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La Mondialisation, sa nature, ses dévots et ses profiteurs.

par Paul Saint-Sernin

Publie le jeudi 5 mai 2016 par Paul Saint-Sernin - Open-Publishing

La Mondialisation, sa nature, ses dévots et ses profiteurs.

Je suis frappé du rôle assignée à la Mondialisation dans le débat public. Elle est souvent présentée comme une donnée immanente, intangible, comme un phénomène de nature, une variété d’ouragans en continue sur lequel les sociétés humaines et les pouvoirs politiques ne pourraient rien et n’auraient aucune influence.
Vous voulez améliorer le niveau de vie des salariés en France et créer un Droit plus protecteur adapté aux conditions du XXI me siècle. « Horresco referens » ! Vous n’y pensez pas ! La Mondialisation ne le permet plus !
En fait celle-ci ne permettrait qu’une seule chose, la mise en concurrence accrue de tous contre tous et une spirale à la baisse constante du coût du travail ; en fin du compte la Mondialisation aboutirait dans les pays ayant atteint un certain niveau de développement à une tendance à la déflation, à la sous-consommation de masse et à la stagnation de long terme.
Ce n’est pas étonnant dans ces piteuses circonstances que cette Mondialisation présentée et perçue à la fois comme une « fatalité » et un nouvel « impératif catégorique » ait mauvaise presse parmi nombre de Peuples Européens, surtout ceux qui sont placés du « côté obscur de la force » et du « mauvais côté du manche ».
Or qu’est-ce que cette fameuse Mondialisation qui s’est développée sans freins ou plutôt en arasant toute protection et depuis les années quatre-vingt toute velléité sociale de mieux vivre, en s’efforçant souvent avec succès de faire sauter toutes les protections douanières et les protections normatives ?
Ce n’est pas, contrairement à ce qui nous est conté, un développement économique spontané, c’est une « construction sociale » voulue par l’aéropage des dirigeants des multinationales, des hauts technocrates des Etats qui s’auto- congratulent à Davos et dans d’autres lieux.
Je note le parallèle existant entre les débuts de la Révolution industrielle en Grande Bretagne ou le choix du « libre échange » fut fait contre les paysans pauvres en réalisant l’ « enclosure act » qui rendit impossible le maintien dans les campagnes de cette paysannerie pauvre.
Or depuis la fin de la convertibilité or/dollar décidée par Nixon en 1971, la « Mondialisation » n’a été nullement produite par des phénomènes économiques spontanés mais fut construite institutionnellement, socialement et juridiquement par des politiques dites de « libéralisation », de « libre circulation » des capitaux et des transactions financières et d’internationalisation des emprunts d’Etat débouchant sur la destructions des protections anciennement conférées aux classes moyennes et dont bénéficiaient pour partie le salariat dominé.
Le dernier épisode de cette construction juridico-sociale de cette « mondialisation » est le fameux traité de « libre échange » dit TAFTA.
Cette « mondialisation » voulue et imposée par les classes dirigeantes qui en ont retiré et en retirent de grands bénéfices a eu pour effet, et ce n’est pas mince, le développement et la sortie de la pauvreté de millions de personnes dans les anciens pays du Tiers Monde devenus les « BRICS », mais elle s’est répandue comme un feu de prairie privilégiant une forme de « Turbo-Capitalisme » destructeur de la nature et négateur des différences des modes de vie particuliers de chaque Peuple et de chaque Nations.
Un tel développement porteur de crises de surproduction et de bulles financières aurait pu avoir lieu à un rythme beaucoup plus modéré en gardant une partie des protections réglementaires anciennes. Mais cet emballement a été le fruit de l’avidité Humaine et du besoin d’enrichissement excessif et de cet « hubris » de pouvoir » des classes dirigeantes qui ont exclusivement appuyé sur l’accélérateur sans prendre garde à ses conséquences écologiques, économiques et sociales dévastatrices.
Ce sont des choix qui ont été opérés et non un quelconque « fatum » ou une loi naturelle poussant à un sur développement économique de longue durée. La preuve en est qu’en période de ralentissement dans les pays du « centre » il faut désormais user de « dopage monétaire » et de cette mise sous tente à oxygène que constitue le « quantitative easing ».
D’ailleurs lorsque l’on observe les sciences de la nature, l’état intrinsèque qui prévaut relève plus de la « répétition cyclique » et des saisons lesquelles supposent que soit atteint un « équilibre » de long terme pour la survie des espèces que de cet état et ce régime non viable sur le long terme que l’on peut nommer « accélération perpétuelle ».
Nous touchons là, aux limites fondamentales scientifiques et philosophiques de la survie Humaine sur le long terme. Cependant ce n’est qu’en rupture des voies de la survie de long terme que les maîtres du Monde ont privilégié ce modèle de « turbo capitalisme » voulu par une minorité qui veut trop bien vivre aux dépens de la Nature et du reste de l’Humanité.
Il faudra bien, prochainement entreprendre de freiner et de tempérer cette mondialisation et de redonner une chance aux « circuits courts » et aux « re localisations ». Il faudra aussi donner à l’économie de nouveaux critères fondés sur le « mieux vivre » plutôt que celui du PIB qui ne mesure que les « plus avoirs ».
Arnaud Montebourg avec son concept de « dé mondialisation » avait eu une intuition bienvenue et porteuse, hélas insuffisamment maturée et préparée et surtout trop vite galvaudée en 2012 et 2014 en « nationalisme économique » du genre : « achetez Français ! » lorsqu’il fut ministre de l’économie.
Il est vrai que François Hollande qui avait été contraint de l’appeler et ce néo-libéral pathologique de Moscovici ainsi que les technocrates de Bercy ne lui firent aucun cadeau et le poussèrent avec constance « à la faute » ! Cela sera une nouvelle « construction sociale » et une nouvelle « grande transformation » qui ne pourra être effectuée qu’après une élévation généralisée du niveau de conscience et par des choix conscients et débattus démocratiquement. Cette voie de sagesse et de mesure est probablement le programme à bâtir ensemble le nouveau socialisme du XXI me siècle.
Paul Saint-Sernin (Historien et économiste, Toulouse)