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Rojava : Vers la victoire diplomatique !

Publie le lundi 18 avril 2016 par Open-Publishing

Voici une traduction d’une tribune du révolutionnaire Saleh Muslim Mohamed (co-Président du PYD depuis 2010) initialement parue le 11 avril dernier dans le New-York Times et intitulée « La démocratie abandonnée dans le froid ».

Notre camarade prend ici position contre l’exclusion des représentants des Révolutionnaires libertaires lors des négociations de Genève de mars 2016.
Heureusement le camp de la révolution autogestionnaire progresse avec autant de fougue et de courage que ses forces armées (YPG-YPJ) en lutte contre le fascisme et le terrorisme : après l’inauguration d’une représentation diplomatique du PYD à Moscou en février c’est à Prague que vient d’ouvrir une mission diplomatique du Rojava ! A quand l’ouverture d’un représentation diplomatique de ce type à Paris ? Le camarade Saleh Muslim Mohamed espère que cela est pour bientôt d’autant que le PYD est membre à titre consultatif de l’Internationale socialiste. Voilà qui pourrait « renforcer » la solidarité et l’amitié « entre le peuple français et le peuple kurde » (selon les vœux et les mots du Bureau des relations diplomatiques du TEV-DEM de Rojava).

Vive la révolution du Rojava et longue vie à la fraternité entre les peuples !

CLUG

La démocratie abandonnée dans le froid

Cette semaine, les négociations des Nations Unies destinées à tracer un chemin vers un avenir pacifique et démocratique pour la Syrie doivent reprendre à Genève. Mais, dans une tour absurde, les représentants légitimes d’une grande zone du pays gouvernée démocratiquement ne seront pas invités à y assister.

Cette zone est appelée Rojava [Kurdistan occidental], dans la partie nord de la Syrie, et malgré sa fréquente description comme « kurdes » son gouvernement comprend les Kurdes, les Arabes et les autres groupes ethniques de la région. En outre, ses forces d’auto-défense [YPG, YPJ] font partie des Forces démocratiques syriennes [FDS] soutenues par les Etats-Unis qui ont avancé vers Raqqa, le centre du pouvoir de l’État islamique en Syrie.

Tant en termes stratégiques ou moraux, l’existence du Rojava est l’un des rares points de lumière dans ce conflit. Ainsi, l’exclusion de ses représentants du processus des Nations Unies est non seulement injuste, mais n’a pas de sens si l’objectif des négociations est d’établir un chemin viable pour la démocratie en Syrie.

La principale raison de cette injustice est que la Turquie s’oppose aux forces militaires du Rojava, les Y.P.G., affirmant qu’ielles sont une seule et même chose avec le P.K.K., un groupe kurde qui a une longue histoire de lutte armée avec le gouvernement turc.

Ce n’est pas vrai. Les deux groupes sont kurdes, mais les Kurdes syriens, avec leurs alliés arabes et le soutien international, sont enfermés dans une difficile, mais jusqu’à présent victorieuse, bataille contre l’État islamique. Le combat desY.P.G. est en Syrie, pas en Turquie. Leur rôle est de défendre les institutions du gouvernement autonome du Nord de la Syrie du Nord (le parti dont je suis co-président, le Parti de l’Union démocratique, PYD, appartient à cette coalition politique, comme d’autres partis et organisations de la société civile).

C’est une question juste que de se demander de quel genre de démocratie il s’agit. Sa philosophie centrale est que les gens devraient se gouverner de bas en haut, que la prise de décision doit être autant que possible laissée aux assemblées locales. Ces assemblées, en outre, sont conçus pour assurer une voix aux minorités non-kurdes et aux femmes. Ceci est la démocratie réelle et véritablement inclusive, et elle mérite d’être soutenue, pas ignorée.

Ce système pourrait être un modèle pour l’ensemble de la Syrie, un pays où tout système démocratique devrait inclure les groupes ethniques et les religions afin de survivre. Voilà pourquoi nous avons proposé un modèle de gouvernement fédéral pour la Syrie. Plus d’autonomie locale, sans briser le pays, offrirait plus de stabilité et d’inclusion que le gouvernement éloignée de Damas. Cette solution réaliste et pragmatique devrait être mise sur la table de discussion à Genève.

Malheureusement, alors que le Conseil national kurde (CNK), qui est parrainé par l’administration kurde du nord de l’Irak et prétend parler pour les Kurdes syriens, a été invité aux pourparlers dans le cadre d’une coalition de groupes d’opposition, ils ne parlent pas légitimement pour le Rojava. La décision a été prise de ne pas inviter nos représentants.

L’Union européenne et les États-Unis, qui auraient tous deux pu pousser pour notre invitation, ont leurs propres moyens pour apaiser la Turquie, y compris sa coopération dans la résolution de la crise des réfugiés et la nécessité d’un soutien turc dans la campagne militaire contre l’État islamique. Nous comprenons les exigences de la realpolitik, mais l’exclusion du Rojava des Nations Unies est injuste et manque de vue à long terme.

La Turquie a essayé de légitimer son opposition avec de la propagande représentant faussement le Rojava comme un projet ethnique de domination kurde visant à diviser la Syrie. Elle a répandu des accusations grotesques sur le "nettoyage ethnique" réalisée par les forces kurdes, des rapports non confirmés par d’autres analyses plus mesurées, par exemple celles de la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie.

Nous avons coopéré avec l’ONU comme avec les organisations internationales des droits de l’homme. S’il y a des torts, nous nous efforçons de les redresser. J’exhorte les sceptiques à venir voir la réalité de notre démocratie inclusive par eux-mêmes - cela se passe maintenant, même si cela n’est pas beaucoup couvert par la presse internationale.

Nous voulons faire cause commune avec l’opposition démocratique à traavers toute la Syrie, et nous demandons aux États-Unis et à la communauté internationale d’agir immédiatement pour mettre fin à notre exclusion des négocitions sur l’avenir du pays.

Ces négociations doivent impliquer tous ceux qui soutiennent la paix et la démocratie. C’est une parodie que le peuple de Syrie montrant le plus fortement sa foi en ses principes soit laissés dans le froid.

Saleh M. Mohamed, Co-Président du Parti Union démocratique (PYD).

PLUS D’INFOS :

La Tribune en anglais du camarade révolutionnaire : http://www.nytimes.com/2016/04/12/opinion/international/whats-missing-from-the-syria-peace-talks.html?_r=0

Sur la récente ouverture de la mission diplomatique à Prague :

http://aranews.net/2016/03/syrian-kurdish-forces-inaugurate-first-representation-office-czech-republic/
http://www.kurdistan24.net/en/news/1920fadf-b1b3-4743-82df-1fc18ddad4e8/Syrian%20Kurds%20open%20diplomatic%20missions%20in%20Europe

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