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Nuit debout : misère du gauchisme politique
par Régis de Castelnau
Publie le mercredi 27 avril 2016 par Régis de Castelnau - Open-Publishing16 commentaires
J’aurais bien aimé pouvoir dire du bien de Nuit debout, contredire Elisabeth Lévy, renvoyer Marc Cohen et ses lazzis dans les buts, moquer les bourgeois effarouchés par le retour des partageux, eh bien, ce sera pour une autre fois.
C’était bien parti, pourtant. Un pouvoir au bord de l’effondrement, ayant fait la démonstration peut-être définitive de l’impasse dans laquelle il avait emmené les couches populaires qui lui avaient fait confiance en 2012, une jeunesse ayant pris conscience de tous les horizons bouchés que l’Europe austéritaire lui propose, et enfin une saison adaptée, celle qui rend les balades nocturnes si agréables. Et puis il y avait, le souvenir d’un Mai 68 vécu de près, et au bon âge. Ce serait sympa de remettre ça.
On sait avec Paul Valéry que « quand on dit que les mêmes causes produisent les mêmes effets, on ne dit rien. Car les mêmes choses ne se reproduisent jamais — et d’ailleurs on ne peut jamais connaître toutes les causes. » Certes, mais il y en a une que l’on peut quand même identifier comme étant aussi à l’origine de l’impasse politique dans laquelle, ce mouvement s’est engouffré, c’est celle de la dérive gauchiste qui rappelle quand même furieusement celle du Mai 68 étudiant.
J’aime bien Frédéric Lordon, intellectuel brillant, polémiste virtuose dont je crois heureux qu’il ait sa place dans le débat. L’article par lequel il a lancé le mouvement était réjouissant. L’aspect offensif des mots d’ordre, malgré leur caractère un peu utopique, l’ambiance joyeuse qui régnait au début, pouvait faire dresser l’oreille, voire le sourcil. Et puis la réaction du poulailler des chroniqueurs mainstream faisait plaisir. Comme Flaubert, pourtant critique impitoyable des travers bourgeois, prenant le parti des fusilleurs versaillais contre la Commune, ils passèrent vite de la curiosité à l’anathème. C’était plutôt encourageant.
Chemtrails et autres billevesées obscurantistes
Je me suis donc rendu place de la République, malheureusement pour en ressortir accablé. Je suis d’abord passé devant le stand vegan tenus par des militants verdâtres prônant une alimentation à base de racines. Juste à côté, les antispécistes de L-214 qui veulent qu’on soit gentil avec les animaux mêmes si pour cela, il faut être méchant avec les humains. Au stand « agriculture et biodynamie » on expliquait avec Pierre Rhabi que si la terre ne mentait pas, la lune non plus. Et que pour planter une vigne, la tailler, récolter et faire le vin, il fallait que ce soit à lune montante et en tirant le thème astral du jour. Quand j’ai parlé de terroir, tout le monde s’est marré.
Juste après les militants « antivaccins », je suis tombé sur les « Robin des toits » qui m’ont expliqué que toutes les ondes dans lesquelles nous baignons avec nos appareils donnent le cancer de la tête qui rend idiot. J’ai pensé que pour eux c’était déjà trop tard. Un grand gars maigre m’a dit que si j’avais parfois mal à la gorge, c’était à cause des chemtrails. Tout de commisération devant mon ignorance, il m’a expliqué qu’il s’agissait des traînées laissées par les avions dans le ciel, qui ne sont pas faites de condensation, mais de poison répandu dans le cadre d’un complot mondial. Lorsque je lui ai fait remarquer que les cigarettes sur lesquelles il tirait abondamment avaient peut-être aussi quelque influence sur sa toux, il m’a tourné le dos. Je me suis enfin approché de la commission « féministe » pour être immédiatement refoulé, « réunion non-mixte interdites aux hommes », et apprendre que sur ordre de la cheffe une certaine Hanane Karimi, toutes les femmes devaient être voilées comme elle en solidarité. Avec l’affirmation suivante : « Le voile ne tue pas, la police oui ! » J’ai commis l’erreur de dire à voix haute, que CRS=SS peut-être mais qu’à 500 m de là, des partisans du voile avaient massacré 130 innocents et que l’intervention de la police avait permis qu’il n’y en eut pas plus. Ajoutant que depuis la mort de Malik Oussekine il y a trente ans, cette police n’avait, dans la répression des manifestations qu’une mort accidentelle, celle de Rémy Fraisse, à déplorer. J’avais manifestement blasphémé, et j’ai dû m’esquiver rapidement.
Nous avons ici la grosse différence avec le Mai 68 étudiant. Je parle là du mois de mai tel qu’il s’était déroulé et non pas de ses conséquences dont nous vivons encore les suites. Ce qu’à juste titre Michel Clouscard avait qualifié de « 14 juillet des couches moyennes » fut un grand monôme partant dans tous les sens, tout de bavardages et d’affrontements ritualisés avec la police. Mais, le cadre idéologique de cette explosion était beaucoup plus homogène qu’aujourd’hui. Pour différentes raisons, une forme de marxisme vulgaire y était hégémonique. Même si on y entendait parfois des choses délirantes, il était impensable de voir fleurir les billevesées obscurantistes et hétéroclites que je viens de décrire. Et cette différence, n’est guère encourageante.
Et si l’on votait pour savoir s’il faut voter ?
Des similitudes, il y en a aussi, mais elles n’incitent pas non plus à l’optimisme. Le sectarisme, pratiquant l’insulte et l’anathème, n’y est pas très différent, sans qu’il faille y voir la résurrection de je ne sais quel terrifiant robespierrisme. L’amour de la procédure ensuite, dont le respect doit seul permettre d’élaborer les règles aboutissant à des décisions démocratiques chimiquement pures. Il faut donc voter tous les quarts d’heure sur la procédure de la procédure décidant quelle procédure sera utilisée pour adopter la procédure. À quiconque a eu l’occasion de participer aux AG de la Sorbonne et de l’Odéon occupés, cela rappellera les heures fastidieuses passées dans les amphis il y aura bientôt cinquante ans. Il y a aussi la composition sociale du mouvement, où l’on ne trouve que des petits bourgeois blancs, pour certains en voie de déclassement, pour d’autres déjà précarisés, mais petits bourgeois quand même. Comme en 68, ce sont les couches moyennes, les mêmes que celles qui sont rentrées par la suite plus ou moins rapidement à la maison, dont les représentants les plus excités, en général leaders du mouvement, se sont mis ensuite carrément au service de ceux qu’ils prétendaient combattre, l’unique exception d’Alain Krivine ne faisant que confirmer la règle.
Et enfin, la similitude qui nourrit l’échec politique probable de ce mouvement, son virus mortel, c’est l’absence totale des couches populaires. De ces ouvriers et salariés d’exécution des services chassés des grandes villes par la gentrification, précarisés par la désindustrialisation, appauvris par l’austérité, tous ceux qui ont tellement intérêt au changement sont absents. En 1968 il y avait eu deux mois de mai distincts. La classe ouvrière au spectacle de la faiblesse du pouvoir politique face à l’agitation des petits bourgeois s’était engouffrés dans la brèche, bloquant le pays plusieurs semaines d’une grève générale stupéfiante. Le PCF et la CGT pris de court au départ, utilisèrent leur hégémonie politique pour engranger les bénéfices de ce mouvement et s’engager dans la voie d’une alliance avec le Parti socialiste pourtant moribond à ce moment-là. Les deux phénomènes furent parallèles et il n’y eu jamais aucun contact entre les ouvriers et les étudiants. Tous ceux qui parmi ces derniers tentèrent de nouer ce contact trouvèrent les usines portes closes. Et cette césure, contrairement à ce qu’on pense et à la responsabilité que l’on voulait faire porter au PCF était surtout sociologique. Le mouvement du mai étudiant quant à lui s’enlisa, et se délita, finissant dans la caricature grotesque des « katangais » et la violence gratuite.
La situation est la même aujourd’hui, les couches populaires dont l’horizon est barré, appauvries et frappées par l’insécurité culturelle, font malheureusement un autre pari. Celui du repli et du vote Front national. Les rodomontades de Frédéric Lordon dans les amphithéâtres du centre de la capitale n’y changeront rien.
À une jeune caissière d’un Subway situé à quelques encablures de la place de la République, un participant demandait si elle allait venir à Nuit debout, les sourcils froncés, sa réponse fut très claire : « Où ça ? »
http://www.vududroit.com/2016/04/nuit-debout-misere-du-gauchisme-politique/
Messages
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 16:36
C’est clair. Les chiens de garde aboient, la grève générale se profile.
2. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 17:17
’’ Les rodomontades de Frédéric Lordon dans les amphithéâtres du centre de la capitale n’y changeront rien. ’’
La même tonalité d’expression que les petits chiens de gardes que l’auteur feint de dénoncer au début de son texte, et qui en dit long sur ses intentions objectives de critique rationnelle.
Sinon, pour les poujadistes pétris de faux ouvrièrisme, pour vous soigner,
y’ a un très bon texte ici :
https://quartierslibres.wordpress.com/2016/04/25/nuit-debout-pas-sans-nous/
C’est sur QuartiesLibres, qui démonte bien la posture : y a pas de prolos, y pas de mecs des quartiers, etc etc ...
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 17:47, par Pipole
Régis, mon cher, quel faux cul vous êtes
Pipole !
3. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 17:51
La forme que prendra la révolte , difficile à cerner.
la colère monte ça c’est sûr , on peut hélas raisonnablement penser que les personnes en difficultés ne seront pas les pourfendeurs du capitalisme vu leur faible niveau de conscience de classe .
Ça vous inquiète l’intention qu’ils auraient de voter FN ?
Assez logique vu les manquements des élites toutes étiquettes confondues
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 18:29
"À une jeune caissière d’un Subway situé à quelques encablures de la place de la République, un participant demandait si elle allait venir à Nuit debout, les sourcils froncés, sa réponse fut très claire : « Où ça ? »""
ha l’argument choc !! quelle puissance ! quelle logique !! tout est dit !! la nuit debout c ’est inconnu,c ’est de droite tendance prolo et gogo et c ’est que des idiots sectaires.
Quand la peur du changement,du nouveau,de ce qu’on ne comprend pas conduit tout droit à la réaction la plus droitiére,ça donne ce texte d’un comique achevé !!
2. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 20:16, par CD
Je suis d’abord passé devant le stand vegan tenus par des militants verdâtres prônant une alimentation à base de racines. Juste à côté, les antispécistes de L-214 qui veulent qu’on soit gentil avec les animaux mêmes si pour cela, il faut être méchant avec les humains.
Mechant contre les humains ?
4. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 21:29
"les couches populaires ...frappées par L’INSECURITE CULTURELLE.." ouille ouille ouille ! c’est quoi " l’insécurité culturelle " ?
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 27 avril 2016, 22:55
Ca sert a quoi ces textes trops longs, pour être lus ?
Bon demain on sera dans la rue, avec ou sans le consentement de ces intellos, qui s’écoutent parler ou qui se relisent en salivant.
L’egocentrisme l’autre facette de notre monde actuel avec l’orgueil bien entendu
5. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 10:41, par Pierre Robes
"Ajoutant que depuis la mort de Malik Oussekine il y a trente ans, cette police n’avait, dans la répression des manifestations qu’une mort accidentelle, celle de Rémy Fraisse, à déplorer."
Extrait du rapport de l’ACAT (http://www.acatfrance.fr/brisonslesilence)
Les dégâts causés par différentes armes intermédiaires, comme le Flashball ou le Taser, sont importants. Au moins 39 personnes ont été grièvement blessées et un homme est mort à la suite de tirs de lanceurs de balles de défense depuis 2005, dont 12 mineurs. Certains gestes d’immobilisation utilisés par les forces de l’ordre sont parfois mortels, comme le plaquage ventral ou le pliage. L’ACAT a recensé 8 décès depuis 2005 dus à ces techniques...
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 11:18, par Pierre Robes
Voila un homme qui commence son récit en expliquant qu’il s’est précipité aux Nuits Debout rempli d’espoir dans un changement et qui le termine en affirmant que la police française est composée d’agneaux bêlants.
Cherchez l’erreur.
6. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 11:02
Régis, nuit debout Paris n’est pas nuit debout des autres villes de province. Il y à certes des thèmes exotiques mais il y a surtout une volonté pour beaucoup de jeunes impliqués dans ce mouvement de le faire perdurer et même au delà des centre-villes. Il y a des ateliers où l’on parle constitution, éducation populaire, logement, Europe, etc... Il en faut de l’énergie pour monter les stands, animer un atelier, être présent tous les soirs pour faire vivre cette initiative. Alors oui c’est peut être que des jeunes blancs en voie de déclassement, précarisés et militants de gauche pour pas mal d’entre eux mais ils ont au moins le mérite de se bouger le cul !
En revanche, les comptenteurs de ton genre ne font que réciter des poncifs tout justes bons à être publiés dans le monde ou le figaro pour lecteurs de droite sûrs de leur juppéismes ou hollandismes (entre nous çà dure pas depuis 40 ans cette mascarade électorale ?).
Longue vie à Nuit debout !
Un prolo parmi d’autres.
7. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 14:50
"un petit détail" les ondes magnétiques sont vraiment dangereuses. informez-vous avant d’écrire ces inepties.
8. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 15:03
Il y a sans doute des critiques à apporter au mouvement Nuit Debout comme dans tout ce qui se fait parce que rien n’est parfait.
Mais la façon dont ce monsieur au nom d’aristocrate regrette l’absence des classes populaires en s’écoutant écrire et en vomissant sur le reste qui n’est pas lui est particulièrement nulle voire méprisable.
Un verbiage prétentieux et inutile, sauf pour son ego.
1. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 16:16, par CD
La "République" du 1% d’en-haut, "bourgeoise", fait alliance avec le 10% d’en-haut pour une République bananière, appauvrie en-bas, pour une Republique recentrèe vers le haut, pour les très riches !
vive le Peuple-classe - 99% et vive l’appropriation sociale !
https://www.facebook.com/peupleclasse.peuplesocial/
9. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 18:13, par louis
R d C, avec ce "billet" démontre qu’il n’y a pas que des dirigeants de Mai 68 qui ont dégénéré...
Mais étant donné sa compréhension très RdC de 68, il n’a jamais du s’informer ni réfléchir non plus en 68. Peut-être même n’y a-t-il jamais participé... Il ne sait même pas que ce sont des militants révolutionnaires qui ont été à l’initiative des premières grèves qui ont entrainé la grève générale !
Reste un réac qui ne comprend rien au féminisme, ni à l’écologisme, ni à la jeunesse, chaque mouvement dans sa diversité, ses contractions, donc s richesse.
Loin de ce Finkelkraut qui tire dans le dos, des infos en continu sur le mouvement en cours : Toutes et Tous Debout
10. Nuit debout : misère du gauchisme politique, 28 avril 2016, 21:21, par teres
Vivre debout la nuit---vaut mieux que vivre à genoux----même si l’on ne voit pas de débouchées pour l’instant ! je préfère voir des gens sur les Places que devant leurs Télés débiles----et la désinformation !
On ne peut comparer 68 à notre époque du Capitalisme débridé à fond ! il faut savoir qui était dans les manifs aux cotés des ouvriers ???????? l
Les Agriculteurs sont toujours absents ,( sauf des écolos...) .personne n’en parle.........pourtant notre santé et alimentation dépendent d’eux.Tout notre argent , vu ce que l’on gagne , part dans la malbouffe---avant tout .
"
Dans nos cités on a pas besoin d’ aller à" nuit debout" pour discuter----la plupart n’ont pas de Patron -