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De mauvaises polémiques et d’authentiques divergences

vendredi 13 avril 2007 - Contacter l'auteur - 4 coms

A la gauche du PS : De mauvaises polémiques et d’authentiques divergences

Malgré les « coups bas » et certaines controverses stériles de cette campagne présidentielle, le débat à la gauche du Parti socialiste doit se poursuivre dès le lendemain du premier tour de l’élection, le 22 avril.

Après la victoire du « non » au référendum, une légitime aspiration à rechercher l’unité pour la présidentielle est apparue. Certains ont voulu voir, dans l’échec, le produit d’un affrontement entre « chapelles » ou « appareils » politiques, d’autres celui du choc entre des ego hypertrophiés. À l’aune des campagnes menées par les candidats qui battaient l’estrade conjointement contre le traité constitutionnel européen, on s’aperçoit que cette situation est plutôt le fruit de divergences bien réelles. Elles démontrent que le « non » au référendum ne constituait pas un ciment suffisamment fort pour affronter en positif la définition d’un programme et la stratégie de pouvoir.

José Bové a passé son week-end à tacler Buffet et Besancenot. Interrogé, lui aussi, sur le « trop-plein » de candidats à gauche du PS, il cherche à habiller sa candidature comme celle des comités du « non » de gauche. « Cette alternative, je l’incarne, parce que je suis le seul à pouvoir réunir d’anciens communistes, des Verts, des trotskystes... ». Alors, Bové candidat « 29 Mai canal historique » ? Après avoir indiqué qu’il ne serait pas candidat si Fabius était celui du PS, puis si Buffet et Besancenot étaient candidats de leur parti, après avoir retiré sa « candidature à la candidature », Bové a fait le choix de se présenter en bout de course. C’est son droit le plus strict. Mais faire la démonstration qu’il s’agit d’une candidature de rassemblement relève plus de la mauvaise foi que de la science politique.

Cherchant à se démarquer, Bové fustige le « vote protestataire » pour Laguiller ou Besancenot, « qui, dans le passé, n’a servi à rien ». Cette critique-là est étonnante de la part de Bové, qui n’a cessé, à juste titre, de protester contre les OGM ou la mondialisation. Nous estimons que protester - même si cela ne suffit pas - est une attitude parfaitement légitime, tant la colère populaire est grande. Cela a, au moins, le mérite d’indiquer au Medef et au gouvernement le degré de détermination qui existe face à eux dans le pays.

Comme il fallait servir tout le monde, Bové en aura aussi mis une louche pour Buffet, accusée - en compagnie de Voynet -, de chercher à « se raccrocher au Parti socialiste, peut-être pour avoir un ministère ». On comprend mal alors pourquoi, à l’automne, quand la LCR refusait de ratifier le texte « Ambition-Stratégie » des collectifs unitaires, parce qu’il ne faisait pas suffisamment la clarté sur les alliances, en particulier du PCF avec le PS, José Bové y voyait un « prétexte » de la Ligue à ne pas faire l’unité...

Marie-George Buffet a critiqué, elle aussi, ces derniers jours, nos positions politiques. Elle a jugé notre orientation « désespérante » pour ceux qui sont « dans l’urgence sociale ». « Ce que les hommes et les femmes qui sont menacés de licenciement, qui ont du mal à finir les fins de mois demandent, ce n’est pas qu’on reste dans l’opposition pendant cinq ans, mais qu’on crée les conditions pour que la gauche bouge, quelle soit majoritaire, qu’elle batte la droite et que, cette fois-ci, elle fasse une politique qui réponde à leurs exigences, c’est ça l’urgence », a-t-elle déclaré, précisant ensuite qu’il s’agissait, pour elle, de se « rassembler pour créer une nouvelle majorité et un gouvernement qui changent la vie ».

Unité

Même si nous aurions aimé trouver des formules aussi dures à l’encontre de Royal, nous laisserons de côté les aspects les plus caricaturaux comme notre prétendue insensibilité à la souffrance humaine. Comme le PCF, nous souhaitons la défaite de la droite version Sarkozy ou version Bayrou. Et quand elle est au pouvoir, nous sommes toujours candidats pour une opposition unitaire et radicale à sa politique. Mais nous refusons de participer à entretenir l’illusion qu’un gouvernement de toute la gauche pourrait mener une politique qui « change la vie ». Entre la politique défendue par Royal et celle que nous appelons de nos vœux, il n’y a pas de plus petit commun dénominateur. C’est une divergence réelle avec le PCF, et nous regrettons que celle-ci n’ait pas pu être débattue avec clarté dans les collectifs du « non » en temps et en heure. Reste que ces polémiques recoupent des débats qui sont intéressants et méritent d’être menés sereinement à l’avenir, et pas à la chaleur des sondages préélectoraux. Surtout pour celles et ceux qui pensent, comme nous, qu’il faudra trouver le moyen de rassembler les anticapitalistes dans un front politique. Il est infiniment plus important d’en discuter la base politique et la forme plutôt que, comme le fait Bové, de décréter que « les gens en ont assez de la logique des appareils politiques ». Flatter des sentiments antipartis tout en se préparant à la constitution d’une nouvelle organisation - un parti des antipartis ? - suite à sa campagne, c’est un droit, mais nous ne voyons pas en quoi cela ferait avancer la cause de l’unité.

Le bon état d’esprit, c’est plutôt de considérer que l’offre de candidature est aujourd’hui ce qu’elle est, et que le 22 avril au soir, il faudra aussi savoir faire des additions. Et continuer le débat dès le 23...

Frédéric Borras
responsable de la communication de la campagne d’Olivier Besancenot.

Mots clés : Collectifs Unitaires / Partis politiques / Présidentielle 2007 /

Messages

  • Et continuer le débat dès le 23........

    Je ne sais toujours pas ce que propose le LCR de concret pour, immédiatement

    satisfaire les aspirations de ceux qui souffrent de cette politique capitaliste,

    à part d’attendre le grand soir.

    Comment allez vous faire pour arriver au pouvoir ?

    JMP-38

    • La hausse de 40% du SMIC en 68 ne le fut pas par un gouvernement de gauche, et ce ne fut pas non plus le grand soir ...

      Les congés payés n’étaient pas prévus dans le gouvernement de gauche de 36, mais fortement popularisés par le PCF, qui n’avait pas de ministres.... et conquis par la grève et l’occupation des entreprises.

      Un grand nombre de droits, et de conquêtes sociales, furent obtenus par de puissants mouvements sociaux qui rentraient en résonance avec le reste de la société. Et alors gouvernements , de gauche ou pas, trouvaient d’un coup des solutions pour voter les lois et accords nécessaires. L’argent qu’on n’avait pas était trouvé d’un coup...

      Par contre de grandes politiques de droite furent menées par des gouvernements de gauche quand le mouvement social "boitait bas". On peut citer là une partie des guerres coloniales, une partie des politiques gouvernementales de gauche à partir de 1981 (je n’ai pas oublié l’époque où un premier ministre, Mr Mauroy, avait dit que des grêves dans l’automobile étaient menées par des islamistes....).

      Les conquêtes, les grandes, ne se font pas (ou très rarement) sans une très forte pression sociale. Et il n’est pas toujours fécond d’être dans un gouvernement. Ca l’est à condition de pouvoir peser suffisemment sur la politique du dit-gouvernement pour que celui-ci mène une politique conforme aux aspirations de la population. En dehors de cela, on désespère la population en ayant des ministres et on concoure à faire croire qu’on approuve une politique de droite. Se faisant on détruit l’avenir et tout recours. Rien de pire que de participer à un gouvernement dont la politique, globalement, affaibli la situation de la très grande majorité de la population au profit des interets de la bourgeoisie.

      C’est en général ainsi qu’on prépare le lit du retour d’une droite agressive, qu’on prépare le lit des fachos .

      Actuellement , si un gouvernement de gauche voyait le jour avec ceux qui mènent en ce moment le PS, nous aurions une politique très à droite menée, plus à droite que la politique Jospin . Une politique blairiste . La population le sait. Aller, ou dire qu’on irait, dans un tel gouvernement serait paraître comme approuvant cette logique, ça serait tuer toute alternative... Voir déjà les logiques de chantage ayant prévalu de la part du PS dans les élections locales et nationales, montrent le prix à payer , prix qui s’exprime par un désir précis : essayer de faire fermer la gueule aux "partenaires".

      L’alternative a besoin d’indépendance, de déterminer des objectifs minimaux, pour qu’une politique menée soit un gain net pour la population. Ces objectifs minimaux n’existent pas avec la logique Royal, il n’y a pas lieu de passer alliance avec. (On peut voter contre la droite par contre).

      Améliorer un rapport de force pour se poser la question d’un éventuel gouvernement de gauche fécond, passe aussi d’abord par faire le maximum possible pour rassembler au plus large les différends courants politiques authentiquement de gauche, sans cela ça serait folie et suicidaire d’aller chercher des postes ministériels.

      Il faut d’abord ré-accumuler des forces sociales et politiques avant de rêver de ministères.

      C’est donc toujours au travail d’unité qu’il faut s’atteler entre les courants de gauche indépendants de la bourgeoisie. Cela n’a pu se faire pour ces élections (comme d’ailleurs cela ne sera probablement pas possible pour les législatives qui suivent) mais il n’y a pas et n’y aura pas de raccourcis en la matière.

      Donc je souhaite aux uns et aux autres qu’on ne sombre pas dans des mots inutiles qu’on regretterait après un emportement passager. Ce qui ne signifie nullement s’abstenir de tous propos critiques.

      Copas

  • Vraiment pathétique. De la grande LCR en donneur de leçons !

    Et Krivine qui joue le "specialiste es PCF" de libération pour expliquer que le meeting de bercy ce n’est rien ?

    Et besancenot qui n’arrète pas de revenir sur la gauche plurielle niant que le pcf a fait du chemin depuis !

    Enfin quid de la LCR qui n’est jamais rentrée dans les collectifs... avec la présence de sa "mino" uniquement pour barrer la route à une candidature issue du pcf.

    Besancenot/Krivine "chevaliers blancs" ? Faudrait arreter de se la raconter.

  • Pourquoi donc, alors, quand José Bové propose des candidatures unitaires pour les Législatives...ni la LCR ni le PCF ne répond autrement qu’en annonçant qu’ils auront leurs "propres" candidats partout.
    Les boutiquiers l’ont emporté contre les intérêts du peuple.
    Beurk.
    La longue tirade de Fred Borras ne m’inspire que cette onomatopée, certes bien peu léniniste.

    Jean-Robert Velveth

    Démissionnaire de la LCR en janvier 2007,

    Ancien responsable Presse d’Olivier Besancenot et de la LCR de 1999 à 2003.

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