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Enquête Mehlis : La Syrie démolit les "preuves"...

Publie le vendredi 9 décembre 2005 par Open-Publishing
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Enquête Mehlis : La Syrie démolit les "preuves", tandis que le procès intenté par l’ONU prend une tournure de plus en plus grotesque.

par Michael Slackman, The New York Times

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

Damas, Syrie, le 6 décembre - L’enquête diligentée par l’ONU sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq al-Harîrî commence à se fissurer : un témoin est allé ad patres, un autre est en tôle, et un troisième a parjuré son témoignage, en déballant ce qui l’avait amené à l’inventer de toutes pièces : une histoire absolument fantastique (il aurait été drogué, enlevé, acheté.).

Dans un procès qui commence à ressembler de plus en plus fortement à un polar d’espionnage, avec des accusations de recours à des tactiques d’intimidation dans le plus pur style soviétique et un témoin tué dans un malencontreux accident de voiture (sortie de route.), la question de la crédibilité des témoins vient de prendre la première place. Même s’il est

encore trop tôt pour tirer des conclusions assez définitives sur la manière dont ces nouvelles péripéties vont affecter le déroulement de l’enquête,elles ont en tous les cas soulevé des questions quant à la validité d’un témoignage crucial censé étayer l’accusation portée contre l’Etat syrien,comme quoi il aurait été le commanditaire et l’exécuteur de l’assassinat de M. Harîrî, d’après des diplomates occidentaux en fonctions en Syrie et selon, également, le brouillon d’un rapport intermédiaire de l’enquêteur de l’ONU, M. Detlev Mehlis.

Il y a encore tout juste un mois, les responsables syriens chancelaient sous les coups ; ils étaient accusés par les enquêteurs de complicité dans l’assassinat et ils redoutaient que le Conseil de sécurité n’exige d’eux qu’ils lui remettent certains des plus puissants personnages du régime syrien,à défaut de quoi leur pays serait écrasé par des sanctions économiques et un isolement international impitoyables.

Mais aujourd’hui, ce sont les Syriens qui passent à l’attaque, en sapant la crédibilité des témoins et en minimisant les accusations d’insuffisante coopération portées contre la Syrie, en envoyant des officiels à Vienne, à des fins d’interrogatoire.

Et il semble bien que des informations bien plus dérangeantes encore soient dans le tuyau, alors même que M. Mehlis se prépare à présenter sa dernière intervention devant le Conseil de sécurité, le 15 décembre. Deux personnes,

travaillant pour l’agence de presse gouvernementale syrienne, ont indiqué mardi dernier qu’un autre témoin reviendra prochainement sur son témoignage,et confirmera avoir été acheté par des officiels libanais [pour un demi million de dollars] afin qu’il porte des accusations contre des responsables gouvernementaux syriens.

Ces deux personnes, qui disent avoir entendu de leurs propres oreilles les nouvelles déclarations du témoin en question - dont elles ont indiqué qu’il se présentait lui-même comme étant « Abû George » - ont insisté sur leur anonymat, de crainte d’être châtiés pour avoir ainsi sapé l’intention du régime syrien de ne dévoiler cette information qu’au moment où il jugerait qu’elle aurait l’effet le plus dévastateur pour l’enquête.

Pour l’instant, les Syriens se contentent de savourer le spectacle d’un Husâm Tâhir Husâm, un maigrichon d’une trentaine d’années, connu sous le sobriquet de « témoin masqué », qui est sorti tout récemment du placard, en affirmant tout de go avoir produit un faux témoignage, après avoir été kidnappé, torturé et acheté pour 1,3 million de dollars par des responsables libanais [des accusations, toutefois, que même les détracteurs de l’enquête trouvent difficiles à avaler.]

Des agents de sécurité ont escorté M. Husâm jusqu’à une chambre d’hôtel,lundi dernier, où il a fait à un journaliste un récit qui l’exonère [ainsi,par conséquent, que les responsables syriens] de toute infraction, tout en impliquant les principaux ennemis de la Syrie dans l’assassinat de Harîrî et dans la conspiration ourdie afin de l’imputer à Damas. A plusieurs reprises,il s’est vanté de son talent à embobiner les gens.

« Non, non. ce ne sont pas des demeurés », a dit M. Husâm, parlant des enquêteurs, dont il a indiqué qu’ils n’avaient jamais douté un seul instant de son témoignage, même après l’avoir interrogé des dizaines de fois. « Que voulez-vous : c’est moi qui suis plus intelligent qu’eux, voilà tout. Je les ai eus, tous autant qu’ils étaient ! J’en suis très fier. Je les ai b.isés jusqu’au trognon, et j’ai rudement bien fait ! »

Sans égard pour la question de savoir si ses multiples versions - si toutefois il y en a au moins une - sont véridiques, pour l’enquête, son changement de ton représente à lui seul une complication. Il s’agit en effet rien moins que du témoins qui a impliqué Asif Shawkat, le beau-frère du président syrien, en l’accusant d’avoir planifié l’assassinat, et en

prétendant avoir vu la camionnette bourrée d’explosifs utilisée dans l’attentat, d’après certains diplomates occidentaux en poste à Damas [ainsi qu’un projet de rapport, dont des officiels ont indiqué qu’il avait été rendu public par l’ONU par inadvertance].

C’est ce même témoin qui aurait rapporté à la commission d’enquête qu’un officiel lui aurait dit qu’il y aurait « bientôt un véritable tremblement de terre, qui réécrirait l’histoire du Liban de fond en comble ».

Un diplomate européen en poste à Damas, qui a requis l’anonymat, car non autorisé à s’exprimer publiquement, a dit : « (Ce témoin) pose un très sérieux problème de crédibilité. On ne peut pas faire confiance à ce type-là. comment Mehlis a-t-il pu le croire ? » Un haut responsable du Département d’Etat a dit que les Etats-Unis ne disposaient pas d’informations indiquant que l’enquête diligentée par M. Mehlis rencontrerait un quelconque problème et il a mis en garde contre le fait que la Syrie était en train de lancer « une action concertée, visant à mettre en doute l’enquête de M. Mehlis ». Il a ajouté que des allégations concernant le retrait d’un témoignage et d’autres difficultés ne constituaient en rien une

preuve irréfutable que l’enquête Mehlis connaissait des difficultés,contrairement à ce que prétend la Syrie.

M. Mehlis, qui a indiqué qu’il se dissocierait de l’enquête après la publication de son rapport définitif, a déclaré que la plupart des difficultés rencontrées étaient tout à fait prévisibles, dans le cadre d’une enquête aussi complexe. Il a précisé qu’à la fin des fins, tout cela devra être examiné par un tribunal, qui pèsera les preuves et les déclarations

contradictoires faites par des témoins individuels. Il a précisé que M.Husâm était un témoin important, et qu’il escomptait qu’il serait convoqué d’un instant à l’autre au Liban, en vue d’un complément d’interrogatoire.

« C’est précisément la raison pour laquelle nous couchons par écrit tout ce qu’on nous raconte », a indiqué M. Mehlis au cours d’une discussion de l’affaire, à son bureau de Beyrouth, lundi dernier. « C’est aussi la raison pour laquelle nous les laissons lire ce que nous mettons par écrit. Enfin, c’est la raison pour laquelle nous leur demandons de signer leur déposition,après l’avoir relue. C’est pourquoi nous leur avons demandé : « Avez-vous été menacé ? Vous a-t-on fait certaines promesses ? Vous a-t-on proposé, ou donné, de l’argent ? ». Après quoi, nous leur demandons de lire leur

déposition et de la signer, parce qu’il arrive que, malheureusement, des gens meurent, se fassent tuer, tombent malades ou changent d’avis sur ce qu’ils nous ont dit. »

Il a également précisé qu’il continuait à ajouter foi au témoignage de M.Husâm.

« Nous n’avons constaté aucune anomalie majeure dans ses déclarations »,a-t-il dit. « Et, je le répète, je trouve son témoignage tout à fait crédible. Mais, après tout, nous sommes chargés de l’enquête ; nous ne sommes pas en train de juger qui que ce soit. Dans des cas comme celui-ci, c’est au juge qu’il appartiendra de trancher. »

Avant même que M. Mehlis et son équipe ne remettent leurs constatations au Conseil de sécurité de l’ONU, des questions ont été soulevées concernant la crédibilité d’un des principaux témoins : Zuhaïr Ibn Muhammad Sa’îd Siddîq.

M. Siddîq a déclaré que de hauts responsables syriens et libanais s’étaient rencontrés chez lui, afin de planifier l’assassinat de M. Harîrî. Le rapport indique que M. Siddîq s’était rapproché spontanément de la commission d’

enquête, afin de lui remettre des informations détaillées sur la planification de l’attentat, mais qu’il avait modifié par la suite son témoignage et avoué avoir participé à l’attentat. Il est aujourd’hui emprisonné à Paris, à la demande de M. Mehlis.

Des questions de crédibilité se sont à nouveau fait jour quand le magazine allemand Der Spiegel a révélé que M. Mehlis avait été présenté à M. Siddîq par Rif’at al-’Asad, frère de feu le président syrien Hâfiz al-’Asad, et opposant au pouvoir dirigé par son neveu Bashshâr. Le magazine a rapporté également que M. Siddîq aurait déclaré à son beau-frère, à Damas, qu’il « était devenu millionnaire » grâce à son témoignage.

Dans son rapport, M. Mehlis reconnaît que beaucoup des accusations portées par M. Siddîq ne peuvent être corroborées, mais qu’il leur avait apporté foi en raison du fait que ces accusations impliquaient le témoin lui-même. Les Syriens affirment que Siddîq est un fieffé menteur. Le Conseil de sécurité devra trancher.

Fin novembre, un témoin lié à une des « preuves » les plus importantes de M.Mehlis - des cartes téléphoniques présentant un lien avec l’assassinat - a été tué dans un accident de la route (après une sortie de route, sa voiture s’est précipitée dans un ravin). Nawar Habîb Donna, un marchand de cartes téléphoniques de Tripoli, a été identifié comme étant la personne qui avait vendu cinq des huit cartes téléphoniques connectées à l’assassinat par l’équipe de M. Mehlis.

Et puis voici que M. Husâm, qui tenait une conférence de presse à Damas, le mois passé, insistant sur le fait que son témoignage était mensonger dans sa totalité et qu’il lui avait été extorqué par des responsables libanais, est

venu en rajouter, en disant que ces responsables libanais l’avaient drogué.

Dans son dernier interview, dans une chambre d’hôtel, avec des agents de sécurité, M. Husâm fumait des cigarettes françaises tandis qu’il égrenait deux heures durant son récit des événements qui l’avaient amenés à la place

éminente qu’il occupait dans l’enquête. Il a indiqué qu’il n’avait jamais été réellement employé par les services de renseignement syriens, mais que, dès l’enfance, il avait toujours aimé espionner les gens autour de lui et

rapporter ses informations à la police. Ainsi, il a expliqué qu’étant venu en Syrie pour y travailler comme coiffeur, il était naturel qu’il continue à fureter. « C’est un don, et c’est aussi un sens., une sorte de sixième sens. » a-t-il expliqué, parlant de sa capacité à convaincre les gens qu’il dit la vérité, même si ce n’est pas le cas.

[Souad Mekhennet a contribué à ce reportage depuis Beyrouth, ainsi que Katherine Zoepf, depuis Damas]

Messages

  • La camionette qui a servi de détonnateurs a été volé au Japon. Comment est-elle arrivé au LIban ? Ca n’interresse pas l’inquisiteur Melis ? Mais non, puisqu’on vous dit que c’est les Syriens ! Des preuves ? Melis nous en a fabriqué : des témoignages grotesques que le juge ne verifie jamais. Belle exemple de justice. Bush et Blair pourrait mieux choisir leur juge. De t

    Israël, les Etats-Unis, l’Angleterre, aucune enquête de ce coté. Vous n’y pensez pas, le bien, c’est nous, et le mal c’est les arabes. Nous profitons largement de ces attentats ? C’est normal, nous sommes le bien. Une opération de plus pour déstabiliser et faire chanter la Syrie comme nous l’avons fait pour la Lybie ? C’est normal, la Syrie, c’est le mal ! Nous sommes pour la démocratie et la justice et nous défendons à quiconque d’enquêter sur nos pratiques. C’est des opérations top secret, pour le bien de tous, la liberté et la justice. Une enquête à Guantanamo !? On vous emmerde et les médias sont avec nous.

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