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« Regardez tout ce que les Israéliens ont détruit en si peu de temps »

Publie le mercredi 12 juillet 2006 par Open-Publishing

PROCHE-ORIENT. Les habitants de Beit Lahiya sont sous le choc, alors que le premier ministre israélien a ordonné d’intensifier les raids sur Gaza.

Serge Dumont, Beit Lahiya
Mercredi 12 juillet 2006

« Regardez tout ce qu’ils ont détruit en si peu de temps. Ils sont repartis comme ils sont venus et ils nous laissent avec des ruines. » Comme ses voisins, Halil al-Askar est encore sous le choc des combats qui viennent de se dérouler autour de et dans Beit Lahiya, une petite ville palestinienne du nord de la bande de Gaza. « Nous savions que les Israéliens viendraient puisque leurs avions avaient lancé des tracts nous ordonnant de quitter la zone, mais nous n’imaginions pas qu’ils nous détruiraient de la sorte. »

Ponts pulvérisés

Certes, les soldats de l’Etat hébreu se sont retirés depuis lors. Mais, autour de la ville, les chenilles des chars et des véhicules blindés transportant les unités spéciales israéliennes ont laissé des traces bien visibles. Les champs qui font traditionnellement vivre la population locale sont ravagés. Les plantations ont été arrachées ou écrasées. Les systèmes d’irrigation dont la plupart ont été offerts par l’Union européenne (des tuyaux en plastique circulant dans le sol) sont déchiquetés. Quant aux bosquets, aux cabanes et aux autres constructions susceptibles d’abriter des tireurs de roquettes Qassam, ils ont été rasés par les bulldozers. Enfin, les terrains de football sont parsemés de cratères.

Depuis le retrait des Israéliens à quelques kilomètres de leur ville, les habitants de Beit Lahiya n’ont pas ménagé leur peine pour nettoyer et pour réparer les dégâts causés par les combats. Mais de nombreuses façades sont encore ornées d’impacts de balles. Des murs se sont effondrés et certaines constructions semblent avoir été touchées de plein fouet par un obus.

Lancée il y a quinze jours, pour obtenir la libération du caporal Gilad Shalit (capturé le 25 juin par des miliciens palestiniens) ainsi que l’arrêt des tirs de Qassam, l’offensive israélienne n’a pas atteint ses deux objectifs affichés. En revanche, elle a d’ores et déjà détruit la plupart des infrastructures de l’Autorité palestinienne (AP). Outre les deux principales centrales électriques de Gaza (l’une d’entre elles avait été financée par les Etats-Unis pour un montant de 48 millions de dollars), le réseau d’alimentation en eau ainsi que les systèmes d’épuration sont devenus inopérants.

Tous les ponts reliant le nord de la bande de Gaza au reste de ce territoire ont également été pulvérisés. Le dernier à tenir encore debout a été détruit dans la nuit de lundi à mardi, peu après que le premier ministre, Ehoud Olmert, et son ministre de la Défense, Amir Peretz, eurent ordonné à l’état-major d’intensifier leurs bombardements. Quant à la route principale de Gaza, elle est impraticable. Désormais, pour circuler du nord au sud, il faut emprunter la plage. A pied, en charrette, ou à dos de baudet.

Selon des chiffres publiés mardi par le Croissant-Rouge palestinien, le nombre de victimes de ce nouveau conflit dépasserait la centaine. En tout cas, en vingt-quatre heures, plusieurs équipes de lanceurs de Qassam ou présumées telles ont été attaquées par les hélicoptères israéliens (trois morts, huit blessés dont plusieurs enfants). Quant aux tirs de l’artillerie sur le nord de la bande de Gaza, ils ont atteint le rythme d’un obus par minute.

Roquette Qassam tirée depuis la Cisjordanie

A Gaza-City, le premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh, est brièvement sorti de la clandestinité pour diriger un Conseil de cabinet au cours duquel il a dénoncé la « situation humanitaire catastrophique dans laquelle la population palestinienne est plongée ». « Notre message est le suivant, a-t-il poursuivi. Si les Israéliens empêchent les Palestiniens de vivre en paix et dans la dignité, ils ne jouiront pas non plus de ces mêmes droits. » Pour sa part, le Djihad islamique a publié un communiqué revendiquant le premier tir d’une Qassam sur I’Etat hébreu à partir de Jénine (Cisjordanie) sur un kibboutz situé à l’intérieur de l’Etat hébreu. Une étape qui risque de provoquer une violente réaction israélienne si elle devait être suivie par d’autres.

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