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Dominique Strauss-Kahn, le retour du « Balladur socialiste »

mardi 8 juin 2010 - Contacter l'auteur - 2 coms

Plébiscité par les sondages, Dominique Strauss-Kahn semble le mieux placé au Parti socialiste pour assurer une quatrième défaite consécutive à la gauche en 2012. Les similitudes avec le scénario de 2006 sont troublantes. Mais cet échec pourrait aussi tenir au personnage.

En 2006, Ségolène Royal était une candidate plausible pour battre le candidat de droite redouté, voire détesté par une partie des Français. Elle semblait promettre le changement au cœur de la fonction monarchique.

Las, Royal préféra marteler son amour du drapeau tricolore et de la Marseillaise. Conseillée par Chevènement, elle promit aux « sauvageons » des séances de rééducation dans des camps paramilitaires. Sa campagne droitière donna une seconde chance à l’homme au kärcher.

Sarkozy put impunément occuper le flanc social délaissé par Royal et se réinventa en « homme de gauche », parlant avec affection de Jaurès, Blum et des résistants communistes. Ainsi, l’inepte Royal perdit cette élection imperdable. L’histoire pourrait-elle bégayer en 2012 ?
DSK plébiscité par les sondages, comme Royal en 2006

Les faits sont troublants : pour la droite, nous aurons vraisemblablement le même candidat, à ceci près qu’il sera encore plus redouté et plus détesté qu’en 2007. Qui pilotera la machine à perdre au PS ? Dominique Strauss-Kahn semble le mieux placé pour assurer à la gauche une quatrième défaite consécutive.

Tout comme Royal en 2006, Strauss-Kahn est plébiscité par les sondages. Il apparaît écraser ses concurrents socialistes et on lui promet de ne faire qu’une bouchée de Sarkozy au second tour. Ce matraquage médiatico-sondagier ne vous rappelle-t-il rien ? Si, cela ressemble comme deux gouttes d’eau au scénario de 2006-2007. On connaît la suite…

Nombre d’opposants au strauss-kahnisme s’inquiètent du personnage qu’ils décrivent en nabab arrogant et dilettante. Il est clair que DSK ne fera pas rêver le peuple de gauche. Strauss-Kahn n’a jamais été condamné, mais comme tant d’hommes politiques de la vieille école, il regarde de haut les lois qui s’appliquent au quidam moyen.

Souvenons-nous de son acquittement dans l’affaire de la MNEF qui l’avait amené à démissionner de son poste de ministre de l’Economie et des finances en 1999. Il y eut aussi la saga autour de la cassette de Jean-Pierre Méry, un financier occulte du RPR, qui tenta d’incriminer Jacques Chirac. Cette cassette fut retrouvée chez… Dominique Strauss-Kahn.
Des copinages avec les puissants qui font désordre

Cet incident rocambolesque avait pour toile de fond les négociations autour du contentieux fiscal de Karl Lagerfeld et une remise du redressement décidée par DSK contre l’avis de son administration. Non condamné certes, mais ses copinages avec les riches et les puissants font vraiment désordre.

DSK est en effet un homme politique ancienne manière. On lui doit. A peine battu par Royal dans la course à l’investiture, il décroche son téléphone pour demander à Sarkozy de le soutenir dans sa candidature au FMI. Pourquoi aurait-il des scrupules ? Les deux hommes entretiennent des rapports d’amitié et ils se ressemblent tant sur le plan personnel et politique.

En dépit de deux Intifada, d’une intervention militaire meurtrière à Gaza et d’un blocus qui affame les Palestiniens, le soutien strauss-kahnien à Israël ne fléchit pas.
Un soutien indéfectible à la politique d’Israël

En 2001, Pascal Boniface, universitaire membre du PS, avait averti dans une note envoyée à François Hollande qu’on « ne combattra pas l’antisémitisme en légitimant l’actuelle répression des Palestiniens par Israël » et avait dénoncé le « terrorisme intellectuel qui consiste à accuser d’antisémitisme ceux qui n’acceptent pas la politique des gouvernements d’Israël ».

En 2003, aux « Douze heures pour l’amitié France-Israël » organisées à Sarcelles, Strauss-Kahn fit référence à une « note non autorisée et misérable » sous les huées du public. DSK affirme que « tout Juif de la diaspora, et donc c’est vrai en France, doit partout où il le peut apporter son aide à Israël ». Il aura échappé à Strauss-Kahn que la grande majorité des juifs de gauche, justement parce qu’ils sont de gauche, condamne le colonialisme israélien.
L’homme incarne le système économique qui a échoué

Mais DSK ne perdra pas l’élection parce qu’il est antipathique. Sarkozy a été élu en dépit de son bling et de ses fanfaronnades imbéciles. Strauss-Kahn fera perdre la gauche car il incarne jusqu’à la caricature le système économique qui a échoué en 2009.

Quinze ans après, le « moderne » DSK tentera de singer Tony Blair. Il nous promettra une mondialisation heureuse et tranquille, une intégration européenne florissante et, comme le caniche britannique, s’inféodera à l’administration étatsunienne du moment. Le monde de la finance et du patronat l’a bien compris et c’est pour cela qu’il acclame le dernier blairiste européen.

En France, Strauss-Kahn préconisera les « réformes de structure » nécessaires « pour rendre compétitive » l’économie Française. Voici un avant-goût de la méthode DSK : le gouvernement Zapatero en Espagne a obtempéré devant les injonctions des « marchés » et a mis en place des politiques d’austérité (lutte contre le déficit, la dette, réduction du nombre de fonctionnaires, etc.).
Strauss-Kahn refuse « le dogme » de la retraite à 60 ans

Ce n’était pas suffisant pour Strauss-Kahn qui a déploré que le marché du travail espagnol soit « trop rigide ». Les 20% de chômeurs espagnols auront apprécié le verdict du « brillant économiste de gauche ». Puis, le patron du FMI est venu à la rescousse de son ami Sarkozy sur le dossier des retraites, affirmant qu’il « refusait le dogme de la retraite à 60 ans ».

Visionnaire, DSK a ajouté que puisqu’on « vieillit plus longtemps, il faut qu’on travaille plus longtemps ». Selon un tel raisonnement, la gauche devrait revenir sur toutes les réformes sociales depuis le Conseil national de la résistance. Il aura encore échappé à Strauss-Kahn que c’est bien parce que l’on a progressivement abaissé l’âge de la retraite que l’espérance de vie a pu augmenter.
Ce « socialiste » a une vision très libérale du progressisme

Demandons aussi aux Grecs ce qu’ils penseraient d’une présidence Strauss-Kahn. Dans le pays le plus pauvre de l’Europe occidentale (avec le Portugal), sans Etat social développé, le FMI « progressiste » de DSK vient d’imposer un vaste programme de privatisations en contrepartie d’un prêt.

Ces mesures impliquent notamment la privatisation des chemins de fer, de la Poste, de compagnies d’eau, des ports et aéroports et des parts publiques dans l’ex-entreprise nationalisée de télécommunication.

Avec Strauss-Kahn, c’est le retour au balladurisme des années 90, sauf que cette fois-ci l’Orléanisme passe à gauche. Sous son masque balladurien, DSK trahit son mépris pour les classes populaires qui triment. Notre Balladur « socialiste » a crié haro sur la retraite à 60 ans alors que son salaire annuel est de 495 000 dollars, net d’impôt.

Les Français aimeront aussi apprendre que la retraite du président du FMI est garantie au bout de trois ans de service et qu’il touchera 80 000 dollars par an. Un « dogme » d’une toute autre ampleur.

http://www.rue89.com/philippe-marliere/2010/06/07/dominique-strauss-kahn-le-retour-du-balladur-socialiste-153888

Mots clés : Partis politiques / Philippe Marlière / Présidentielle 2012 /

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