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Le gouvernement autorise Paris-Dauphine à sélectionner ses étudiants

mercredi 3 mars 2004 - Contacter l'auteur - 1 com

En accordant à cette université spécialisée dans l’économie et la
gestion le statut de "grand établissement", Luc Ferry lui permet de
"choisir" à nouveau ses candidats en première année.
Luc ferry repasse par la petite porte. Contraint d’abandonner en
novembre son projet de loi de modernisation des universités, le ministre
de l’éducation nationale a présenté en conseil des ministres, mercredi
25 février, un décret qui reprend une des dispositions les plus
contestées par les syndicats d’étudiants : l’autorisation accordée à
l’université Paris-IX (Dauphine) de sélectionner en toute légalité ses
étudiants de premier cycle.

Le décret prévoit en effet de lui octroyer le statut de "grand
établissement" sur le modèle de Sciences-Po, de l’Institut national des
langues et civilisations orientales (Inalco) ou de l’Ecole des hautes
études en sciences sociales (EHESS), ce qui lui permettra de déroger
très officiellement au principe de non-sélection des bacheliers. A cette
occasion, Paris-IX changera de dénomination en devenant l’"université de
technologie en sciences des organisations et de la décision de
Paris-Dauphine".

Luc Ferry avait annoncé depuis plusieurs mois son intention de régler la
situation de cette université. Depuis sa création, Dauphine, spécialisée
dans l’économie et la gestion, se distinguait des autres universités par
une sélection des candidats en première année - ce que l’université
présente officiellement comme une "orientation sélective" : au lieu
d’accueillir tous les bacheliers qui en faisaient la demande, elle
sélectionnait sur dossier ceux qui présentent un profil jugé
satisfaisant. Quelque 5 000 candidats se présentaient ainsi pour un
millier de places en première année.

Mais une série de décisions de justice avaient contraint Dauphine à
revenir sur ces pratiques : en 2002, 72 étudiants initialement refusés
ont dû être acceptés après avoir déposé des recours devant le tribunal
administratif de Paris. "Juridiquement, la position de Dauphine était
indéfendable", explique l’entourage de Luc Ferry, en référence à la loi
sur les universités de 1984 qui interdit toute sélection à l’entrée des
premiers cycles. Face au risque d’une multiplication des recours,
Dauphine a alors décidé de revenir, pour l’année 2003-2004, sur le
principe de la sectorisation du recrutement en acceptant tous les
candidats issus de son secteur (17 des 20 arrondissements de Paris et 10
communes de l’Ouest parisien).

Le décret présenté par Luc Ferry permet à Dauphine de retrouver sa
singularité en obtenant une régularisation de ses pratiques sur le plan
juridique. "Le statut de grand établissement permettra de renforcer
l’identité de l’établissement en pérennisant son projet scientifique et
pédagogique et de donner un nouvel élan à ses activités et à son
rayonnement international", précise le compte-rendu du conseil des
ministres.

"Cette évolution est essentielle : le changement de statut permet de
conforter et de stabiliser juridiquement le projet particulier de
Dauphine", affirme le président de l’université, Bertrand de
Montmorillon. Sur le plan de la gestion, en revanche, le changement de
statut, applicable dès la prochaine rentrée, ne devrait pas apporter de
modification fondamentale.

Le ministère de l’éducation assure notamment que l’université n’en
profitera pas pour augmenter le niveau des droits d’inscription en
premier cycle. Il réfute par avance toute volonté d’étendre la sélection
à d’autres universités.

"Le cas de Dauphine est une exception. Il n’y a aucun risque de
contamination", assure l’entourage du ministre de l’éducation nationale
en insistant sur les missions spécifiques de Dauphine, une université en
concurrence directe avec les grandes écoles.

Très remontée, l’UNEF, syndicat d’étudiants majoritaire, classé à
gauche, parle d’un "scandale". "Ferry crée un précédent assez grave :
Dauphine est une université qui a essayé de passer en force sur la
sélection des étudiants et qui, in fine, arrive à ses fins",souligne
Yassir Fichtali, secrétaire général du syndicat. Pour l’UNEF, qui a
toujours fait de l’opposition à la sélection un de ses principaux
combats, cette décision risque de déboucher sur une remise en cause du
service public et sur un "système d’universités à deux vitesses".

LE MONDE

Mots clés : Ecole-Université / Economie-budget /

Messages

  • Les affirmations comme quoi cette décision du gouvernement est "une des dispositions les plus contestées par les syndicats d’étudiants" ou encore que l’UNEF est le "syndicat d’étudiants majoritaire" sont erronées. Ces informations sont effectivement correctes au niveau national, mais au niveau de Dauphine (université ayant l’un des plus fort taux de participation aux élections étudiantes) l’UNEF est loin d’être majoritaire (c’est en fait la liste qui a obtenu le plus petie score). La majorité des étudiants de Dauphine se sont réjouis de cette décision qui conserve la valeur de leurs diplômes et affirme la pluridisciplinarité de l’université.

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