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Polarisations conflictuelles dans les gauches et droites Européennes

par Paul Saint-Sernin

Publie le dimanche 25 septembre 2016 par Paul Saint-Sernin - Open-Publishing

Polarisations conflictuelles dans les gauches et droites Européennes

(Brève analyse des soubassements doctrinaux principaux qui sous-tendent les programmes et l’action politique en période de démagogie Présidentielle)

Jeremy Corbin l’a une fois de plus emporté ce week-end et de beaucoup grâce à la base électorale du parti travailliste sur ces « frondeurs à rebours et dans l’opposition » que sont la majorité des députés et de l’establishment travailliste.
C’est une nouvelle illustration du fossé croissant existant en Europe entre les cultures et les ressentis bien différents des adhérents et des militants des partis « socialistes » et celles des membres des appareils et de la majorité des élus.
Il est vrai que contrairement à ce qui se passe pour le parti travailliste au Royaume Uni, cette coupure lourde de conséquences à venir nous est masquée en France par la présidentialisation exacerbée et l’absence de maîtrise et même d’antidote, parmi la gauche radicale, à ce poison politique que constitue la course aux égos et l’incapacité de s’oublier soi-même pour s’unir autour d’un programme minimum.
Trois phénomènes plus profonds cependant constituent le soubassement des séismes à venir de la vie politique en France et en Europe :

1°) - la crise du paradigme social-démocrate

La principale victime des années François Hollande aura été le courant de pensée « social-démocrate » entendu comme volonté de l’Etat de renforcer les contrepoids populaires et syndicaux pour forcer les forces économiques dominantes à passer des compromis.
Une vraie « social-démocratie » ne saurait être sans se manquer à elle-même et à tout ce qui lui donne sa vraie raison d’être sans s’efforcer d’atténuer et d’inverser le penchant naturel de l’économie capitalisme surtout dans cette nouvelle phase mondialisée à déverrouiller toutes les protections sociales.
C’est d’ailleurs ce qui explique le lien originel qui a longtemps existé entre le syndicalisme et la social-démocratie avant que Tony Blair et François Hollande n’oublient un peu trop vite au gré de leurs électeurs qu’ils ne sont et ne restent forts que de l’appui que leur apporte celles et ceux qui n’ont pas leur voix au chapitre dans les décisions économiques.
En quelque sorte, bien loin d’être des sociaux-démocrates, ces deux leaders ont affaibli et caricaturé ce que doit être une véritable politique social-démocrate. Ils se sont comportés comme si les classes sociales n’existaient pas et en réalité comme des « cancres de la « social-démocratie » Il n’est pas étonnant qu’en France il n’y ait plus grand-chose, à part de nombreux aspirants aux primaires entre le courant post-communiste sans le PCF et celles et ceux qui pensent pouvoir tracer le chemin au sein de la Mondialisation qu’ils estiment pouvoir être bénéfique et heureuse pour toutes et tous.

2°) - les ambiguïtés des libéralismes

Si le néo-libéralisme contemporain a tant de soutiens, pas toujours intéressés et cyniques, loin s’en faut, c’est parce qu’il semble offrir une perspective et promesse d’insertion pour la jeunesse éduquée et une partie des jeunes urbains. Il s’efforce de se faire passer pour la seule forme de la modernité et la seule voie réaliste du futur, ce qui est une imposture.
Cette doctrine qui s’est tant éloignée du libéralisme politique de ses fondateurs et de ses origines et a abandonné la défense de la liberté des êtres Humains pour la promotion exclusive du "laisser faire, laisser passer" et la circulation des marchandises. Cependant pour le non spécialiste de la pensée politique et économique, ce néo-libéralisme tant prôné par nos "élites politiques et médiatiques" qui s’en repaissent paraît correspondre au monde nouveau. En fait cette doctrine réduite à sa portion congrue par rapport à ce que fut le grand "libéralisme" du XVIII° et XIX° siècles se réduit désormais à une simple photocopie du réel sans aucunement remettre en cause ses inégalités insupportables et le pouvoir grandissant de la finance et des multinationales.
Or nous savons bien ce néo-libéralisme ne tient pas ses promesses de liberté et nous masque bien des régressions sociales dont l’ubérisation de nos sociétés.
Cette croyance naïve correspond à une idéologie avec la part d’illusions que comporte ce terme d’un monde couvrant de son voile un Monde désormais mondialisé.
Cependant, les outrances et inégalités de la mondialisation créent aussi les conditions de sa contestation de la part de ses laissés pour compte et de ses exclus et plus largement de celles et ceux qui ont besoin de formes de solidarités plus concrètes qu’elles soient recherche au sein de la Nation ou de la classe. Le néo-libéralisme se présente comme une voie d’avenir mais il sonne souvent creux et ne constitue guère un remède utile s’il délaisse ces deux autres outils et valeurs clefs que sont la Nation et le salariat.
Peut-être un jour le Monde arrivera-t-il un jour à atteindre une forme d’unité supérieure ; pour ma part, je le souhaite ? Et peut -être que le courant de pensée Mondialisme libéral et son édulcoration l’Européisme seront en mesure de faire naître une forme de solidarité supérieure en correspondant à l’état de citoyen de l’Europe et du Monde ?
Mais ne rêvons pas trop, les internationales (deuxième, troisième etc.) ont disparues après s’être fracassées sur la force des Nationalismes puis du communisme dans un seul pays.
La Nation et le salariat semblent devoir constituer encore pour longtemps l’horizon le plus simple et le plus crédible des citoyen(ne)s.

3°) - les outrances des national-populismes

Quant à la renaissance des nationalismes en France, ce courant d’idées paraît être victime d’un grand oubli : Celui du grand péril que les Nationalismes rivaux ont fait courir à l’Europe en manquant de la tuer avec ses Nations et ce, par deux fois, au cours du XX me siècle.
Avons-nous oublié le potentiel de fureur et de violence qu’il recèle ?

 3.1. ) Les risques d’aventures et de dislocations en externe :
Les Nationalismes ont mis l’histoire de l’Europe et du Monde à feu et à sang lors des XIX ° et XX ° siècles. Il y a philosophiquement quelque chose d’antihumaniste dans les nationalismes exacerbés, c’est la séparation que cette doctrine établit entre les êtres Humains Co-existants dans un même Monde et une même planète aux liens de plus en plus entrecroisés. Tout nationalisme excessif comporte sa part d’intolérance et d’injustice envers les autres Hommes et le risque de faire prévaloir in fine le conflit et même la guerre (fut-elle commerciale) à la négociation. Le slogan de Charles Maurras : "La France d’abord ! " n’a même pas protégé son auteur de verser dans la politique antipatriotique "révolution Nationale" après la défaire de 1940 qu’il nomma la "divine surprise".
Aujourd’hui les petits calculs ont amenés les Britanniques, au nom, de leur intérêt de Nation à quitter l’Union Européenne, ce qui constitue à rejeter une grande et belle idée en vertu de la lassitude et du rejet que sa piteuse technocratie provoque.
Or le Monde actuel, pour des pans entiers de sa vie, tout particulièrement l’écologie a besoin que soient pris en considération nos coresponsabilités et solidarités Mondiales qui devraient l’emporter sur l’égoïsme des seules Nations et des Etats.
Nous ne reviendrons pas aux Nationalismes sanglants des deux guerres Mondiales mais notre petit cap de la vaste Asie qu’est notre petite Europe, se doit pour exister se fédérer et agir en commun. Le repli Nationaliste nous ferait régresser dans l’échelle des civilisations.
 3.2. ) Les risques d’exclusion et d’intolérance en interne :
Ces risques d’intolérances et d’exclusions des "non-conformes" en externe qui a souvent amené dans le passé en France à vouloir aligner nos « nationaux » sur les fantasmes des Politiques extrémistes et de ceux qui s’autoproclamaient les meilleurs défenseurs de la Nation ? De Barrés et de Maurras jusqu’à Marine le Pen et à Sarkozy, lequel depuis sa « Buissonisation » court après elle et après ses outrances (en plus nerveux)
Un jour Marion-Maréchal le Pen se réclame du Franc, Clovis, alors que le fils de Hongrois Sarkozy prétends que nous descendons toutes et tous des Gaulois !
Ces « nationalistes » ont un drôle de manière d’aimer la France en ressuscitant sans cesses ses anciennes querelles et en en inventant de nouvelles.
En fait ils n’aiment qu’un souvenir faussé ou une chimère car la France c’est celle de son Peuple d’aujourd’hui si divers qui fait sa richesse de demain.
Un vrai patriote est celui qui aime son pays pour ce qu’il est vraiment même avec ses défauts avec l’ensemble des gens réels qui le composent.

Paul Saint-Sernin