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OSCAR NEMEYER s’est éteint : Obrigado, camarada arquiteto !!

par Roland Leroy via A.C

Publie le jeudi 6 décembre 2012 par Roland Leroy via A.C - Open-Publishing
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"Jamais je ne me tairai" .O.Nemeyer
NIEMEYER " L’architecture, c’est l’invention " Par Roland Leroy
Mots clés : brésil, architecture, oscar niemeyer, roland leroy,
L’ancien directeur de l’Humanité accompagne Oscar Niemeyer depuis plus de trente ans. Témoignage sur un compagnonnage.
Une exposition Niemeyer à Paris ? Il y a quatre ans, lorsque nous nous sommes rencontrés à Rio, à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire (1), Oscar Niemeyer y pensait. Nous avions même planté quelques jalons. C’était pour lui, une fois de plus, l’occasion d’exprimer son attachement à notre pays, à sa culture, à son histoire et à son peuple, de l’évocation de la pensée de Baudelaire pour qui " la surprise et l’étonnement sont des caractéristiques de la beauté, et donc des ouvres d’art " à son prolongement dans une réflexion de Le Corbusier qu’Oscar s’est toujours plu à rapporter : " l’architecture, c’est l’invention ". Telle est en effet l’idée forte qu’il présente toujours comme essentielle : ne jamais répéter le déjà vu, ne jamais se conformer à la seule tradition ni à l’attente générale, toujours surprendre, créer, inventer.
C’est à partir de cette conception qu’il a fait, pour toujours, du béton un matériau souple et chaleureux en le faisant sortir de " la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l’homme " pour le faire évoluer selon des " courbes libres et sensuelles " comme celles de la nature.
Pour comprendre Niemeyer et prendre l’exacte mesure de son bouleversant talent, il faut replacer son ouvre dans le mouvement de sa vie, de ses relations amicales avec le président Kubitschek, de sa coopération avec Costa pour la conception, la réalisation, la construction en quatre ans de Brasilia vue par lui comme un chantier de la fraternité et de la solidarité humaines du futur, comme le creuset d’une nouvelle société débarrassée de l’injustice et de la discrimination sociales.
Oscar Niemeyer s’est toujours défendu d’être un artiste exceptionnel. Il disait se placer à l’opposé de Picasso, qui a toujours eu conscience d’être un génie. Pour lui, faire de l’architecture est naturel, à la condition de ne jamais penser tout régler par l’architecture. Au contraire, l’ouvre architecturale ne peut pas se séparer de ce pour quoi elle est faite, de ce à qui elle appartiendra et de ce à quoi et à qui elle servira. Son amitié étroite avec Darcy Ribeiro le conduisit à participer à l’activité de ce dernier, ministre de l’Éducation, en concevant des constructions scolaires adaptées, faciles à construire, de faible coût.
Si on le presse de révéler les clés de son génie, il trouve mille raisons naturelles à ses réussites. Par exemple, il attribuera à une maison d’édition italienne, au Parti communiste français, à la municipalité du Havre, au Mouvement brésilien des sans-terre, à l’élan progressiste de l’Amérique latine, à l’exemple des Brigades internationales d’Espagne, le mérite de la splendeur des bâtiments ou des monuments qu’il a construits.
Par exemple encore, il soulignera comment au Brésil le terrain de l’invention est dégagé pour que l’architecture ne souffre pas de l’énorme pesanteur des traditions architecturales séculaires de la vieille Europe.
Par exemple enfin, sans jamais se réclamer d’une école fermée, il ne séparera jamais son activité du foisonnement artistique d’Amérique latine, de Diego Riveira et Siqueiros, à Jorge Amado et Pablo Neruda. Ce qui - pour lui - est inséparable du combat social et politique quotidien et du romantisme révolutionnaire. Là est la source de sa fidélité au " chevalier de l’espérance ", Luis Carlos Prestes.
C’est probablement là qu’il faut chercher cette surprenante unité qui réunit audace et tendresse, invention et sens pratique dans toute son ouvre.
Il se trouve que les chances de la vie m’ont amené à le côtoyer à plusieurs reprises dans son travail, depuis la première fois, il y a environ trente ans, dans le projet d’immeuble de Fabien. · plusieurs reprises, notamment lors d’une visite de travail que nous lui avions faite en 1988 alors qu’il travaillait pour le mémorial de l’Amérique latine de SÆo Paulo, je l’ai vu répondre à des questions embarrassantes, résoudre un problème complexe, évaluer une situation nouvelle, non d’une phrase longuement réfléchie, non d’un coup d’oil, mais d’un trait de crayon déterminé.
Je souhaite que l’exposition qui va s’ouvrir soit aussi vivante, dynamique, tonique, optimiste, humaniste, jeune qu’Oscar Niemeyer l’est.
(1) Entretien avec Oscar Niemeyer, l’Humanité du 23 janvier 1998.
Roland Leroy

L’huma en ligne m’apprend que l’HOMME nous aquittés.

Niemeyer : "un homme extraordinaire qui a su allier le geste créatif et son engagement communiste"

L’architecte brésilien Oscar Niemeyer s’est éteint mercredi aux portes de ses 105 ans. Il restera comme l’un des monstres sacrés de l’architecture moderne du XXème siècle : son peuvre est marquée par le béton, les lignes fluides, les courbes, et son refus de l’angle droit. il a "ébloui" et fait rêver des générations d’architectes.

ref :

http://www.humanite.fr/

(on lira le papier "J’ ai aimé la FRANCE")

En hommage au génie et au communiste , cet article de ROLAND LEROY, paru en 2002 sous le titre :

NIEMEYER " L’architecture, c’est l’invention "

Une exposition Niemeyer à Paris ? Il y a quatre ans, lorsque nous nous sommes rencontrés à Rio, à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire (1), Oscar Niemeyer y pensait. Nous avions même planté quelques jalons. C’était pour lui, une fois de plus, l’occasion d’exprimer son attachement à notre pays, à sa culture, à son histoire et à son peuple, de l’évocation de la pensée de Baudelaire pour qui " la surprise et l’étonnement sont des caractéristiques de la beauté, et donc des ouvres d’art " à son prolongement dans une réflexion de Le Corbusier qu’Oscar s’est toujours plu à rapporter : " l’architecture, c’est l’invention ". Telle est en effet l’idée forte qu’il présente toujours comme essentielle : ne jamais répéter le déjà vu, ne jamais se conformer à la seule tradition ni à l’attente générale, toujours surprendre, créer, inventer.

C’est à partir de cette conception qu’il a fait, pour toujours, du béton un matériau souple et chaleureux en le faisant sortir de " la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l’homme " pour le faire évoluer selon des " courbes libres et sensuelles " comme celles de la nature.

Pour comprendre Niemeyer et prendre l’exacte mesure de son bouleversant talent, il faut replacer son ouvre dans le mouvement de sa vie, de ses relations amicales avec le président Kubitschek, de sa coopération avec Costa pour la conception, la réalisation, la construction en quatre ans de Brasilia vue par lui comme un chantier de la fraternité et de la solidarité humaines du futur, comme le creuset d’une nouvelle société débarrassée de l’injustice et de la discrimination sociales.

Oscar Niemeyer s’est toujours défendu d’être un artiste exceptionnel. Il disait se placer à l’opposé de Picasso, qui a toujours eu conscience d’être un génie. Pour lui, faire de l’architecture est naturel, à la condition de ne jamais penser tout régler par l’architecture. Au contraire, l’ouvre architecturale ne peut pas se séparer de ce pour quoi elle est faite, de ce à qui elle appartiendra et de ce à quoi et à qui elle servira. Son amitié étroite avec Darcy Ribeiro le conduisit à participer à l’activité de ce dernier, ministre de l’Éducation, en concevant des constructions scolaires adaptées, faciles à construire, de faible coût.

Si on le presse de révéler les clés de son génie, il trouve mille raisons naturelles à ses réussites. Par exemple, il attribuera à une maison d’édition italienne, au Parti communiste français, à la municipalité du Havre, au Mouvement brésilien des sans-terre, à l’élan progressiste de l’Amérique latine, à l’exemple des Brigades internationales d’Espagne, le mérite de la splendeur des bâtiments ou des monuments qu’il a construits.

Par exemple encore, il soulignera comment au Brésil le terrain de l’invention est dégagé pour que l’architecture ne souffre pas de l’énorme pesanteur des traditions architecturales séculaires de la vieille Europe.

Par exemple enfin, sans jamais se réclamer d’une école fermée, il ne séparera jamais son activité du foisonnement artistique d’Amérique latine, de Diego Riveira et Siqueiros, à Jorge Amado et Pablo Neruda. Ce qui - pour lui - est inséparable du combat social et politique quotidien et du romantisme révolutionnaire. Là est la source de sa fidélité au " chevalier de l’espérance ", Luis Carlos Prestes.

C’est probablement là qu’il faut chercher cette surprenante unité qui réunit audace et tendresse, invention et sens pratique dans toute son ouvre.

Il se trouve que les chances de la vie m’ont amené à le côtoyer à plusieurs reprises dans son travail, depuis la première fois, il y a environ trente ans, dans le projet d’immeuble de Fabien. · plusieurs reprises, notamment lors d’une visite de travail que nous lui avions faite en 1988 alors qu’il travaillait pour le mémorial de l’Amérique latine de SÆo Paulo, je l’ai vu répondre à des questions embarrassantes, résoudre un problème complexe, évaluer une situation nouvelle, non d’une phrase longuement réfléchie, non d’un coup d’oil, mais d’un trait de crayon déterminé.

Je souhaite que l’exposition qui va s’ouvrir soit aussi vivante, dynamique, tonique, optimiste, humaniste, jeune qu’Oscar Niemeyer l’est.

(1) Entretien avec Oscar Niemeyer, l’Humanité du 23 janvier 1998.

Roland Leroy

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