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LES 2 VISAGES DE SARKO (ds jeudi, hebdo lux.)

Publie le dimanche 21 janvier 2007 par Open-Publishing

France : le plébiscite « à la soviétique » du candidat de l’UMP

Les deux visages de Nicolas Sarkozy

Dimanche dernier, à la porte de Versailles, c’est un Sarkozy nouveau que la machine communicative de l’UMP a voulu promouvoir. Comme pour faire oublier qu’il est encore un ministre de l’Intérieur qui ne se prive pas de jouer des muscles quand d’immigration et de sécurité il retourne.

Le spectacle était parfait, minuté, réglé jusqu’au dernier détail, sans fausse note aucune. Ce que voulait le patron de l’UMP, désormais candidat officiel de son parti, c’était un plébiscite sans couac. Il l’a eu.

Un à un, ceux qui se posaient des questions sur ses compétences et son talent de rassembleur de la droite, voire qui lui étaient ouvertement hostiles, ont rengainé leurs armes.

Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie et les autres ont dû se résoudre à l’évidence. Leur bataille contre Nicolas Sarkozy ne pouvait se terminer que par un échec cinglant. Même les pires ennemis intimes du ministre de l’Intérieur, à savoir le président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré, à qui Jacques Chirac a promis la présidence du Conseil constitutionnel, et, surtout, le Premier ministre Dominique de Villepin ont dû, à leur manière, passer sous les fourches caudines. Si Nicolas Sarkozy peut se prévaloir d’une chose, c’est, qu’à l’instar de Ségolène Royal ayant réussi à barrer la route aux éléphants du parti socialiste, il a su survivre aux estocades de tous les caciques de sa famille dont les voix, une à une, ont fini par tomber dans son escarcelle. Certes, ni Villepin ni Debré (comme 30% des militants de l’UMP) n’ont participé au vote, mais l’essentiel était de ne pas les avoir contre soi. Du coup, si suspense il devait y avoir à droite, la seule personne qui peut encore l’orchestrer est le patron des patrons, à savoir le président de la République.

Jacques Chirac est, en effet, le seul à ne pas avoir encore abattu ses cartes quant à ses intentions. Vouant une haine à peine voilée à Sarkozy, il a cependant vu ses fidèles faire défection, le coup le plus dur ayant sans doute été porté par Alain Juppé, pourtant son dauphin avant sa disgrâce éphémère. Entouré d’une garde rapprochée aux rangs clairsemés, le président sortant n’a cependant plus aucune cartouche dans son fusil. Même les Français ne veulent pas de lui, comme le montrent les sondages. Il se complaît dès lors en gesticulations spectaculaires pour, au moins, sortir la tête haute de son deuxième mandat.

Il faut dire que Nicolas Sarkozy, contrairement à Ségolène Royal, n’a pas eu trop de mal à s’imposer, le seul véritable challengeur, Dominique de Villepin, s’étant tiré une balle dans le pied avec l’affaire des CPE et, sans doute aussi, avec l’embrouille autour des listes pipées de Clearstream. Carte maîtresse dans la stratégie chiraquienne de mainmise sur le pouvoir, il a très tôt dilapidé son capital de sympathie, ouvrant un boulevard à son ministre de l’Intérieur.

La carte de la mue

Ce dernier, après ses dérapages des mois écoulés, s’est voulu, dans son discours d’intronisation de dimanche dernier, étonnamment modéré, oubliant ses avances à l’électorat de Le Pen, emmitouflant ses propositions dans un manteau humain et social. Bien conseillé par ses communicateurs, il a donc joué la carte de la mue.

« J’ai changé », a-t-il martelé à plusieurs reprises, comme pour se dire à lui-même que jusque-là, il aurait pu faire fausse route. En invoquant ses déboires personnels, ses souffrances, son passé d’immigré, ses doutes et « cette part d’humanité » enfouie en lui pour ne pas montrer ses faiblesses, il a réussi à arracher mainte larme à l’assistance, mais a surtout fait oublier qu’au ministère de l’Intérieur – qu’il n’a pas l’intention de lâcher de sitôt –, cette métamorphose n’est nullement palpable.

Ce que la France a pu entendre, dimanche dernier, c’est un double renouvelé de Nicolas Sarkozy, cohabitant en lui, avec cet autre « Sarko » qui demande à ses policiers de faire du chiffre dans leur traque des sans-papiers, pourtant les plus vulnérables parmi les vulnérables. Il y aurait donc un Dr Nicolas et un Mr Sarkozy, le ministre de l’Intérieur au discours musclé et le candidat à la présidentielle aux propositions humaines. Un double se doublant d’un patron de parti, puisque, tout en prétendant vouloir rassembler la France entière (n’a-t-il pas appelé les déçus de Jean Jaurès et de Léon Blum à rejoindre son drapeau ?), il n’a, à aucun moment, fait mine de vouloir quitter la tête de l’UMP.

Rarement on aura vu, en France, un candidat cumuler autant de casquettes qui, quoique provisoires, permettent à Nicolas Sarkozy de mettre en scène plusieurs visages afin de rafler une mise électorale plus large. À ceux qui lui reprocheront sa froideur, il opposera son discours d’intronisation. À ceux qui l’attaqueront pour son laxisme, il répondra avec les arguments du ministre de l’Intérieur. Cette dualité ne pourra certes pas durer infiniment, mais tout indique que le candidat de l’UMP entend s’en servir le pus longtemps possible.

Là où le bât blesse c’est que, et les chiffres sont implacables, le bilan, y compris au niveau de la délinquance, n’est pas aussi brillant qu’on veut le faire croire. Au-delà des simagrées, les résultats sont maigres. Et, qu’il le veuille ou non, le grand handicap de Nicolas Sarkozy, dans la bataille qu’il vient d’engager, c’est d’être lesté d’un bilan gouvernemental désastreux doublé, lui, d’une criante crise de confiance des Français. Un cocktail qui pourrait réserver mainte surprise lors du scrutin d’avril prochain.