Accueil > Initiatives : Des Conventions citoyennes ?
Je crois qu’il est primordial que l’information circule pour que les gens s’intéressent et s’approprient la politique. La compréhension des textes qu’ils acceptent, implicitement par la voix de leurs représentants, est primordiale. Hélas, on ne l’a que trop vu ces derniers temps, beaucoup d’entre eux ne « jouent pas le jeu » et ne font pas (ou trop peu) « redescendre » les informations qu’ils détiennent. Ils ont le savoir (c’est du moins ce qu’ils pensent... et disent)... ils en disposent et se contentent d’avoir recours aux citoyens, uniquement lorsqu’une échéance électorale pointe le nez.
De ce manque d’information, de la complexité -factice et entretenue pour partie, je le crois - des rouages et mécanismes politiques et des stratégies politiciennes en pratiques pour l’accession et la maintenance du pouvoir, résultent un désintéressement et le sentiment fataliste que l’on n’y peut rien changer, que l’on n’y comprend rien, que tout est pourri.
Je ne sais pas trop ce que cela peut donner pour l’instant -je fouille, je cherche, je creuse des pistes-, mais je suis en train d’essayer de développer une idée qui me trotte dans la tête depuis pas mal de temps et qui aurait pour but de mettre en place des "conventions citoyennes" dont les "missions" pourraient-être, entre autres, de participer à l’élaboration d’une nouvelle Constitution européenne, de participer à la vie politique en France, d’informer...
Je sais déjà que l’on va (encore) me parler d’utopie...
Je suis d’accord, je l’accepte et même le revendique, à condition que l’on rapproche cette notion de son sens premier, à savoir l’exploration des possibles (d’autres possibles) par un recours à l’imagination. Là s’arrête la comparaison, dans ce qui me préoccupe ici, car je ne cherche pas à découvrir les clefs de la cité idéale, mais plutôt à trouver un moyen pertinent qui permette l’expression et la participation active du citoyen à la vie de sa cité.
En mettant de côté les à priori et en se projetant un peu pour voir ce que cela pourrait apporter, je crois que l’on pourrait, à plusieurs, faire avancer cette idée. Ou autrement dit, autorisons-nous à rêver de démocratie (participative ? ;o) ).
Ce qui suit n’est qu’une ébauche, rien n’est figé, je jette simplement des idées, parce qu’il faut bien commencer quelque part. C’est un début, c’est volontairement court et synthétique... c’est juste une porte ouverte. Alors évidemment il faut critiquer, démonter, fouiller, chercher, proposer... parce que c’est seulement comme cela que cette idée aura une chance de naître... aujourd’hui embryonnaire elle pourrait (qui sait ?) devenir une jolie idée de démocratie participative... on peut rêver, non ?
Alors imaginons...
Convention(s) citoyenne(s)
La mission :
Examiner, analyser (à un niveau citoyen, comme cela a pu être fait lors du débat autour du TCE), informer, surveiller (je n’aime pas ce mot, [il faudrait peut-être en trouver un autre] mais il a le mérite d’être clair), informer et donc faire circuler les informations ce que théoriquement sont sensés faire les élus... à chacun ensuite d’en tirer les conclusion qu’il veut. Le but n’étant pas de se poser en "maître" qui sait ce qui doit se penser, mais plutôt d’informer d’un contenu lors de son élaboration, avant, pendant, après, souvent complexe. Contenu que l’on découvre trop souvent une fois qu’il ne reste plus qu’à le subir.
– Je prends un exemple concret du TCE (un de ceux -hélas nombreux- qui m’a fait bondir) : La peine de mort. Dans ce cas, la mission de cette (ces ?) convention serait d’informer que le texte ne dit pas : la peine de mort est abolie, mais la peine de mort est abolie sauf dans les cas de guerre. A chacun ensuite d’en tirer les conclusions qu’il veut.
« Quel intérêt ? Les gens n’ont qu’à lire les textes ! » m’ont déjà signalé quelques sceptiques.
J’ai pu (hélas) le constater, comme tous ceux qui ont lu ce traité constitutionnel et tous ceux qui ont eu le courage d’essayer de lire les directives européennes, les renvois sont nombreux, les tournures sont alambiquées, ce qui rend le tout souvent imbuvable. Combien de gens ont le temps, et les moyens d’aller chercher les textes de ces renvois ? Et comment peut-on réellement comprendre sans les lire ?
Je précise là qu’il n’est nullement question de s’ériger en détenteur du savoir, en « décodeurs » (Guetta) qui distillent pédagogiquement au « bon peuple » (Julliard) un quelconque savoir. Il n’y a pas de « maîtrise » là-dedans... juste un éclairage nouveau... celui de citoyens qui ne se posent pas en spécialistes, en experts, mais qui font une lecture, à leur niveau.
J’ai pu constater au cours de cette campagne, combien les gens visaient juste dans leurs analyses... même sans être des spécialistes. Avec l’information qui est à leur portée dans les livres et sur le net... Pourquoi ne pas "centraliser" cela et essayer de le mettre à la disposition de tous, voire au moins du plus grand nombre de gens possible ?
Je n’ai pas résolu la question (le problème ?) de savoir si cette (ces ?) convention doivent proposer et donc influer directement sur les « projets » auxquels elle participe. Car se pose alors le problème de la légitimité et surtout de la représentativité (ce qui justement fait problème aujourd’hui). Comment imaginer laisser à un tirage au sort, le soin de décider qui influera (influencera) le sort de millions de gens ? C’est pourquoi je m’en suis volontairement tenue à une mission consultative et informative dans cette ébauche. Si vous avez des idées précises à ce propos... vous êtes les bienvenus ! ;o)
La mise en place :
Un appel à « candidatures » citoyennes (hommes, femmes, adolescents, enfants ?) à un niveau national et/ou européen.
Pas d’élection ensuite, mais un « tirage au sort » (comme cela se passe pour des « jurés ») dans la liste obtenue.
Une place dans la « convention » pour un temps défini ( combiende temps ?), non renouvelable, qui permettrait (peut-être ?) d’éviter que les motivations s’essoufflent.
– Je pars ici du « principe » hélas vérifié -en politique par exemple, mais pas uniquement dans ce domaine-, qu’un engagement fort, dans la durée, ne tient pas la route... ou en tout cas ne tient pas dans les objectifs qui ont été fixés au départ. Que ce soit du fait des pressions qui s’exercent, des idées qui évoluent...
Du côté de l’appel à candidature, j’y vois là un bon moyen de donner enfin une place à tous ceux et celles qui souhaitent s’investir dans la vie de leur cité, mais qui ne sont quasi jamais consultés. Les lois et textes élaborés sont bien souvent à mille lieues des priorités citoyennes... pourquoi ? (J’ai bien ma petite idée là-dessus, comme vous, mais je préfère ne pas développer... ce n’est pas trop le popos ici).
Les moyens :
a) Financement :
Un financement qui permet de dégager le temps nécessaire ( ? ), à envisager sur la base d’une dotation/pension [la même pour tous] qui reste dans les limites du « raisonnable » tout en permettant de vivre, histoire de ne pas dénaturer la motivation.
– Je ne suis pas sûre de cela (la rémunération), mais l’idée est à creuser. Pour autant je sais bien que l’argent pose toujours le problème de la vraie motivation et de la professionnalisation (nécessaire ?) de la politique.
Voir à ce propos : http://www.philosophiepolitique.net...
Il vaut peut-être mieux envisager cela sous la forme d’un bénévolat, mais d’un autre côté, comment imaginer que quelqu’un puisse trouver le temps nécessaire à la participation (ou l’élaboration) d’un texte (de loi par exemple) en plus de son temps de travail ?
Est-il envisageable que les personnes concernées soient détachées (tout en continuant à être rémunérées... il faut bien vivre) un peu comme le sont des délégués syndicaux ?
b) Diffusion :
Un (des ?) site internet pour la diffusion des informations et, sous réserve d’un accord a trouver avec la presse et/ou des médias télévisés et radiophoniques (et en faisant un petit peu « pression », au nom de la légitimité d’être un acteur -actif- de la vie de sa société) , des « bulletins d’information » à caser dans leur grilles de programmes, car tout le monde ne dispose pas d’internet.
– Il n’est pas tellement coûteux d’envisager la mise en images et/ou en sons de tels « bulletins » (je suis monteuse audiovisuel, mais j’ai aussi fait de la production, je connais donc pas mal le sujet ;o) ). Il suffit pour cela de disposer d’un local a aménager à peu de frais (pièce avec fond blanc, table, chaise, etc...) d’un peu d’éclairage, d’une caméra numérique (même de type mini dv que beaucoup de particuliers ont), d’un banc de montage pour faire des bouts à bouts (un ordinateur, et une carte d’acquisition numérique suffisent) et d’un logiciel de montage qui permette de traiter aussi le son. Bref, autant de choses que de nombres de particuliers ont déjà de nos jours. OK cela risque de ne pas être très « sexy » ;o)... mais est-ce vraiment le but ?
Je pense qu’il n’est pas utopique d’imaginer que l’on pourrait trouver un créneau sur une radio ou sur une chaîne TV... En étant assez cynique (vu la façon dont s’élaborent les grilles de programme et l’absolue nécessité qu’il y a pour un "patron" de chaîne d’un retour d’audimat) on peut même avancer qu’il serait utile de saisir la balle au vol en mettant en avant le "désaveu" et l’indignation soulevés par le comportement des médias (les courriers des lecteurs, auditeurs et spectateurs sont très très nombreux...). Je pense que les gens pourraient trouver un grand intérêt à ces "bulletins citoyens" débarrassés des habituels "élites" maîtres penseurs.
La légitimité :
En fait elle découle très simplement de la composition de la convention (des citoyens), de son mode de mise en place (système des jurés) et de sa mission.
– Contributions : Quelque réponses reçues à inclure à cette réflexion
– Concernant ces "conventions citoyennes", comment s’assurer qu’il n’y a pas de tentatives de lobbying et donc de « pipage des dés » ? C’est un peu comme le soit-disant principe "de bonne gouvernance" que l’on retrouve dans le TCE et qui a d’ailleurs permis sa réalisation.
Je m’explique : les élus (supposés représenter le peuple) se déclarent incompétents sur un domaine et font appel à des "experts" du domaine. D’où sortent ces experts ? Par qui sont-ils recommandés ? En tous cas, pas par le suffrage universel. Tu imagines les dérives... D’ailleurs, tu as planché dessus.
Donc, si conventions citoyennes il y a, elles doivent être mandatées par le peuple et avoir auparavant clairement exposé les idées qu’elles vont défendre. On en revient à l’assemblée constituante.
– Election de citoyens qui présentent et défendent une idée annoncée au départ, me dis-tu ? Cela revient à créer un nouveau parti politique, non ?
Un site à voir, pour l’idée : http://www.conventioncitoyenne.com/...
– Un parti ou une association politique, oui.
Tu proposes un tirage au sort des membres de la convention. Pourquoi pas, après tout... Tu proposes également que ce soit pour un temps limité et là, j’ai des doutes.
L’idée d’un temps limité permettrait effectivement un renouvellement permanent, un apport de sang neuf et vraisemblablement un foisonnement d’idées. Mais comment conserver un fil directeur ? Qu’est-ce qui empêchera les nouveaux participants de modifier, voire de carrément supprimer, ce qu’auront élaboré leurs prédécesseurs ?
Vois-tu, plus je me creuse et plus je me cogne la tête contre les murs en sentant les limites de la démocratie.
Je crois qu’il ne faut pas se leurrer, nous vivons une guerre idéologique. Le problème, c’est que les cartes sont salement truquées. Les puissants de ce monde (les financiers, les possédants et leurs marionnettes, les politiques...) n’ont que faire de la démocratie. Contrairement à ce qu’on veut nous laisser croire, le marxisme n’a jamais été autant d’actualité. Les libéraux, eux, l’ont bien compris et bien assimilé : ils sont en pleine lutte des classes.
L’enjeu ne se situe pas au niveau d’une nation, ou d’un continent. L’enjeu est mondial. Le capitalisme se contrefout des nations, comme il se contrefout des démocraties.
Ce que je suis en train de dire - et c’est effrayant - c’est que je ne vois pas d’issue, à part une insurrection mondiale, un bain de sang et des têtes coupées. Et comme nous savons bien où et à quoi mènent les révolutions, c’est désespérant.
J’ai tenu ce type de discours très récemment à X..., qui, bien évidemment, ne partage pas mes conclusions. Lui pense qu’on gagnera à force d’éduquer, de cultiver et de sensibiliser les gens. Comme je veux quand même y croire aussi, j’adhère à X... (et c’est vrai que notre victoire - je veux dire celle du non de gauche - est porteuse d’espoir car, comme me le disait assez justement X..."nous avons gagné contre les médias"), mais putain, la route est longue et le temps nous est compté...
Ce que je crains en fait, c’est que lorsque nous serons suffisamment nombreux à souhaiter et à agir pour cette reconquête de notre citoyenneté et donc, lorsque nous serons potentiellement dangereux, la situation se durcisse. Là aussi, il ne faut pas se leurrer : nous sommes dans une ère de neo-fascisme. Neo parce que les moyens ne sont plus les mêmes (il y a 60 ans, le fascisme s’imposait à coups de crosse de fusil dans les mâchoires), mais c’est infiniment plus pernicieux. Et c’est assurément du fascisme, avec son côté populiste (du pain, des jeux et de la télé-réalité truquée), son dogmatisme (cf le 7-9 de France-Intox, cf la presse écrite...), sa police, bien évidemment, laquelle n’hésite à matraquer et humilier nos gosses lorsque ceux-ci ont l’audace de contester une réforme, laquelle encore se félicite de retrouver Sarko comme patron. Fascisme économique également : une seule théorie, un seul dogme et que le meilleur gagne.
Bref, tout cela pour dire que lorsque nous serons trop nombreux à contester et à argumenter pour une autre forme d’organisation de la société, le fascisme paternaliste changera de visage et nous pourrions bien entendre des bruits de bottes. Et comme il n’y a plus d’armée de conscription, ça pourrait être assez simple à mettre en oeuvre. A mon avis, "les matins bruns" ne viendront pas du F-N, les acteurs sont déjà en place.
Désolé, j’ai l’impression d’être un peu confus dans mon propos, mais ça reflète bien mon état d’esprit actuel...
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– Merci d’avance à ceux et celles qui m’aideront à faire avancer cette idée. A qui le tour ?
– Vous pouvez venir déposer vos remarques, critiques, avis, directement sur :
http://www.e-citoyens.org/modules/n...




