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On vend, on brade

Publie le dimanche 31 juillet 2005 par Open-Publishing

On vend, on brade...

IL se passe quelque chose de stupéfiant dans ce pays. En pleine période de vacances, un 18 juillet, le ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton, annonce la privatisation des autoroutes, évaluée à 12 milliards d’euros. Bradant le patrimoine autoroutier de l’Etat, le gouvernement prive sans vergogne l’Agence de financement des infrastructures de transports de France (AFITF) de l’essentiel de ses ressources, remettant en cause le financement de tous ses projets d’infrastructures ferroviaires et routières. Qu’à cela ne tienne, on vend, on brade... Avec 14 milliards d’euros de privatisations depuis le début de l’année, Thierry Breton bat tous ses prédécesseurs, y compris le tandem Balladur-Sarkozy, et même... Lionel Jospin.

Pour qui ces cadeaux ? En ce qui concerne les autoroutes, ce sont les majors du BTP, les Bouygues, Eiffage et Vinci qui vont se voir accorder à titre définitif le droit de lever l’impôt sur le citoyen...

Ce n’est pas tout. Le 25 juillet, c’est au tour du ministre des Transports, Dominique Perben, d’annoncer cette fois le transfert de 18 000 km de routes nationales aux départements. Le transfert devrait débuter le 1er janvier 2006. 90 % du réseau routier deviendraient départementaux. Aux conseils généraux, qui s’alarment des dépenses supplémentaires qu’on leur impose et qui vont les étrangler, le ministre répond sans rire que l’Etat assurera " le transfert à l’euro près " des moyens financiers attribués jusque-là pour l’entretien ordinaire de ces nationales. Comme si quelqu’un pouvait croire qu’un tel transfert - intégrant le transfert des personnels de l’Equipement, qui perdraient à cette occasion leur statut de fonctionnaires d’Etat - allait permettre le financement de la réfection du réseau existant, et à plus forte raison les investissements nécessaires. Perben le sait, il l’avoue d’ailleurs, lorsqu’il garantit que quelques tronçons, " à l’intérêt supra-départemental marqué ", resteront à la charge de l’Etat.

Incroyable, l’exemple de la " nationale 7 ". Elle aura un statut hybride : " nationale en Ile-de-France, puis départementale dans la Nièvre, elle redevient nationale entre la Nièvre et le Vaucluse, pour redevenir ensuite départementale " (AFP, 25 juillet). Ne vous gênez pas, messieurs, rétablissez les octrois !

Dans quel pays veut-on nous faire vivre ? On a le sentiment de voir démanteler toute l’organisation territoriale mise en place par la Révolution française, qui a rasé les octrois, détruit les fiefs, afin d’assurer les conditions de l’égalité en droit des citoyens dans la République. Tout cela en vertu de la loi de décentralisation... dans l’objectif de permettre à l’Etat d’afficher un déficit public inférieur aux 3 % " autorisés " par le traité de Maastricht. C’est ainsi que serait livré, sur les décombres des administrations publiques, le pays tout entier aux appétits des affairistes de tout poil.

Et comme si cela ne suffisait pas... Après l’annonce par de Villepin des ordonnances sur l’emploi, M. Borloo vient de rendre public son décret visant à sanctionner les chômeurs, les traitant comme des délinquants. Est-ce acceptable ? Est-il acceptable que la jeunesse soit réduite à un véritable esclavage par la multiplication de " contrats " totalement déréglementés ? Peut-on accepter la destruction du Code du travail ?

Dans une analyse parue dans Le Monde, daté des 23 et 24 juillet, M. Noblecourt s’inquiète de ce que " la France gronde ". Il ajoute qu’elle a " exprimé sa colère et ses peurs dans les urnes, comme le 29 mai, avec le référendum sur la Constitution européenne ". C’est un fait. Et, comme pour se rassurer, il conclut : " Mais elle reste socialement calme, à la limite de l’apathie (...). Force est de constater que le non n’a engendré aucune dynamique sociale ". En ce 26 juillet, c’est l’apparence des choses. Jusqu’à quand ?

Marc Gauquelin

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