allusions scatologiques, ses attaques, particulièrement contre le pape et l’Église.
Il s’en prend au pouvoir du pape, pas à la religion
Bien que résolument athée et laïque, il se défend de toute « blague » sur la religion. Lorsqu’il s’en prend au pape ou à l’Église, Dario Fo ne vise, dit-il, que le pouvoir, « l’institution ». Il confesse même une tendresse pour un Christ « proche des gens simples, des pauvres, des voleurs, des marginaux », qui « condamne le riche faisant chasser par son valet le miséreux venu frapper à sa porte ».
En ce qui concerne son langage, il répond en homme de culture, citant les auteurs grecs et romains, Ruzzante, Shakespeare, Molière, Rabelais et même Dante ! « Ils ont tous employé des mots aussi grossiers, avant moi ! ». Et puis, mieux vaut un théâtre disant la brutalité qui règne dans notre monde, la violence faite aux femmes et aux enfants dans la société ou au sein de la famille, qu’un théâtre vide, silencieux sur ces questions parce que trop policé.
Une popularité jamais démentie
Malgré les critiques, Dario Fo a connu très vite, en Italie, une popularité jamais démentie. Il remplissait sans peine chapiteaux et gradins de 3, 4 ou 5 000 places. Non seulement parce qu’il appelait un chat un chat, un pauvre un pauvre, un exploiteur un exploiteur. Mais parce que son écriture, démontant avec une précision rigoureuse les mécanismes d’oppression morale, politique et économique, est d’une virtuosité sidérante.
Jouant du mélange de divers dialectes truffés d’onomatopées, pour donner naissance à un irrésistible grommelot réinventé, Dario Fo est drôle, caustique, jongle avec les mots, les sens et les sons jusqu’au vertige, jusqu’à l’absurde, à la folie, au délire « hénaurme ».
« C’est en mélangeant le rire et la gravité qu’il a fait prendre conscience des abus et des injustices de la vie sociale, mais aussi de la façon dont ceux-ci peuvent s’inscrire dans une perspective historique plus large », comme l’ont souligné les jurés du Nobel, en 1997. Qu’il a « fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés ».
Didier Méreuze
http://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Dario-Fo-mort-d-un-conteur-anarchiste-2016-10-13-1200796072
Messages
1. Dario Fo, mort d’un conteur anarchiste, 14 octobre 2016, 16:24, par Cyclo 33
Oui, un bel auteur, de la stature de Molière et de Goldoni.
Il a eu le Nobel, c’est bien, après tout, Dylan l’a bien aujourd’hui, pour une oeuvre de moins grande envergure, même si la chanson aussi a ses lettres de noblesse !
2. Dario Fo, mort d’un conteur anarchiste, 14 octobre 2016, 22:53
un homme formidable généreux d’un grand dynamisme pour les grandes causes
internationalistes des années 60 70.
un livre permet de bien comprendre ce coté "batteleur" issu du peuple italien
le pays des mezarat mes 7 premières années de Dario Fo ed plon en
français ou feltrinelli en italien
Merci à Dario Fo et à Franca Rame pour toutes leurs oeuvres,leurs actions et leurs
spectacles dénoncant fascisme et machisme.
catrina
3. Dario Fo, mort d’un conteur anarchiste, 15 octobre 2016, 13:29, par Ernest London
À lire et à monter d’urgence "Faut pas payer !".
http://bibliothequefahrenheit.blogspot.fr/2016/10/faut-pas-payer.html#more
4. Dario Fo, mort d’un conteur anarchiste, 17 octobre 2016, 20:56, par Roberto Ferrario
Je connaissais personnellement Dario pendant les années 70’ et en particulier Franca qui m’a donné les premiers bases de récitations à la "Palazzina Liberty" de Milan.
Let titre de cet article est débile et le contenu encore plus ... "anarchiste" lui que à participé à la campagne électorale pour " Democrazia Prolétaria" bien loin d’un groupe "gauchiste", oui lui se éloigné du parti communiste italien mais est resté profondément communiste, un communisme humaine et pas dogmatique... Ici en France on à la mauvaise habitude de classer les communistes hors du PCF des "gauchistes" dans la pure tradition stalinienne et on arrive pas à piger que on peux l’être sans être du PCF...