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Intérim, l’autre krach social
Le chômage explose, Pôle Emploi répond absent
L’intérim montre les premiers signes de la récessionLe chiffre de l’intérim n’a rien de confidentiel. Il est accessible en deux clics sur le site internet de l’assurance-chômage. Parce que l’intérim est très sensible à la conjoncture (il augmente quand elle s’améliore, il se dégrade quand elle se dégrade), c’est un excellent indicateur en temps réel de la situation économique. Depuis des mois, il ne cesse de se dégrader.
Pourtant, les médias en parlent peu. C’est un chiffre invisible. A l’image de la réalité qu’il recouvre. Depuis l’été dernier, depuis le retournement brutal de l’activité économique, ils sont des centaines de milliers d’intérimaires à avoir quitté leur usine, leur entreprise, leur atelier. Sans faire de bruit. Par définition, les intérimaires ne signent pas de contrat de travail avec l’entreprise qui les embauche : ils effectuent une mission limitée dans le temps et sont rémunérés par une agence (Manpower, Adecco, Crit...). Au contraire des salariés en contrat à durée indéterminée, ils ne manifestent pas, ne font pas de piquets de grève, ne peuvent pas lutter pour leur emploi. Quand l’entreprise n’a plus besoin d’eux, elle ne reconduit pas leur contrat. Leur mission s’arrête. Leurs collègues ne les voient plus. Ils disparaissent du jour au lendemain.
Combien sont-ils, ces invisibles qui ont servi de variable d’ajustement muette de la crise ? Les chiffres publiés tous les mois par l’Unedic sont effarants. Le nombre de missions d’intérim à fin avril 2009 s’établissait à 469.800. Un an plus tôt, fin avril 2008, il était de 689.800. En un an, le nombre de missions d’intérim effectuées a donc diminué de 220.000. A un plus haut historique au mois de mars 2008, ce chiffre a brusquement décroché dès le mois d’après, et ne cesse depuis de s’effondrer dans l’industrie, la construction, les services : le nombre actuel de missions d’intérim n’a jamais été aussi bas depuis onze ans.
Premiers touchés par cette destruction d’emploi : les ouvriers et les moins de 35 ans, de loin les plus gros bataillons de ceux qui se bousculent aux portes des agences. « C’est un désastre silencieux, résume François Roux, délégué général du syndicat patronal des entreprises d’intérim, le Prisme. Quand Michelin supprime 1000 emplois, ça fait l’ouverture des journaux télés. Quand des dizaines de milliers d’intérimaires sont détruits, ça fait deux lignes dans les études de l’Insee. »
La crise de l’intérim, témoin de la flexibilité du marché du travail
A elle seule, la baisse du nombre de missions d’intérim est spectaculaire. Mais ce chiffre ne donne pas encore toute la dimension du désarroi social provoqué par la crise dans les rangs des intérimaires. Car l’Unedic calcule un chiffre « en équivalents temps plein » : 220.000 temps plein ont disparu dans l’intérim en un an. Le problème, c’est que tous les intérimaires ne travaillent pas à temps plein. « En majorité, ils travaillent moins longtemps qu’ils ne le souhaitent et ont un revenu de travail irrégulier », explique le chercheur Dominique Glaymann, professeur à Paris-XII et spécialiste de l’intérim [ses travaux sous l’onglet "Prolonger"]. Moins d’un sur quatre travaille de façon continue et à temps plein. Les autres accumulent des missions ponctuelles, d’une ou deux semaines, entrecoupées de périodes d’inactivité plus ou moins longues. Leurs biographies professionnelles sont en général plutôt chaotiques, leurs revenus aléatoires.
Le nombre de personnes qui passent chaque année par la case intérim est donc bien supérieur à ce que disent les statistiques officielles. En 2008, Glaymann l’estimait à 2 millions, « deux à trois fois le nombre de missions d’intérim ». La destruction de 220.000 équivalents temps plein en un an a logiquement fait fondre les troupes : « Au moins 300.000 personnes », estime François Davy, PDG du groupe Adecco, numéro un mondial du travail temporaire. D’autres experts parlent de 500.000. Mais le chiffre est impossible à évaluer, en raison de la complexité des parcours professionnels des intérimaires.
Le recours à l’intérim a explosé depuis dix ans. Source : Unedic.
« Les intérimaires ont été les premiers touchés par la crise, analyse Eric Heyer, économiste à l’OFCE (Sciences-Po). La baisse du nombre de missions est spectaculaire parce que l’ampleur de la crise économique est spectaculaire. » « En temps normal, le marché du travail s’ajuste en trois temps lors d’une crise : d’abord les entreprises ajustent la durée du travail, puis elles réduisent l’intérim et les CDD, puis elles ont recours aux plans sociaux. Dans cette crise, le premier temps a été escamoté, en partie à cause de la loi sur les heures supplémentaires » votée par Nicolas Sarkozy en août 2007. Si les intérimaires figurent au premier rang des victimes de la crise, c’est que le recours à l’intérim a explosé au cours des dernières années. « Il y a beaucoup plus de grain à moudre, dit Heyer. En quelques années, le marché du travail est devenu beaucoup plus flexible. En 2000, 30% de tous les contrats de travail signés étaient de moins d’un mois. Au premier trimestre 2009, c’est 60%. »
Ces derniers mois, les intérimaires ont afflué aux guichets de Pôle emploi. Problème : ces chômeurs-là bénéficient moins, et moins longtemps que les autres, de l’assurance-chômage. A cause de leur parcours professionnel chaotique, il est rare qu’ils aient assez cotisé pour y avoir droit...
« On a peut-être touché le fond en terme de destruction d’activité mais l’ajustement sur l’emploi n’est pas terminé », craint Eric Heyer de l’OFCE. Cet été, de nombreux sites industriels seront fermés : autant de travail en moins pour les intérimaires, habituellement appelés en renfort l’été. Déjà, tous les professionnels du secteur pensent à la rentrée, quand 600.000 jeunes vont arriver sur le marché du travail. « Environ un jeune sur cinq qui arrivent sur le marché du travail commence par l’intérim », estime François Roux, délégué général du Prisme. A la rentrée, les intérimaires refoulés aux portes des agences Adecco ou Manpower seront encore plus nombreux.





Messages
1. Intérim, l’autre krach social, 20 juin 2009, 01:18
"Face à la misère, à la faim, au travail forcé, aux conditions de vie dégradantes qui sont faites à tant d’hommes et de femmes dans le monde, avons-nous le droit d’attendre ?", devinez de qui sont ces paroles ! De Sarkosy ! il ya quelques jours....cet homme souffre en silence pour nous, je vous le dit .