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OCCUPATION ET DESHONNEUR DE LA LITTERATURE.
Publie le samedi 1er août 2009 par Open-Publishing2 commentaires
de KURTZ
Trop nombreux furent nos écrivains parmi les meilleurs à s’être déshonorés pendant l’occupation en collaborant avec l’occupant nazi.
Louis ferdinand Céline, l’auteur de "Voyage au bout de la nuit" et de "Mort à crédit" considérés à raison comme des oeuvres à jamais inscrits au panthéon de la littérature fut aussi l’auteur de pamphlets antisémites d’une violence et d’une haine qui eussent mérité une sanction pénale exemplaire.
"Bagatelle pour un massacre" ramassis ordurier puisé dans le "Protocole des sages de Sion" fut publié en 1937 et rééditée sous Vichy connut un succès digne d’un best sellers avec ses 75 mille exemplaires vendus. Suivis "l’école des cadavres" et "Les beaux draps", ouvrages dans lesquels les juifs accusés de tous les maux : le communisme, le capitalisme, la corruption, le complot contre la paix et la défaite de la France devaient disparaître. Bernanos, lui-même antisémite disait qu’il avait "déshonoré l’antisémitisme" bon teint de ce catholique monarchiste résistant.
On le comprend d’autant mieux quand Céline se laisse à son délire criminel à travers une phrase extraite parmi tant d’autres aussi ignobles que de mémoire je cite "il suffisait d’en voir une seule gueule de youtre, le regard lourd, plombé, abruti : le sang du nègre qui passe."
Il y eu en eut bien d’autres de ces pontes de la littérature.
Brasillach, directeur de la feuille de chou de "Je suis partout" et auteur de romans prometteurs " Comme le temps passe" dénonçait nommément les personnalités juives dans son journal et s’affichait en uniforme allemand appelant à la "révolte des indigènes". Il fut jugé et fusillé à la libération : De Gaulle ayant refusé sa grâce.
Drieu La Rochelle auteur du célèbre "Gilles", marié à une juive qui le cacha après la libération, prit fait et cause pour le nazisme stigmatisant les juifs et brossa un portrait peu flatteur de ceux qu’il appelait les "métèques" et son journal publié à titre posthume renferme des monstruosités sur les boucs émissaires de l’époque qui à leur lecture font froid dans le dos. Traqué, lors de l’épuration, il se suicida.
Morand, ce diplomate mondain, écrivain prolixe et talentueux dont Céline disait qu’il faisait jazzer la langue française se rallia à Vichy et à sa perverse idéologie xénophobe et antisémite. "L’homme pressé" se vit opposé l’élection à l’Académie française par le général de Gaulle jusqu’en 1968. Il mourrut de sa belle mort en 1976.
L’auteur "Des décombres" le sinistre Rebatet donna dans la frénésie collaborationniste et son cortège de haines à l’endroit de tout ce qui n’était pas conforme à la "Révolution nationale" et à l’idéologie national-socialiste : toujours les mêmes, communistes, métèques et juifs.
Condamné à mort, sa peine fut commuée à quelques années de prison.
Puis, il y eut les neutres, ceux sur lesquels le doute commence à planer, les résistants écrivains de la 25 ème heure.
Jean Paul Sartre non exempt de fautes vénielles qui demanda à la Kommandantur l’autorisation de faire jouer "les mouches" ; il aurait même demander à Céline d’intervenir auprès des autorités d’occupation pour que son projet aboutisse. D’acte de résistance on ne lui en connaît pas et pourtant il fut un épurateur zélé refusant de signer la pétition initiée par Camus et Mauriac contre l’execution de Brasillach.
Sartre admirait à juste titre le" Voyage au bout de la nuit" de Céline et ne se priva pas de mettre en exergue de la "Nausée" une phrase de cet auteur "C’était un garçon sans importance collective, même pas un individu." Citation qu’il ne retira jamais des éditions ultérieures de ce premier roman.
Qu’est-ce qui a amené ces hommes de talents à ces trahisons dont les conséquences sur les minorités ethniques de notre pays furent catastrophiques.
Il y eut, heureusement, des Aragon, des Desnos et Simone Veil la philosophe et tant d’autres oubliés ou morts au combat pour relever l’honneur d’une littérature dévoyée par le racisme biologique - vieilles lunes des Gobineau et des Alexis Carrel - l’admiration de la force brutale et la peur de l’altérité.





Messages
1. OCCUPATION ET DESHONNEUR DE LA LITTERATURE., 3 août 2009, 13:53, par COLINAS
Je ne vois pas de meilleure réponse possible à la question posée à la fin de l’article que cet article de Carlo Frabetti. Le voici :
Saramago le sait bien
Carlo Frabetti
Insurgente
http://www.insurgente.org/modules.php?name=News&file=article&sid=17285
Il y a deux ans, suite à la grotesque mascarade que furent les funérailles de Jesús Polanco, j’avais écrit à propos de José Saramago :
« Il y a des phrases qui définissent ceux qui les prononcent beaucoup mieux que leurs œuvres complètes. Goethe, par exemple, ressemblait moins à sa grandiose littérature qu’à sa plus célèbre et sotte sentence : « Je préfère l’injustice au désordre ». C’était un homme susceptible et égoïste, (il jetait systématiquement au panier toutes les lettres où on lui demandait quelque chose), férocement attaché à ses privilèges et, comme tant d’autres artistes et écrivains célèbres, il avait retourné la maxime d’Aristote : bien qu’il aimât la vérité, il s’aimait lui-même bien davantage.
« Il y a peut-être de l’irrévérence à comparer le médiocre Saramago au génial Goethe, mais, en vérité, ces derniers temps, le Nobel portugais a rivalisé plus d’une fois avec le maître allemand sinon en qualité littéraire du moins en égocentrisme et en turpitude politique. Tout récemment, après le décès de Jésus Polanco, il a déclaré que le patron du groupe PRISA était « le visage aimable du capitalisme » et je crois qu’avec cette phrase d’anthologie Saramago nous en dit plus sur lui-même qu’avec ses banals et boursoufflés romans [et si certains sont surpris par le peu d’estime que j’ai pour l’œuvre d’un prix Nobel, je leur rappellerai que Camilo José Cela, lui aussi, reçut le Nobel de littérature et Henry Kissinger celui de la Paix].
« Comment un intellectuel soi disant de gauche peut-il parler du « visage aimable du capitalisme » ce qui revient à parler du « visage aimable » de l’exploitation et de la violence ? La réponse est très simple : c’est parce que, à cet intellectuel soi disant de gauche, le capitalisme, en effet, lui montre un visage extrêmement aimable ; il fait de lui un privilégié, tout comme Goethe était un privilégié vis-à-vis de cet « ordre » qu’il voulait voir préservé à tout prix, même au prix de l’injustice (une injustice dont il ne serait, lui, jamais la victime, bien entendu).
« Les interminables hommages à Polanco de ces derniers jours, les honteuses déclarations des uns et des autres, ont servi, pour le moins, à établir bien clairement qu’au fond (et aussi, bien souvent, dans la forme) “les uns et les autres” se ressemblent. Saramago, Vargas Llosa et Carlos Fuentes (qui ont posé ensemble pour la photo à cette occasion), ces méprisables vétérans de l’écurie littéraire de PRISA, ne diffèrent que par la couleur de leur cravate (laquelle, rouge, bleue ou réversible, tout compte fait, n’est qu’une cravate). Et on peut en dire tout autant des requins et des laquais des grands partis politiques et des grandes entreprises.
« Mais il serait injuste de faire de Saramago le bouc émissaire de toute une intelligentsia soi disant de gauche qui, depuis des décennies, se vend à “l’aimable capital” des mafias médiatico culturelles. Une intelligentsia soi disant de gauche qui accepte un roi mis sur le trône par Franco et un gouvernement qui se proclame ami et allié des criminels de Washington sans parler de la torture, des brutalités policières, de la répression en Euskal Herria, de l’éloignement des prisonniers politiques et de tous ces autres sujets dont tous ces « intellectuels progressistes » bien en cour ne se disent même pas informés. Par conséquent et dans ce contexte, faire l’éloge de Polanco s’avère être une faute mineure. Tellement mineure que nous pourrions ne voir au final, dans le sénile et un tantinet pathétique Saramago, que le visage aimable de la trahison.
Il y a deux ans, quand j’écrivais ces lignes, et en dépit du peu d’estime que j’avais pour lui, je ne pensais pas que Saramago fût capable de tomber aussi bas qu’aujourd’hui, de tomber au niveau des Rubalcaba y des Díez et une seule explication me vient à l’esprit pour comprendre la bassesse de ses attaques contre Alfonso Sastre qu’il a appelé, entre autres fioritures, “parrain d’assassins”. Et c’est qu’au fond Saramago sait bien qu’Alfonso Sastre, même si jamais ne lui sera décerné ni le Prix Cervantes ni le Nobel – ou bien précisément pour cela même – est un immense écrivain et un intellectuel de premier rang et qu’en outre, ce qui importe par dessus tout, que c’est un homme honnête et courageux, alors que lui, Saramago, il le sait bien, au fond, il n’est qu’un écrivain médiocre, un pseudo intellectuel promu par les pouvoirs en place et, plus grave encore, un escroc et un couard. Ce que ce libellé affligeant de Saramago distille n’est que pure jalousie, le trouble ressentiment d’un médiocre à qui la célébrité est montée à la tête face à un homme vraiment grand.
Comme disait Martí, ceux qui n’ont pas le courage de combattre devraient au moins avoir la décence de se taire. Mais par les temps qui courent l’indécence est bien plus rentable. Et ça, Saramago le sait très bien aussi.
(*)Carlo Frabetti est membre de Alliance des Intellectuels Anti-impérialistes (AIA)
2. OCCUPATION ET DESHONNEUR DE LA LITTERATURE., 3 août 2009, 14:32
Le "talent" n’a rien à voir avec les valeurs que l’on défend ou que l’on combat.
On peut être un beau salopard ( ou une belle salope) de collabo, de nazi, avoir défendu les pires cochonneries, et même, y avoir participé, et avoir écrit des choses très belles, très fortes, sublimes, AUSSI.
Ta liste est restrictive et très "franco-française", d’ailleurs.... tu aurais pu mettre aussi Malaparte, Schmitt, Heidegger et j’en passe !
La question qui découle de ton texte alors c’est : doit on n’autoriser à écrire que des auteurs idéologiquement "casher" ? Un auteur "orthodoxe" (et de quel point de vue ? et adoubé par qui ? Par quoi ?) mais sans talent a t il plus de "droit" d’être publié qu’un "salaud lumineux" (pour paraphraser Vergès) ?
Non, moi je ne crois pas - je crois qu’on doit interdire la parution d’ouvrages fascistes, nazis etc..., et interdire les partis d’extrême droite se revendiquant d’idéologies racistes, xénophobes, homophobes etc ( sans état d’âme) - mais je ne vois pas pourquoi on empêcherait EN PLUS un Céline d’écrire "voyage..." (que pour ma part j’ai détesté, mais pour des raisons purement littéraires et esthétiques...et j’ai du attendre qu’on me révèle qui était Céline en 1ère pour percevoir ce que cet auteur avait de repoussant d’un point de vue humain- ça ne transpirait pas de cette oeuvre).
Bref.
Quant au délire qui fait presque de Sartre un collabo parce qu’il a été demandé l’autorisation de jouer une des ces pièces, là je crois que ça va trop loin. Que dire alors d’Arletty qui avait une liaison avec un officier allemand, de Chevalier, de Trénet etc ????
Et que dire de tous ces artistes qui ont, simplement, continué à se produire (dans quelles conditions ??) pendant la 2de guerre mondiale ? Montand (un communiste, allô !!), Piaf, etc ?
Jetons un voile pudique...n’est ce pas ?
Ou alors admettons que tout ce ci ce sont de mauvais procès, ou que la question est mal posée...
Et pour d’aucuns aujourd’hui (sans que je songe une seconde à comparer stalinisme et nazisme, attention) l’œuvre d’Aragon est ternie par son stalinisme avéré, sa presque servilité à l’égard des appareils dirigeants du PCF (souvenons nous de sa controverse avec Picasso au moment de la mort de Staline...) - moi je m’en fous quand je lis "Les beaux quartiers" ou "les yeux d’Elsa" ,qu’Aragon ait été un "stal’" que j’aurais probablement haï dans le cadre du Parti, j’en fais totalement abstraction, c’est trop beau.
Et il y a tant d’exemples comme ça.
Pourquoi je devrais me priver de la lecture du fameux "Techniques du coup d’Etat" parce que Malaparte fut un fasicste ?
On m’a reproché déjà de citer et d’utiliser une partie du travail de Carl Schmitt (un autre nazi) dans certaines de mes réflexions politiques - de mon point de vue ça n’a pas de sens.
L’être humain est complexe, sa nature est souvent insaisissable, je ne crois pas qu’on doive (re)tomber dans le piège de tout contrôler, de rendre TOUT orthodoxe, conforme, "parfait". Ce qui poserait la redoutable question du "qui" et du "comment" on contrôle que cet art, cet artiste, est "conforme"...
Faisons la part des choses chez ces auteurs entre leurs œuvres non propagandistes, non racistes etc... et "le reste" - le reste doit être condamné - mais faut il aller jusqu’à l’autodafé alors ?