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Nuit Debout. Expulser, virer, balayer ou récupérer ? Le bal des réactions politiciennes a commencé

par Bill Zabriskie

Publie le mardi 12 avril 2016 par Bill Zabriskie - Open-Publishing
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Les Nuits Debout organisées un peu partout en France sont un franc succès et s’inscrivent dans la durée. Face à l’augmentation de la participation, et à l’apparition d’une certaine radicalité dans l’action (apéro chez Valls) ainsi que dans les débats, qui vont bien plus loin que le simple rejet de la loi travail, les réactions politiciennes n’ont pas tardé. Entre attaques en règle contre le mouvement, et tentatives de récupération politique, voici un tour d’horizon non-exhaustif de ces réactions.

Bill Zabriskie

Entre attaques en règle…

Côté Républicains, pour la touche va-t-en-guerre contre le mouvement en proposant tout simplement de l’interdire, et donc de réprimer ceux qui s’y opposeraient, c’est ce cher François Fillon qui s’y colle par une prise de position lourde de sens : « Il y a une incohérence totale à maintenir l’état d’urgence et à laisser Notre-Dame-des-Landes occupée par des zadistes et la place de la République par Nuit Debout ». Si le mépris total de ce personnage envers une simple occupation ne mérite même pas qu’on y prête attention, ces paroles nous montrent à quel point l’objectif réel de l’instauration de l’état d’urgence n’est même plus caché : il est là pour réprimer les mouvements sociaux, et pas seulement les occupations. Quant au maintien de la tenue de l’Euro 2016, de la Cop21 ou des marchés de Noël, en période d’état d’urgence également, n’attendons pas une réponse de sa part.

Toujours côté Républicains, Valérie Pécresse a sans surprise dénoncé pêle-mêle les risques en termes de sécurité liés aux attentats d’un côté, et aux « violences » qui auraient été commises par les participants à la Nuit Debout de Paris samedi soir, à savoir quelques dalles retirées pour un jardin improvisé, et un départ imprévu pour un « apéro chez Valls » devant le domicile du ministre. Une nouvelle fois, le parallèle immonde entre terroristes et manifestants est discrètement glissé, et la volonté est à la fois de faire peur et de diviser. Peur et division, deux concepts largement utilisés en politique, et on est presque déçus du manque d’innovation dans les déclarations de ces deux-là. Au risque de se répéter : les vrais casseurs, ce sont ceux qui chaque jour discutent de la meilleure manière de casser nos acquis sociaux, nos libertés et nos mobilisations.

À gauche, le gouvernement qui nous fait l’honneur d’être plutôt muet depuis quelques semaines continue sur sa belle lancée. Mais quelques réactions sont apparues, à commencer par celle de Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS : « Tant que c’était bon enfant on pouvait tolérer, même si l’occupation ou la privatisation d’une place n’est pas totalement possible », nous affichant ainsi d’une part son mépris (on n’est pas des enfants, on n’est pas là pour jouer), mais aussi sa peur de voir se radicaliser une large partie du mouvement, avant, à son tour, d’agiter la menace terroriste ainsi que les habituelles joutes verbales à l’encontre des « violences » des manifestants. Décidément. Ouvrant la brèche à gauche, les soutiens n’ont pas tardé, notamment chez les maires : le maire du 11ème a rappelé qu’il faut applaudir les flics comme en janvier 2015, celui du 10ème que les violences sont inacceptables.

…et récupération politique.

Prenant le contre-pied de ces réactions, en sachant qu’elles ne convaincront pas grand monde, quelques populistes ont tenu à afficher leur volonté de se joindre au mouvement. C’est notamment le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet, progressiste mords-moi-le-nœud des Républicains qui pose dans les métros de Paris en période électorale, qui affiche son soutien à Nuit Debout et sa volonté de récupérer politiquement le mouvement dans le JDD. Ségolène Royal, quant à elle, en profite pour expliquer que le mouvement est la concrétisation de ce qu’elle préconisait déjà dans son mouvement Désir d’avenir et qu’elle est en contact direct chaque soir avec des jeunes Place de la République (!), nous offrant la plus belle récupération de la semaine… tout en expliquant derrière que les jeunes n’aiment pas être récupérés politiquement.

NKM a prévenu que la gauche risquait de « prendre des œufs et des tomates » dans la gueule si elle tentait de récupérer le mouvement. Elle a également précisé que le peuple ne différencie plus trop la droite et la gauche aujourd’hui. Donnons-lui raison, si jamais elle et ses acolytes politiciens traînent Place de la République le soir !

Messages

  • On a pu noter cette après-midi Place de la République des dissensions entre les occupants de la Place : au moment ou les agents de l’ordre et de la morale intervenaient pour empêcher l’installation d’ une table ( eh oui !!!), un des occupants de la Place s’écrie : " la police dehors", et aussitôt les autres occupants qui tentaient de monter les tables avec lui crient dans sa direction " Chutt !!! "Bref, le pouvoir divise habilement en décrétant ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, vieille stratégie répressive qui marche encore !!... L’article du monde sur internet de ce matin est sans doute passé par là : il faisait le tri entre les mauvais occupants de la Place de la République ( ceux qui avaient essayer de manifester sous les fenêtres du ministre samedi soir) et les bons , les autres qui restaient bien sagement sur la Place, qui ne montent pas de tables quand ils n’ont pas le droit, qui n’installent pas de tentes , etc... Les rapports de force s’installent et seul l’avenir dira ce qu’il en adviendra. Mais aujourd’hui semble-t-il une grande partie des manifestants anti -khomry, dont les très jeunes lycéens, ainsi qu’une bonne partie des occupants de la Place de la République voient bien la misère, le chômage, la pauvreté se développer inexorablement et menacer de plus en plus de monde.