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Le squat Ungdomshuset a résisté !

Publie le mercredi 14 mars 2007 par Open-Publishing

Début février, nous avons rencontré A., qui a fréquenté Ungdomshuset, un grand squat radical de Copenhague menacé d’expulsion depuis plusieurs mois. Celle-ci a eu lieu début mars 2007 et a donné lieu à de nombreuses manifs de solidarité, tant au Danemark que dans d’autres pays. De violentes émeutes ont de nouveau éclaté suite à l’expulsion du squat et les interpellations ont été nombreuses.

Un entretien en anglais a eu lieu avec A. Il a été enregistré et traduit par un
membre du SIA de Caen (Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste, BP 257 14013
Caen cedex).

En voici de larges extraits qui ont été publié dans « Solidarité » N°27, le journal
trimestriel du SIA (4 N° par an, abonnement de 8 euros, chèques à l’ordre du SIA).
Nous avons également publié une chronologie du squat que nous avons traduite de
l’anglais.

Nous saluons au passage les camarades qui ont pris l’initiative d’occuper
dernièrement le consulat du Danemark à Lyon avant l’expulsion du squat ainsi que
tous les camarades qui ont manifesté leur solidarité avec « Ungdomshuset » depuis
son expulsion.

Bonne lecture. Faites circuler l’info.

DANEMARK : LE SQUAT « UNGDOMSHUSET » réSiste !

Question : Peux-tu nous raconter l’histoire d’Ungdomshuset ? Qui l’a créé, quand,
pourquoi ?

Réponse : C’est un cadeau du conseil municipal. Ça a commencé à la fin des années
70 avec des gens qui ont squatté et qui proclamaient le besoin d’une « maison de la
jeunesse » (Ungdomshuset en danois NDLR).

Après plusieurs squats, la municipalité a décidé, en 1982, de donner aux squatteurs
un local pour leur « maison de la jeunesse ».

Q : Ces squatteurs, ils avaient des activités politiques ou bien c’était seulement
contre-culturel ?

R : Il y a eu pas mal d’activités politiques au début bien que certains squatteurs
soient apolitiques. Au départ, c’était surtout un lieu où il y avait des concerts,
des vidéos, des gens bourrés, de la drogue et après c’est devenu un endroit plus
politique.

Q : C’était quoi les activités ?

R : Des concerts, des cantines collectives, des conférences…

Q : Il y avait beaucoup de gens qui vivaient dans le squat au début ?

R : Je ne pense pas. C’est pas vraiment possible d’habiter là-bas. C’est surtout
des grandes salles pour des grosses activités mais il y avait beaucoup d’autres
squats à l’époque pour habiter.

Q : Combien de squats ? T’as une idée ?

R : Il y avait environ un millier de squatteurs à l’époque. Je peux pas vraiment
dire mais il y avait au moins 6-7 gros squats à ce moment là.

Q : Le lieu est vraiment grand ? Où est-ce qu’il est situé ?

R : C’est dans un quartier appelé Nørrebro, au milieu. C’est très facile d’y aller.

C’est un immeuble de 5 étages. Je peux pas vraiment te dire quelle surface ça fait
mais c’est vraiment grand.

Q : C’est dans un quartier populaire, ouvrier ?

R : Le voisinage était ouvrier au début. Maintenant, ça commence à être occupé par
des yuppies.

Q : Comment étaient les relations entre le squat et les autorités ? Bonnes,
mauvaises ? Y avait des problèmes avec la police ou pas

R : A l’époque, il y avait vraiment de mauvaises relations entre les autorités et
les gens qui squattaient et ça n’a pas vraiment changé. Quand le lieu a été donné
aux squatteurs, le maire s’est pointé et a voulu prendre la parole, mais personne
n’écoutait, tout le monde faisait du bruit et quand il est parti, il s’est pris un
seau de
flotte sur la tête.

Q : Quelle est la situation légale du squat maintenant ? Il est menacé d’expulsion ?

R : Le squat était censé être expulsé le 14 décembre de l’année dernière mais à
cause de toutes les émeutes la police n’a pas pu expulser le squat et maintenant on
attend le jugement et une nouvelle date d’expulsion.

Q : Comment les squatteurs ont-ils organisé leur résistance, leur mobilisation,
leur coordination ?

R : Le squat a été visité par plein d’étrangers. C’est un endroit assez connu
depuis des années. Il y a un gros festival, appelé K-Town Festival, chaque année en
juillet et des milliers et des milliers de personnes venus de toute l’Europe
visitent le squat pendant le festival. Des gens y restent, beaucoup de bonnes
relations se tissent avec le temps et quand des gens ailleurs ont des problèmes, on
les aide et eux aussi nous aident.

Q : Il y a vraiment plein de gens qui connaissent cet endroit à Copehague, qui
viennent aux concerts ? C’est vraiment un endroit très connu dans la capitale ?
c’est un lieu qui est surtout utilisé par l’underground. Parfois, à l’occasion de
spectacles, d’évènements, il y a plein de visiteurs qui viennent. Par exemple, en
septembre, il y a eu un spectacle et il y a eu plus de 3000 personnes alors que
l’immeuble peut au maximum contenir un millier de personnes. Il y avait une queue
énorme à l’extérieur. Tout le monde se plaignait car les gens avaient payé et ils
ne pouvaient pas entrer. Il n’y avait pas de place pour bouger, toutes les salles
étaient pleines et ils devaient faire la queue pendant une heure.

Q : Comment a circulé l’information sur le risque d’expulsion ? Il y a eu des infos
sur internet, des trucs comme ça ?

R : Beaucoup d’infos ont circulé par e-mail, sur le site internet d’Ungdomshuset.
Il y a eu des affiches dans toute la ville avec les coordonnées du site, l’adresse
e-mail du squat pour se mettre en relation.

Q : Il y a des partis ou des groupes politiques qui ont soutenu le squat ?
R : Oui, il y a un parti de gauche, socialiste, appelé « Enhedslisten » (qu’on peut
traduire approximativement par « Liste de l’Unité » NDLR) qui a soutenu le squat
depuis le début, le Parti socialiste du Peuple qui a été avec depuis plusieurs
mois, à partir du moment où la situation est devenue critique. En tout il y a 4
partis en ce moment qui soutiennent la recherche d’une solution pour le squat. Ils
ont créé une organisation appelée « Fondation Jagtvej 69 » ( Jagtvej 69 est l’adresse du squat NDLR) qui regroupe pas mal de gens qui ont été dans la scène squat au début des années 80, des
syndicalistes... Ils ont créé cette organisation pour
essayer de racheter l’immeuble.

Q : Tu peux nous raconter comment étaient les manifs et les émeutes au mois de
décembre ?

R : L’immeuble a été vendu en 2000 et depuis lors il y a eu beaucoup de manifs,
vraiment beaucoup et presque tout le temps on a été frappé par la police. Alors la
dernière fois on a choisi de faire une manif
où c’est nous qui posions les limites. Il est illégal de manifester masqué au
Danemark mais pendant cette manif tout le monde était cagoulé, c’est pourquoi la
police a choisi de stopper la manif avant même qu’elle ait lieu. On a démarré et on
a pu marcher 100 mètres depuis Ungdomshuset avant que la police stoppe la manif.
Les gens étaient pas vraiment contents et ont commencé à lancer des pétards, des
bouteilles, des pierres, des bouts de briques et l’émeute a commencé.

Q : Il y avait beaucoup de gens pendant cette émeute ?

R : Il y avait environ 800 personnes dans le Black Block et 2-300 personnes dans la
partie pacifique de la manif.

Q : Combien de temps l’émeute a-t-elle duré ?

R : L’émeute principale, si on peut dire ça, a duré environ une demi-heure avant
que la police tire des gaz lacrymos. Alors les gens se sont répandus dans toute la
ville et il y a eu des petites émeutes un peu partout.

Q : C’était organisé ou complètement spontané ?

R : Les gens se sont séparés en petits groupes de 50-100 personnes et ont organisé
des barricades avec des poubelles, des containers à ordures et quand la police
venait, ils lui lançaient des briques. Ça a duré de 16H30 jusqu’à 10-11H du soir
avant de redevenir tranquille mais il est resté des barricades enflammées autour
d’Ungdomshuset et elles ont brûlé toute la nuit. Donc nous avions ces rues.

Q : Il y a eu du soutien dans le quartier ?

R : D’après les médias, tout le monde déteste les squatteurs et les émeutes mais en
fait il s’agit de peu de monde et les médias ne retiennent que ce qui est mauvais
pour nous. Beaucoup de gens nous ont soutenu, ont même ouvert leur porte pour
permettre aux gens de s’échapper par les arrières-cours. Certains leur ont même
payé un café ! Il y a vraiment eu un gros soutien de la part du voisinage.

Q : Il y a eu beaucoup de gens arrêtés ? Des procès ?

R : Tous les gens ont été arrêtés sous couvert du paragraphe 144 qui concerne la
participation à une émeute et qui peut coûter jusqu’à un an et demi mais tout le
monde a été relâché. Plus de 200 personnes ont été embarquées puis finalement
libérées. Il y a eu 3 personnes en taule mais elles n’ont pas participé aux
émeutes, elles n’étaient pas sur place.

Q : Combien de temps elles sont restées en prison ?

R : Je ne sais pas grand chose concernant ces personnes, elles ne font pas partie
de notre scène et personne n’a beaucoup d’infos sur leur situation. Il y a une
personne venue d’Italie et une autre d’Espagne je crois.(…)

Q : Quelles furent les réactions après les émeutes ? Les réactions du pouvoir, des
partis officiels, des médias ?

R : Ils ont tous fait la queue pour dire qu’ils se dissociaient des émeutes,
personne ne voulait nous soutenir après les émeutes et les médias ont été très
hostiles aussi. (…)

Q : Même les partis de gauche qui soutenaient le squat étaient critiques par
rapport aux émeutes ?

R : (…) Tous ces partis ont pris leur distance d’avec les émeutes. « Enhedslisten »
est le seul parti à ne pas avoir dit directement qu’il se dissociait. Ils ont
utilisé les émeutes comme argument pour essayer de trouver une solution négociée (…).

Q : Il y a une assemblée dans le squat pour décider de comment lutter ? Comment les
gens décident de faire des manifs, des actions, des choses comme ça ?

R : Je pense que ça vient surtout de gens s’organisant eux-mêmes, indépendants de
Ungdomshuset, qui soutiennent les actions, les manifestations (…). En cas
d’expulsion, il a été dit aux gens que s’ils ne voulaient pas opposer de résistance
violente, ils devaient se tenir à l’écart du squat parce que certains veulent
défendre le squat quoi qu’il en coûte et ils ont peur que la police encercle des
non-violents autour du squat, ce qui signifie que les gens à l’intérieur du squat
ne pourraient pas résister par crainte de représailles sur les gens dehors. De
toute façon, il n’y aura pas de reddition.

Q : Les gens du squat veulent un accord avec le maire, avec la municipalité ?

R : Oui, les gens souhaite que le maire admette qu’il y a besoin d’une « maison de
la jeunesse ».

Q : Mais ils ne veulent pas changer d’endroit ?

R : Les gens du squat, je sais qu’il ne décideront jamais de bouger mais en ce
moment des gens de l’extérieur, qui ne participent pas au squat, sont venus pour
obtenir une majorité et décider que c’était OK
pour partir si le maire trouve un autre endroit.

Q : Mais donc, si le maire trouve un autre endroit, les gens qui vivent et
participent au squat vont quand même résister ?

R : Oui, absolument, c’est un immeuble qui connaît depuis plus de 100 ans des
activités de gauche et il y a aussi le fait que c’est une secte chrétienne de
droite qui veut s’emparer de l’immeuble et ça les gens le refusent.

Q : A part ce squat, il y en a d’autres en ce moment à Copenhague ?

R : Non, le mouvement squat est moribond ces dernières années. Il y a eu un autre
squat il y a 4 ans mais il a été expulsé. Il y a eu pas mal de petits squats mais « 
d’habitation ». Quand tu squattes à Copenhague, tu es souvent viré le jour même.

Q : Par la police ?

R : Ouais.

Q : Et ils n’ont pas besoin d’un jugement ou de quelque chose comme ça ?

R : La police contacte le propriétaire pour lui dire qu’il a des squatteurs et lui
demander s’il veut qu’ils soient virés et s’il dit oui, elle les expulse. (…)

CHRONOLOGIE DU SQUAT « UNGDOMSHUSET »

29 octobre 1982 : Les squatteurs obtiennent les clés du 69 rue Jagtvej.

27 janvier 1996 : Ungdomshuset est en feu.

20 février 1996 : 3 politiciens conservateurs, membres du conseil municipal,
décident que l’immeuble ne sera pas rénové après l’incendie
Début de l’été 1996 : 350 signatures sont collectées pour fermer Ungdomshuset.

10 avril 1997 : La municipalité de Copenhague passe un nouvel accord avec les
squatteurs. Ils peuvent maintenant être mis à la rue avec un préavis de 3 mois, à
partir de la fin de l’année.

6 mai 1999 : la majorité du conseil municipal décide de mettre en vente l’immeuble
où se trouve Ungdomshuset.

1er janvier 2000 : Faderhuset (« La Maison du Père », une secte chrétienne qui a une
participation dans la Société Anonyme « Humain ») décide d’investir Ungdomshuset.
Ils en sont chassés avec quelques blessures légères.

26 janvier 2000 : L’immeuble est maintenant officiellement en vente.

16 novembre 2000 : Le conseil municipal vend l’immeuble à la Société Anonyme « 
Humain ».

28 septembre 2001 : Faderhuset achète toute les actions de la Société Anonyme « 
Humain » et devient, par la même occasion, propriétaire de Ungdomshuset
2003 : Faderhuset assigne Ungdomshuset en procès au nom de son droit de propriété.
2004 : Le tribunal municipal décide que Faderhuset peut virer les squatteurs.
Ceux-ci font appel.

2006 : Un tribunal national confirme le verdict du tribunal municipal.
Septembre 2006 : La « Fondation Jagtvej 69 » (une association de soutien à
Ungdomshuset qui regroupe des syndicalistes, des militants politiques de gauche…)
tente de racheter l’immeuble à Faderhuset qui refuse et réclame le départ des
squatteurs.

24 septembre 2006 : Des émeutes éclatent à Copenhague après que la police ait
stoppé une manifestation en faveur d’Ungdomshuset. Il y a environ 300 arrestations.
Les squatteurs décident d’aller en cour de
cassation.

Octobre 2006 : Un tribunal décide que les squatteurs doivent avoir quitté les lieux
le 14 décembre 2006. Les squatteurs se voient refuser un nouveau procès.
3 novembre 2006 : La police affirme qu’elle n’expulsera pas ungdomshuset avant le
début de 2007.

12 décembre 2006 : Faderhuset refuse une nouvelle offre de la « Fondation Jagtvej
69 ».

14 décembre 2006 : « Le Groupe Citoyen pour Ungdomshuset » organise une
manifestation pacifique en faveur d’Ungdomshuset. Plus de 5000 personnes y
participent.

.../....

[ interview, réalisée avant l’expulsion, d’un ex-occupant du squat danois
Ungomshoset paru dans Solidarité, le journal du SIA ]

http://ainfos.ca/fr


... la suite, on la connait, plus de 600 arrestations...