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« L’esclavage, pour être accepté, doit durer assez chaque jour pour briser quelque chose dans l’homme »

par Simone Weil

Publie le samedi 16 avril 2016 par Simone Weil - Open-Publishing
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« L’esclavage, pour être accepté, doit durer assez chaque jour pour briser quelque chose dans l’homme »

Considérations « inactuelles » à usage de ceux et de celles qui se contentent de repousser l’actuelle loi travail, au nom de la défense du code du travail. Et qui ne comprennent pas le rôle de l’assignation au travail, au-delà de la seule recherche du profit, au bénéfice du capital et de l’Etat.

« Dans la glorification du “travail”, dans les infatigables discours sur la “bénédiction du travail”, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir –, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. »

Friedrich Nietzsche, Aurore, réflexion sur les préjugés moraux, aphorisme 173, 1881.

« Tous les systèmes de réforme ou de transformation sociale portent à faux ; s’ils étaient réalisés, ils laisseraient le mal intact ; ils visent à changer trop et trop peu, trop peu ce qui est la cause du mal, trop les circonstances qui y sont étrangères. Certains annoncent une diminution, d’ailleurs ridiculement exagérée, de la durée du travail ; mais faire du peuple une masse d’oisifs qui seraient esclaves deux heures par jour n’est ni souhaitable, quand ce serait possible, ni moralement possible, quand ce serait possible matériellement. Nul n’accepterait d’être esclave deux heures ; l’esclavage, pour être accepté, doit durer assez chaque jour pour briser quelque chose dans l’homme. »

Simone Weil, Expérience de la vie d’usine, 1941.

Messages

  • Il faut avant tout discussion bien préciser les termes,le sens,sinon il est possible de parler dans le vide ou de cibler des désaccords qui n’existent pas .
    Travail contraint,travail forcé,travail obligé,travail accepté,travail decidé,travail choisi,c ’est des des différences énormes.
    ainsi dire de ceux qui luttent contre la loi kohmri :

    Et qui ne comprennent pas le rôle de l’assignation au travail, au-delà de la seule recherche du profit, au bénéfice du capital et de l’Etat.
    C’est faux,c ’est refuser de voir que ceux là aussi ne trouvent rien à défendre dans le travail contraint.
    La bataille se fait sur refuser une dégradation énorme des conditions du tavail contraint aujourd’hui,certains le savent très très bien et n’ont aucune illusions,ils savent que mêmela loi retirée,tout restera encore à gagner pour notre libération.
    Aucune illusion sur la valeur travail salarié.
    Ce n ’est pas cela qui est défendu.
    la bataille c ’est refuser cette loi.ça ne veut pas dire soumission et acceptation du servage salarié,pas du tout.
    Quant au travail,activité humaine ,coopératif,choisi,décidé collectivement,pour satisfaire les besoins humains,dans les conditions décidées par tous,c’est autre chôse qui n’a evidemment rien à voir avec un quelconque esclavage.