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Le nouveau Charlie et l’ancien (l’usurpateur)
Publie le jeudi 16 mars 2006 par Open-Publishing5 commentaires
de Bernard Langlois
Je ne voudrais surtout pas laisser croire à ce « lecteur enthousiaste de Politis et de Charlie », et désolé de « la guéguerre » que le premier mènerait, selon lui, contre le second, qu’il y a là quelque affaire personnelle, comme il en semble persuadé. « Je regrette, écrit-il, de voir Politis se livrer à une guerre de personnes, car derrière ces attaques il y a avant tout la mésentente entre Langlois et Val, ce depuis le référendum. »
Alors mettons les points sur les i. Je connais à peine Philippe Val. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1981, en compagnie de son compère d’alors Patrick Font, sur le plateau d’Antenne 2. Ils m’avaient contacté pour se plaindre de l’ostracisme où les tenait alors la télévision et ils me doivent leur première intervention en direct dans un journal télévisé, à l’occasion d’un de leurs spectacles. Bonjour, interview, chanson, merci, bonsoir.
J’ai revu Val beaucoup plus tard, en 1998, lors de la réunion, au siège du Diplo, des tout premiers fondateurs d’Attac, où nous étions conviés lui et moi par Bernard Cassen. Nous avons dû nous croiser encore une ou deux fois, lors de quelque salon du livre. Point barre. Je connais un peu mieux deux ou trois membres de l’équipe : Siné, Cabu, Willem. Mais je crois n’avoir jamais manqué un seul numéro de Charlie, ni, avant, d’Hara-Kiri Hebdo.
C’est du reste le fameux « Bal tragique à Colombey » qui m’a valu ma première prise de bec sérieuse avec mon patron de l’époque, à Europe n° 1, en novembre 1970 (1). J’y étais chargé d’un journal du matin, à dominante politique intérieure, et j’avais expliqué à mes auditeurs comment, en France, on s’y prend pour couler un journal en l’interdisant d’affichage et de vente aux mineurs (Wolinski doit s’en souvenir : réveillé par mes soins à 5 h du mat’, il avait d’abord raccroché furieux en croyant à une blague ; re-sonné derechef, il avait alors lui-même rappelé la station et balancé à l’antenne des commentaires peu amènes pour le régime pompidolien...).
Je m’étais fait remonter les bretelles, faisant valoir pour ma défense que l’interdiction d’un journal me semblait avoir sa place dans un bulletin politique. Deux jours après, la disparition d’Hara-Kiri faisait l’objet des éditos de Daniel dans L’Obs et de Giroud dans L’Express, ce qui me dédouanait... Cela pour vous dire, cher lecteur, que j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour ce journal et sa talentueuse équipe. À l’époque, Val était inconnu au bataillon.
Le nouveau Charlie
On saute les années. 1991 : Charlie Hebdo première époque est mort depuis longtemps de sa belle mort. Sort, à l’occasion de la première guerre du Golfe, un nouvel hebdo satirique, La Grosse Bertha. Il disparaît un an plus tard, par implosion de l’équipe, où Val vient de faire ses débuts de journaliste. C’est alors que le même Philippe Val, avec la complicité de Cabu et de Cavanna, récupère et relance le titre Charlie Hebdo, avec une partie de l’ancienne équipe de la Bertha et les anciens de l’équipe d’Hara-Kiri.
Le professeur Choron (Georges Bernier) tente en vain de s’opposer à ce qu’il considère comme une usurpation. La mayonnaise prend. Charlie est mordant, drôle et publie quelques bonnes enquêtes et bons reportages. Mais on s’aperçoit vite que ça ne rigole plus comme avant ! Val se révèle un patron de droit divin, qui exclut ou pousse au départ tous ceux qui n’ont plus l’heur de lui plaire (2). Entouré de quelques féaux, il gère et organise le journal à son bon plaisir. Et ce journal dérive de plus en plus dans un politiquement correct, à cent lieues de l’anarchisme foutraque du Charlie historique.
Il est clairement en croisade, comme le prouve cette semaine encore la publication de ce grotesque « manifeste des douze », complaisamment repris par L’Express, et où Val accole sa signature à celle de BHL, qu’il traitait il y a encore une dizaine d’années d’« Aimé Jacquet de la pensée » (3). Le la est donné chaque semaine dans les longs éditos filandreux du boss, émaillés de références philosophiques absconses et d’hymnes exaltés à la démocratie. Les « petits » de la bande font le gros dos, faut bien croûter.
Les grands féodaux (Siné, Willem, Wolinski, Cavanna...), intouchables et en fin de carrière, se contentent de gérer chacun son pré carré. Tout à sa soif de reconnaissance sociale, Val réussit son entrée dans le cercle fermé des chroniqueurs reconnus du système médiatique, avec rond de serviette dans les studios de radio et les plateaux de télé. La légion d’honneur est pour bientôt. Il est loin, le temps de l’ostracisme !
Le contrebandier
Alors, voyez-vous cher lecteur, il n’y a rien de personnel là-dedans. Tout est politique. Et ça ne date pas du référendum sur la constitution, où Val, en effet, s’est surpassé dans les coups bas contre les partisans du « non ». Déjà, lors de la guerre de l’Otan au Kosovo (1999), nous étions en désaccord radical. Charlie pour l’Otan, on a dû se pincer pour y croire ! Charlie tapant semaine après semaine sur les musulmans (jusqu’à vanter le pamphlet raciste de la Fallacci !), poussant les feux de la guerre des civilisations, chantant les louanges de Sharon, brocardant l’altermondialisme (Val s’est fait rayer de la liste des fondateurs d’Attac, dont il n’avait du reste jamais payé la cotisation), on se frotte les yeux.
Même si l’hebdo reste souvent drôle et garde un vieux fond d’impertinence, Choron avait raison : il y a quelque part usurpation. Et je ne parle pas de la propriété de l’affaire, devenue juteuse. Je parle de l’esprit de contestation radical qui animait le vrai Charlie d’autrefois, qui ne subsiste qu’à l’état de résidu dans le Charlie d’aujourd’hui. La colonne de Siné, le dessin de Willem, les papiers de Charb ne suffisent pas à équilibrer la prose vaniteuse et carriériste de leur patron, ni les écrits haineux de ses collaboratrices préférées, les dames Fourest et Venner, spécialistes de l’anti-islamisme rabique. Autrefois, tout prince se devait d’avoir son bouffon, Charlie est devenu le bouffon de la République. Grand bien lui fasse.
Et puis il y a encore autre chose, que j’ai sur le coeur depuis longtemps, et qui n’est pas politique pour le coup, mais qui révèle un homme. Quand Patrick Font a eu les ennuis judiciaires que l’on sait pour son goût trop prononcé des gamines à peine pubères (il a payé : quatre ans de tôle), Val, loin de soutenir son vieux pote à qui il doit tant, son complice de scène pendant vingt ans, son alter ego, Val a osé dire qu’il le connaissait à peine (4). J’ai pensé alors à ce contrebandier qui passait des agneaux en fraude. Rien à déclarer, demande le douanier ? Non, rien, répond le contrebandier ; et ça, c’est quoi, dis le gabelou en désignant l’agneau que l’autre porte sur les épaules (comme un Villepin au salon de l’agriculture). Alors le gars tourne la tête, effaré, et flanque une baffe à l’agneau : « Oh ! La sale bête ! »
HB éditions
J’attendais, pour vous en parler, que l’ami Bouchardeau ait mis la dernière main au plan de consolidation (pour ne pas dire de survie) de sa maison d’édition. Voilà qui est fait. Et je ne doute pas que vous serez nombreux à répondre à son appel. Vous connaissez, bien sûr. Entre autres bijoux, HB édite chaque année un agenda littéraire soigné, intelligent, savant, auquel notre journal s’associe depuis maintenant quatre ans (5). Après dix ans d’existence, son catalogue, où figurent romans, essais, poésie, biographies, témoigne de l’amour des livres et du goût du travail bien fait.
On connaît la genèse de cette petite entreprise familiale et provinciale, fondée en 1995 par Huguette et Marc Bouchardeau, lorsque l’ancienne ministre (PSU) de l’Environnement des premiers gouvernements d’union de la gauche a pris sa retraite ; on sait aussi comme il est difficile, aléatoire, dans la grande foire d’empoigne du commerce du livre, de maintenir à flot ce genre de boutique qui se refuse à toutes les facilités, ne fonctionne qu’au coup de coeur, à la passion. HB éditions vit, d’une vie passionnante et précaire. C’est désormais François Bouchardeau qui a pris le relais de ses parents, avec sa femme, Johanna. Dans le même esprit, le même enthousiasme, avec la même rigueur, et une semblable précarité. Ce sont des amis chers, mais feraient-ils de la daube que je ne vous en parlerais pas : on évite ici le spécial-copinage, assez installé dans les moeurs du milieu.
Merci de me croire si je vous dis que leurs livres méritent d’être lus. (Le dernier paru, Cambodge, mon pays, ma douleur, est le deuxième récit d’une jeune Cambodgienne dont le premier avait été remarqué pour la force et l’émotion qu’il dégageait (6). Le deuxième vaut le premier, qu’il prolonge. Pour le coup, ce n’est pas de la littérature : juste le témoignage brut, le récit, au fil de la plume, écrit avec des mots simples venus du coeur. Après l’enfer des camps de Pol Pot, la difficile adaptation à la vie en France d’une jeune fille écorchée, mais dotée d’une énergie vitale formidable.) Donc, François fait appel à vous, vous demande de l’aider à poursuivre l’aventure : soit en vous abonnant (10 euros/mois), soit en prenant carrément une participation (500 euros) dans HB, qu’il transforme à partir de septembre en Scic (Société coopérative d’intérêt collectif).
Prenez-le temps de vous informer plus complètement : une visite de son site (très bien fait) ; et/ou un contact direct avec lui sur son stand du prochain salon du livre (7). Dans ce monde de brutes, une chaîne d’amitié, dont vous serez un maillon. S’il vous plaît.





Messages
1. > Le nouveau Charlie et l’ancien (l’usurpateur), 16 mars 2006, 18:23
"Quand Patrick Font a eu les ennuis judiciaires que l’on sait pour son goût trop prononcé des gamines à peine pubères (il a payé : quatre ans de tôle), Val, loin de soutenir son vieux pote à qui il doit tant, son complice de scène pendant vingt ans, son alter ego, Val a osé dire qu’il le connaissait à peine .
Cela donne une idée de ce qu’est vraiement ce triste individu .
2. > Le nouveau Charlie et l’ancien (l’usurpateur), 16 mars 2006, 19:41
Quelqu’un a t’il remarqué en couverture de Charlie cette semaine un petit dessin en bas à droite ? Le titre, c’est "pourquoi pas un premier ministre noir ?" (Je cite de mémoire) et le dessin représente un personnage avec des yeux ronds et l’air un peu fada (il me semble), et la bulle lui fait dire "le smic à 6000 euros et le CPE [au chiottes]" je mets l’expression entre crochets parce que c’est quelque chose dans ce goût-là, mais je n’ai pas pris de notes ...
Alors voilà, je ne vois pas du tout ce qu’il y a de drôle dans cette phrase et ce dessin. Par contre, à mon avis, c’est carrément du racisme à l’état brut. du genre : un noir premier ministre aurait évidemment un comportement irresponsable ... Mettre ça en première page, il faut oser ! Dites-moi que je me trompe, que c’est moi qui n’ai pas bien compris, mais que Charlie, malgré la mauvaise influence de son chefaillon, n’est pas devenu un torchon carrément raciste ! Y a bien assez de cons comme ça.
Goubal
1. > Le nouveau Charlie et l’ancien (l’usurpateur), 16 mars 2006, 21:04
Devinette
Mon premier est un insupportable opportuniste, donneur de leçons et en quête frénétique de médiatisation,
mon deuxième est le verbe exprimant le balancement des cloches
et mon tout est ce qu’on ne peut que souhaiter à mon premier
votre langue au chat ?
2. > Le nouveau Charlie et l’ancien (l’usurpateur), 16 mars 2006, 21:17
Y valdinguera pas vu que c’est lui qui tient la caisse à Charlie.
3. > nanard, il est planque ou, ton cadavre ?, 31 août 2006, 08:12
Accuser Caroline Fourest et Fiammetta Venner d’"anti-islamisme", c’est quand meme faire preuve d’une belle connerie- ou alors d’une sacree mauvaise foi, mais on n’en manque jamais pour attaquer Charlie. Ce qui, au passage, me serait completement egal si les attaques etaient loyales.
Les deux commeres s’attaquent a tous les integrismes, chretien, juif ET musulman.