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Mai 2016 : du débordement au basculement ?

par Mouvement Anarchiste Révolutionnaire

Publie le vendredi 13 mai 2016 par Mouvement Anarchiste Révolutionnaire - Open-Publishing

https://mouvanarev.wordpress.com/2016/05/12/mai-2016-du-debordement-au-basculement/

Le gouvernement utilise le 49.3, nouvel acte de guerre. L’heure est au défi : défions le patronat et les centrales syndicales collabos, défions le corps répressif policier et médiatique.

De l’anti-répression à l’autodéfense, de l’autodéfense à la contre-offensive. Tel est l’apprentissage collectif majeur en ce printemps 2016 pour les personnes en lutte. L’auto-organisation dans l’action, qu’il s’agisse de grève ou de blocage économique, est la prémisse politique de l’auto-organisation sociale. L’auto-organisation sociale permet l’éradication des rapports de domination et d’exploitation et donc la transformation des structures sociales de production et d’existence.

La question policière est une question politique, qui rejoint étroitement celle de bloquer le pays.

La violence répressive croissante et la réapparition historique et inédite des voltigeurs dans plus en plus de villes, sans que cela ne soit souligné par aucune organisation syndicale ou politique nous fait constater que la bourgeoisie française assume pleinement sa violence de classe. A l’inverse, nous tombons dans le piège de l’anti-répression stricte voire « primaire », c’est-à-dire sans la perspective politique nécessaire qui doit amener à la question de l’autodéfense et de la contre-offensive. La stricte anti-répression nous laisse sombrer dans la logique victimiste a posteriori de « l’innocentisme ».

Certes, tout le monde déteste la police, mais l’erreur serait de confondre politiquement le phénomène émeutier d’une réalité insurrectionnelle. Brûler des poubelles, casser des vitrines ou retourner des voitures relèvent de l’émeute, mais il ne s’agit certainement pas d’insurrection. La grève générale illimitée relève-t-elle de l’insurrection ? Ou des émeutes générales à grande échelle ? De la « prise » de lieux de pouvoir localisés tels préfectures et hôtels de ville ? Qu’entendre par un soulèvement « organisé » et « structuré » ? Qu’entendre par devenir « incontrôlable » ? Faut-il faire de « l’entrisme » dans des syndicats type CGT pour la radicaliser ou accélérer sa décomposition et son déclin ? Au profit de quoi ? Les tactiques « black bloc » ne renvoient-elles pas de nouveau à un phénomène avant-gardiste et d’un certain entre-soi élitiste ? Quels sont nos leviers de basculement ? Comment comprendre l’auto-organisation dans de telles problématiques ? Que veut dire « tout bloquer » ? Finalement, comment redonner un sens politique et une perspective révolutionnaire à la grève ? Qu’est-ce qu’une grève insurrectionnelle ?

Ce sont des questions politiques qu’il s’agit d’assumer. Depuis dix ans et les émeutes populaires de novembre-décembre 2005, l’extrême-gauche institutionnelle demeure incapable de comprendre politiquement ce qu’il se passe. Tant pis pour eux, nous ne nous considérons pas nous-mêmes à « l’extrême » de ladite « gauche ».

Ce texte n’est pas un « appel », il ne s’adresse pas unilatéralement « à ceux qui veulent bien l’entendre » en excluant l’ensemble des composantes sociales. Ceci demeure, une fois encore, des ébauches de réflexion pour le plus grand nombre ; y compris à la mère de famille seule qui élève seule ses enfants en plus du turbin, à tou.te.s celleux exclu.e.s de fait de la logique de l’affrontement direct avec la police.

La polémique de l’affiche de la CGT concernant les violences policières nous désole. De par le communiqué lamentable où la CGT Strasbourg Eurométropole (par exemple) dédouane la police de ses violences réelles au profit d’un citoyennisme néo-républicain puant ; de par le sens initial même de cette affiche qui dédouane la police de sa fonction sociale dans une société capitaliste.

Nous parlons de solidarité de classe. A l’image des ouvriers du BTP qui ont secouru des lycéen.ne.s d’une nasse policière à Paris début avril ou des personnes qui ouvrent la porte de leurs commerces et les referment pour protéger les manifestant.e.s de la répression, cette solidarité de classe contre l’appareil répressif fait partie de la convergence des luttes. Le courage politique de la position de Aissatou Dabo, porte-parole de la Coordination Nationale Etudiante, qui déclare la décision collective « de ne pas se dissocier de ce que vous appelez les casseurs », a déjà permis à beaucoup de franchir un cap.

https://www.youtube.com/watch?v=kZCAHw7OCls

Quand certains disent que nous ne vivons pas un mouvement social mais le débordement même du mouvement social considéré comme « cadre » traditionnel étouffant, nous disons l’inverse : le mouvement social est le mouvement du débordement offensif, du dépassement collectif. L’encadrement des services d’ordre syndicaux qui complètent sciemment la police pour renforcer le corps répressif, ainsi que la mainmise des centrales syndicales, ne sont pas le mouvement social et n’en font pas partie. Ils désignent au contraire son étouffement.

Les cortèges « autonomes » désignent cette force collective en action où chacun.e se retrouve au-delà de ses attributs de classe/genre/ « race », avec ou sans papiers. Mais tou.te.s les étudiant.e.s, lycéen.ne.s, chômeur.se.s, précaires, salarié.e.s, banlieusard.e.s et autres attributs de classe discriminants qui peuvent se retrouver dans les modes d’action en Black Bloc demeurent majoritairement des « jeunes » au sens où illes n’ont pas l’épée de Damoclès d’une famille à nourrir. Par ailleurs, ils sont contraint.e.s de se retrouver dans cette entité politique sécessionnaire qui pose une extériorité éphémère et aléatoire. L’avantage certain est de créer un point de cristallisation politique qui dépasse l’impuissance politique des indigné.e.s au profit de la position insurrectionnelle : l’action directe et sans concession, qui fait prendre position à tou.te.s de par sa radicalité. Pour autant, cela se trouve déterminé en entre-soi avant-gardiste de fait. Alors que les Black Blocs ne sont finalement que l’élément offensif d’un cortège de salarié.e.s grévistes : certes contre les cadres syndicaux, mais avec toute personne en lutte solidaire.

Le mois de mars 2016 fut celui de la répression et le mois d’avril celui de la contre-offensive, qui s’est organisée et généralisée. Comment penser le basculement ?

Nous pensons le basculement insurrectionnel par la généralisation de l’auto-organisation dans l’action. Autrement dit, dans le blocage des flux de marchandises et la paralysie des structures locales du pouvoir d’Etat. La paralysie des rouages sociaux du capitalisme créée simultanément les outils pour éviter toute nouvelle centralisation décisionnelle. Il ne s’agit pas de créer un ou plusieurs contre-pouvoirs centralisés mais de disperser le pouvoir par la complémentarité des outils de lutte et la solidarité entre les foyers d’auto-organisation. De par notre détermination sociale par le travail, de tels foyers se développeront fatalement au sein de secteurs de travail. La question est alors de déserter et de contrer ses attributs de classe par la force collective en action, afin de transformer les structures du travail en brisant le salariat plutôt que les conserver pour illusoirement les « autogérer ». Il n’y a d’intelligence collective que dans le faire collectif.

En cela, l’auto-organisation dans l’action offensive de blocage des flux de marchandises et de paralysie des structures locales du pouvoir d’Etat demeurent une priorité stratégique, y compris pour les différents secteurs de travail en lutte. Nos outils de travail et les moyens de production peuvent être réappropriés à cet effet : que les routiers paralysent avec leurs camions les convois de police et les entrepôts de marchandises, que les agriculteurs cernent les préfectures et bloquent les grands axes routiers, que la SNCF bloque les trains de marchandises et fasse circuler les personnes gratuitement (en particulier les grévistes), que les dépôts de carburant n’aliment plus les stations services, que les pompiers protègent les personnes en lutte des assauts policiers (en étouffant les lacrymogènes et en paralysant les blindés canons à eau), que les hospitaliers ouvrent des centres de soi pour les grévistes réprimé.e.s, que les stations radio et les antennes TV soient réappropriées par les personnels techniques pour relayer l’information interlutte, etc. Autrement dit, que chacun.e utilise son savoir-faire et son outil de travail au service de la lutte. Dès lors, les rouages du capitalisme seront paralysés puisque c’est nous qui les nourrissons. Coordonnons horizontalement les actions plutôt que les décider verticalement par des structures nationales et des délégations représentatives.

Rappelons que le droit de grève signifie strictement ne pas travailler, et abandonner l’outil de travail. Il est intolérable pour la centrale syndicale ou l’Etat patronnal de voir les outils de travail et les moyens de production détournés au service du rapport de force, c’est-à-dire réappropriés au profit de la lutte. Dès lors, les outils de travail et moyens de production sont transformés et prennent leur véritable sens, et c’est là le cœur de l’auto-organisation (qui va bien au-delà d’une stricte autogestion, toujours autogestion-de et donc autogestion-du-capital). C’est le rapport de force lui-même qui détermine ses propres priorités stratégiques et la réappropriation tactique des outils de travail pour détruire le salariat et contre-carrer le corps répressif.

Donnons-nous les moyens d’être incontrôlables et ingouvernables : s’ils peuvent réprimer militairement une manifestation, offensive ou non, ils ne peuvent contrer le détournement des outils de travail au service de la lutte. C’est là le sens politique d’une grève générale insurrectionnelle et la promesse de sa perspective révolutionnaire : refuser de travailler dans les rouages du salariat, c’est travailler au service de la lutte et du rapport de force. Nous n’avons pas à créer l’ « extériorité politique » d’un avant-gardisme paternaliste et autoritaire, car c’est en refusant de collaborer aux rouages sociaux de domination que nous transformons socialement l’existant.

La transformation sociale et l’auto-organisation de la lutte désignent simultanément le rapport de force réel qui n’est pas un en-dehors de l’outil de travail mais sa réappropriation directe et immédiate.

S’indigner, c’est encore subir. Insurgeons-nous.
Donnons-nous les moyens de nous insurger.

– Mouvement Anarchiste Révolutionnaire

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