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La gauche saura-t-elle combattre intelligemment le Front national ?

lundi 14 mars 2011 - Contacter l'auteur - 2 coms

« LE » sondage Harris Interactive plaçant Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour l’élection présidentielle, a mis le microcosme de la politique institutionnelle en ébullition. Un tel émoi serait compréhensible si, à quelques jours du deuxième tour de cette élection, un sondage pronostiquait une victoire de la dirigeante du parti d’extrême-droite. Nous n’en sommes pas là.

Une pseudo-machination sondagière
Les professionnels de la politique s’étranglent à propos d’un sondage qui a eu lieu plus d’un an avant le scrutin, il est vrai selon des modalités assez fantaisistes :

- Un sondage « omnibus » (des questions politiques de nature diverse ont été posées aux sondées) ;

- Des questions portant sur des candidatures non déclarées et aléatoires et sur un échantillon aux contours indéfinis.

La marge d’erreur de ce type de sondages nécessite de prendre ce résultat avec de solides pincettes. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas accompagner tous les résultats des sondages actuels de la même mise en garde solennelle ? Est-il légitime d’hurler au sondage bidonné dans un cas et pas dans un autre ?

Que les sondophobes les plus radicaux aillent jusqu’au bout de leur raisonnement : si des sondages bâclés jettent le discrédit sur cette activité et font peser une menace intolérable sur la démocratie, qu’ils demandent alors l’interdiction de tous les sondages politiques !

Notons bien que dans 99% des cas, le personnel politique, de la gauche radicale à l’extrême-droite, ne critique pas les sondages. Au contraire, celui-ci les décortique et s’y réfère constamment. Il existe donc en la matière des
indignations sélectives et étonnantes. Raison de plus pour tourner la page de cette pseudo-machination sondagière, et se pencher sur la question que certains continuent d’ignorer : le FN, plus que jamais, représente un danger majeur.

Combattre l’imposture du FN
Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy est catastrophique et le rejet de sa personne est patent. Sa seule chance de réélection passe par une droitisation à outrance des débats à venir. Le projet (heureusement abandonné) de déchéance de la nationalité pour les citoyens naturalisés meurtriers de policiers ou le débat douteux sur l’islam et la laïcité, donnent un avant-goût de ce que sera sa campagne présidentielle.

Sarkozy martèlera les thèmes de sécurité et d’ordre en espérant évincer la gauche des débats et gonfler le score frontiste. Il tentera de manufacturer une réédition du 21 avril 2002, planche de salut pour assurer sa réélection. Pour cela, il ira chasser sur les terres traditionnelles du FN : l’immigration, l’islam et créera des « guerres culturelles », celles qui dressent les populations contre des bouc-émissaires.

Cette stratégie lui avait réussi en 2007. Il avait débordé sur sa droite un Jean-Marie Le Pen vieillissant. Son méta-récit de droite dure contenait cependant un sous-récit « de gauche » (référence à Jaurès, promotion du travail et critique du capitalisme « immoral ») qui exploita avec succès le positionnement réac de Ségolène Royal (promotion du drapeau, création de « camps » pour les primo-délinquants).

La Gauche doit sortir du piège
Devant ce danger fatal, que doit faire la gauche ? D’abord, sortir du piège dans laquelle elle se débat à présent.

Marine Le Pen serait en tête dans les sondages ? So what ? En quoi la dénonciation de sondages « bidouillés » va-t-elle faire reculer le danger frontiste ? Il s’agit d’une réaction « savante » sans influence sur nombre
d’électeurs. Ce discours défensif peut même cristalliser, par réaction de défiance, un vote frontiste évanescent. C’est une bonne raison pour s’abstenir de commenter les sondages en général. Les forces de gauche doivent prendre la juste mesure du péril frontiste.

Celui-ci n’est pas virtuel mais réel. Des facteurs objectifs indiquent une croissance quantitative et qualitative de cette formation. Le FN est le parti qui profite le plus de la crise capitaliste actuelle. La gauche, pour des raisons tactiques et politiques, n’est pas parvenue à imposer ses idées après le discrédit du néolibéralisme.

L’échec du mouvement contre la réforme des retraites l’a placée sur la défensive. La fragmentation sectaire de la gauche radicale et l’exercice nombriliste des primaires au PS, laissent au FN toute latitude pour développer un discours « social ». Marine Le Pen joue très adroitement la partition d’un FN interventionniste et « étatiste ».

Elle exacerbe astucieusement l’interprétation dominante de la laïcité, en articulant un discours catho-communautariste qui nourrit une islamophobie ambiante. Le projet économique du FN qui vilipende la « finance mondialisée », peut être perçu par certains comme un compromis entre une politique nationaliste et socialiste.

Ni candidate fasciste, ni candidat du FMI !
Il va de soi que ce positionnement « de gauche » du FN n’est qu’une posture et une imposture. Mais la faiblesse de la gauche, le ralliement troublant de syndicalistes cégétiste et de FO au FN, ou encore le leadership « apaisé » de Marine Le Pen (qui présente le gros avantage d’être une femme et de ne pas être… son père), expliquent
en partie la percée frontiste.

On le voit, dénigrer les sondages favorables au FN ou son programme « farfelu » ne sera d’aucun secours à la gauche tant que celle-ci n’apparaîtra pas aux yeux des électeurs comme une force unitaire et égalitaire.

Que faire, ou plutôt que faut-il éviter de refaire ? Côté PS, revenir sur le tournant sécuritaire amorcé lors du colloque de Villepinte en octobre 1997, mis en pratique par Lionel Jospin en 2002 et Ségolène Royal en 2007.

Dans « socialisme », il y a « social ». Il est grand temps pour ce parti de s’en souvenir. Ceci implique le rejet d’une candidature DSK, quoi qu’en disent les sondages, car ce candidat putatif pense comme Sarkozy (réforme des retraites, réduction des dépenses publiques, austérité salariale). Côté gauche radicale, il est crucial de se doter d’un candidat unitaire, qui représentera la gauche anticapitaliste (LO, NPA, Front de gauche, gauche écologiste).

Seul un PS ayant rejeté le blairisme à la française de DSK pourrait éviter de rééditer les contre-performances de 2002 et de 2007. Une gauche radicale unie derrière un candidat rassemblerait une part importante de l’électorat qui ne voit plus dans le PS une force de transformation sociale. Les grandes victoires de la gauche
sont survenues quand elle était unie et prête à en découdre sur le plan social. C’est ce qu’elle doit faire pour gagner en 2012, à défaut de quoi la réaction lepéno-sarkozyste s’abattra une fois de plus sur le salariat.

Mots clés : Partis politiques / Philippe Marlière / Présidentielle 2012 /

Messages

  • Le FN a rendu de grands services politiques à Mitterrand et au PS. Pour faire accepter la politique de casse industrielle et de chômage de masse, le PS de l’union de la gauche, avec la complicité objective du PCF, a sorti le FN de sa dimension groupusculaire qui le maintenait à 2 ou 3% des élections nationales. La gauche s’est alors épuisée à combattre la montée électorale et politique du racisme et du fascisme.

    Lui demander de combattre "intelligemment" n’a aucun sens.

    Combattre suffirait. Il faudrait pour cela un programme clair, campé sur des positions de gauche fermement anticapitaliste, prévoyant une rupture nette avec ce système d’exploitation et même de surexploitation.

    Or, où voyons-nous un tel programme ? Au PS ? Au PCF ? Au Front de gauche ? Même le NPA n’est pas crédible, intelligible ni même audible, enfermé perpétuellement dans ses préoccupations internes qui fait de sa politique un ésotérisme d’initiés, en marge de la société, du peuple et des travailleurs.

    Il n’y a, de fait, aucune opposition au FN, la preuve par le FN lui-même. Ajoutons que le FN est fortement et lourdement médiatisé de façon à le faire passer pour un mouvement contestataire et d’opposition.

    C’est un phénomène surprenant que celui d’une gauche totalement absente du terrain des luttes sociales, idéologiques et politiques. L’avenir proche, en France, est mal barré. Surtout que les "révolutionnaires" se satisfont de querelles de chapelles, flattant leur image narcissique, ce qui donne à penser que de vrais révolutionnaires ne sauraient être si nombrilistes. On atteint un seuil d’autisme pour le moins symptomatique...

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