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La gratuité des musées siglée UMP est un leurre

Publie le dimanche 1er avril 2007 par Open-Publishing
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La mesure généreuse inscrite dans le programme présidentiel de l’UMP masque la volonté d’une libéralisation croissante de la gestion des musées.

Dans une récente interview au Monde (1) où il se déclarait candidat à sa propre succession en cas de victoire de Nicolas Sarkozy, Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, s’est prononcé pour la gratuité dans les musées nationaux… après l’élection présidentielle. Opposé au principe jusque là, à l’instar d’Henri Loyrette, président du Louvre, la raison de sa conversion est à chercher dans le programme UMP où la mesure est inscrite noir sur blanc (2). C’est le prix d’une ambition.

L’accès libre aux musées publics est l’une de nos revendications depuis notre mobilisation, fin 2004, pour le rétablissement de la gratuité accordée aux artistes et aux enseignants, que le Louvre cherchait alors à supprimer. Nous avons que, selon toutes les études, le droit d’entrée n’est pas le frein principal à la venue dans les musées d’une population, par éducation, réfractaire. Mais qu’est-ce qui justifie d’en maintenir encore le principe pour des œuvres déjà acquises par l’Etat, si ce n’est par l’idée élitiste que la culture doit se mériter par son prix ? d’autant que l’on sait que l’apport des droits d’entrée pour les musées reste marginal. Même au Louvre où la billetterie génère moins d’un quart des recettes globales, pour un tiers d’entrées gratuites. C’est d’ailleurs ce qui a incité Bertrand Delanoë à rendre gratuits tous les musées parisiens en 2001, suivis depuis par des villes de province.

Mais, la gratuité des musées publics, ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est aussi et surtout le partage d’un "héritage collectif", comme l’a démontré Claude Fourteau. Faut-il rappeler que les musées français ont été gratuits dès leur origine sous la Révolution. Jusqu’en 1922 où, sous le prétexte d’en chasser "les vagabonds", ils devinrent payants malgré l’opposition d’ artistes socialement engagés comme Rodin ou Carrière pour qui, cela était "antidémocratique". Toutefois, les musées nationaux sauvegardèrent toujours une parcelle de gratuité - le dimanche - supprimée par Jack Lang pour être rétablie une fois par mois par Philippe Douste-Blazy.

La gratuité, enfin, pour la pratiquer nous-même, c’est établir un rapport libre à l’oeuvre, sans souci de "rentabiliser" sa visite, en échappant au "tout voir à tout prix et à toute allure". C’est la chance d’une rencontre fortuite entre un visiteur et une part de culture qui serait peut-être sinon resté pour lui inconnue.

Alors pourquoi ne pas nous réjouir à la perspective de savoir les musées peut-être bientôt offerts à tous ?

Parce que la gratuité siglée UMP s’avère être un leurre. En premier lieu, parce qu’elle ne s’accompagne d’aucun programme de sensibilisation au musée, ni d’aucun renforcement du personnel pourtant en première ligne. Le ministre évalue la mesure à 145 millions d’euros sans plus de détails. Financée "en augmentant les ressources du mécénat" selon l’ UMP. En réalité, la mesure "authentiquement populaire" sert de paravent à la volonté d’augmenter "l’intervention privée" dans la gestion des musées, comme son programme l’indique clairement : " Lever tous les obstacles au mécénat […] en fixant des obligations de résultats aux établissements publics culturels pour l’association de partenaires privés."

Que cela peut-il signifier alors que pour Jacques Rigaud, président de l’Admical, association référence dans le domaine, " le statut juridique et fiscal du mécénat en France est actuellement comparable à celui de nos voisins." (3) ? En effet, la Loi Aillagon de 2003, a augmenté les avantages fiscaux pour les entreprises mécènes, leur accordant notamment des réductions d’impôt de 60 % à 90 % du montant consacré à leurs actions. Que faire de mieux ? Et qu’ont encore à voir ces grands groupes sans visage avec les riches philanthropes d’autrefois amoureux des arts ? Groupes pour qui le mécénat n’est qu’opération de communication visant à valoriser leur image et acquérir une honorabilité pas forcément méritée pour gagner de nouveaux clients ?

Le mécénat en France devrait être autant développé que dans les pays anglo-saxons ? Le partisan n°1 du mécénat poursuit : "Pour les chiffres, nous sommes encore en dessous et heureusement : c’est le signe que l’État ne se désengage pas ". En effet, c’est la plus sûre garantie de la préservation du rôle plein et entier des musées publics : conserver, faire connaître, transmettre.

Ainsi, plus inquiétante, l’idée de leurs "fixer des obligations de résultat" en terme de mécénat. Les grands musées français sont soumis depuis peu à des obligations pour leurs ressources financières. Ce qui amène déjà des dérives préjudiciables à leurs missions scientifiques. Comme à Versailles où on assiste à une confusion des genres des plus choquantes et à des pratiques des plus contestables.

Exemple, le nom "Marie-Antoinette" a été déposé en tant que marque commerciale. L’exploitation qui en est faite n’est pas mise au service de la connaissance du personnage historique, ni de la valorisation du patrimoine qui s’y rapporte, mais ceux-ci servent d’argument de vente pour des produits à l’historicité mensongère : commercialisation d’un parfum et plantation d’une vigne pour vendre un vin du nom de la souveraine présentés abusivement l’un comme une reconstitution, l’autre comme une restitution. Là-bas, les exemples de faux-semblants ne manquent pas. On ment au public. Sans parler des atteintes au patrimoine lui-même : priorité est donnée aux réalisations tout autant inutiles que spectaculaires pendant que des œuvres se détériorent dans l’indifférence (4).

Voilà quelques conséquences de la pression exercée sur les musées pour accroître leur autonomie financière. Non, un musée public ne peut être une entreprise comme une autre. L’application d’une idée aussi généreuse que la gratuité pour tous ne peut servir de caution pour dénaturer leurs missions en en privatisant peu à peu la gestion.

Bernard Hasquenoph, Louvre pour tous, pour l’accès libre aux musées publics
http://louvrepourtous.site.voila.fr/

(1) Renaud Donnedieu de Vabres : « Je souhaite rester ministre de la culture », Le Monde, 04/03/07
(2) Proposition sur la culture, programme UMP
(3) "Les entreprises, nouveaux mécènes de la culture", Sabine Gignoux, La Croix, 15/12/06
(4) Lire, à ce sujet, l’article récent et édifiant de Didier Rykner "Domaine de Versailles ou Versailles-land ?" sur latribunedelart.com

Messages

  • Effectivement, la gratuité financée par le "mécénat" est un leurre.

    Le terme même de "mécénat" est un leurre, puisque le véritable mécénat implique le désintérêt économique du mécène.

    Le COLLECTIF POUR LA GRATUITE AUX MUSEES NATIONAUX avait, dès 2004, revendiqué l’arrêt total du mécénat dans les financements des musées publics, ainsi que la gratuité pour tous.

    Il existe dans la dérive marchande que nous observons une responsabilité établié des directions syndicales censées défendre le service public.

    Hélas, la CGT Culture, et la CGT du Louvre en particulier, n’ont pas une position analogue : la CGT culture est sur une ligne de négociation, plutôt que sur une ligne de contestation de ces politiques culturelles de marchandisation.

    Du côté des syndicats enseignants, si le SNUIPP (1er degré) avait lancé une pétition, le SNES (2nd degré) n’a founi aucun moyen crédible (pas même une simple pétition pour informer les professeurs !) pour réussir à mobiliser les enseignants face à la mesure du Louvre de suppression de gratuité pour les enseignants.

    Les syndicats du groupe TOTAL, et en premier lieu la CGT TOTAL se félicitent que les salariés de TOTAL, le magnifique "mcécène" TOTAL, ait pu "offrir" la gratuité du Louvre aux salariés de TOTAL. Nous nous félicitons également de la gratuité "offerte" aux salariés du groupe TOTAL, mais remarquons que les élèves des écoles, des collèges et des lycées ne bénéficeront pas de l’érudition des salariés de TOTAL....pendant ce temps, la CGT du Louvre a consenti à la suppression de la gratuité accordée jusqu’en 2004 aux enseignants (absention lors du vote en Conseil d’Administration)....

    La lutte pour la gratuité pour tous doit maintenant continuer sur des bases claires :
    REFUS ABSOLU DU PRIVE DANS LE FINANCEMENT DU SERVICE PUBLIC !