Archives : IT | EN | ES

Les articles depuis 2022

Rupture.....

mardi 8 mai 2007 - Contacter l'auteur - 5 coms

Combien de temps encore à parler politique, à calculer les voix, à supputer les transferts. Dans cette accession au pouvoir de Sarkozy, il y a un grand nombre de paradoxe. Le plus important est que , sans parler de l’électorat déjà en place au pouvoir dans la société, une masse de pauvres ont voté pour ce candidat.

Pas besoin d’être statisticien pour voir que les gens qui ont massivement voté Sarkozy sont des gens insatisfaits de l’état du monde, souvent en colère, exaspérés. Leur leitmotiv est fréquemment : « Il faut que ça cesse, que les choses changent. Il faut ne plus laisser faire, etc. »

Et paradoxalement, on peut voir que ce sont les électeurs dits de gauche qui manifestent peu de colère contre les conditions d’existence dans son ensemble mais seulement contre quelques personnalités. Il est remarquable de voir cette inversion où le candidat de la droite autoritaire est choisi par les gens en colère et celui de gauche par des gens dans l’ensemble finalement satisfaits à quelques détails près.

Sarkozy aura prononcé le bon mot, celui de « rupture ». Aucun autre candidat, ni aucune autre formation politique ne se sera risquée à parler en ces termes. Bové aura dit « insurrection électorale » et lamentablement disparu. Les organisations gauchistes sont comme toujours sur ces deux terrains : celui timide de ne pas vouloir effrayer, coincé dans un passé qu‘ils savent lourd et pesant lié au « socialisme réel », et celui de chercher à convaincre les gens de leur conception idéologique. Même Le Pen n’emploie pas une telle expression de peur d’apparaître trop violent et brutal. Sarkozy a employé un mot qui provoque immédiatement une compréhension et une reconnaissance chez des millions de gens. Il synthétise le sentiment (les élections n’étant qu’une espèce de bref moment de permissivité émotionnelle et solitaire) largement répandu dans cette société française : les gens ne se supportent plus les uns les autres.

Le mot « rupture » est un mot que nous craignons tous d’employer comme quelque chose d’irrémédiable. On n’ose le prononcer, on attend qu’un autre le dise dans un effet libérateur des pressions de l’angoisse et de la nouveauté. Il y a dans les raisons de ce choix électoral une similitude avec ce que W. Reich en 1930 à propos de l’adhésion massive aux thèses nazies (toute proportion gardée) : « Les gens ont une formidable envie de révolution dans le même temps où ils en ont un formidable effroi » (de mémoire). Il semble que la société française soit arrivée à ce point limite de la relation collective dont la forme la plus concrète est le couple.

Nous nous sommes aimé d’une folle passion après le guerre : humanisme, protections sociales, solidarité. Puis vint la maturité : construire un monde, faire des crédits, ressentir les limites de la passion compte tenu de l’organisation sociale. Nous sommes à ce moment du couple où chaque geste de l’autre agace, devient pénible et insupportable. Mais aussi où l’on ose prononcer le mot fatal de « rupture » par ce que la vie est désormais faite ainsi...

Sarkozy a mieux compris que tous les autres candidats les tendances de l’époque. C’est essentiellement la raison de sa réussite. Que maintenant, encore une fois, les pseudos-débats se répandent sur les futures élections, les mouvements dans les appareils, les fusions de partis et autres quincailleries est du plus sinistre ridicule.

La question est définitivement ailleurs. Faire l’effort de comprendre l’esprit qui court dans cette curieuse époque et « pousser ce qui s’effondre » sans confier à d’autres la réalisation du chantier.

Dachev

Mots clés : Collectifs Unitaires / Mouvement / Partis politiques / Présidentielle 2007 /

Messages

  • Moi je propose au lieu de se levait tôt ! Ne pas se coucher !

  • Très mauvaise analyse.

    Tout le monde a parlé de rupture. Ce sont les médias qui n’ont pas arrêté de mettre en avant le "candidat de la rupture" alors que c’était le sortant. Ces bâtards de journaleux complices partagerons les responsabilité de ce mandat !

    Jamais aucune question dérangeante ne lui a été posé. Ses humeurs étaient toujours tournées positivement ... bref, 19Mélecteur = 19 Mtéléspectateurs du JT de TF1

    C’est pas une vérité arithmétique, mais ça reflète bien la diffusion des idées de la droite très réactionnaire, raciste et cynique, par les canaux médiatiques dominants.

    sc_marcos94

    • Evidemment incriminer les médias comme responsables de l’élection du nabot est justifiée. Mais deux questions : si Sarkozy était pas passé du fait des efforts de l’autre presse (Marianne, Libération, etc...) qui l’incendiait pour des raisons politiques et absolument pas sociales, diriez-vous la même chose ? Mais le plus important est que quoi qu’il en soit de la pression de Sarkozy sur la presse, et qui est bien réelle, le fait est que les gens y ont adhéré. Pourquoi ont-ils adhéré aux mystifcations de Sarkozy ? Pourquoi n’ont-ils pas adhérer aux autres mystifications, et n’ont elles pas gagner ? Et hypothèse, si la presse sarkozyste avait rabaché des propos dans lesquels les gens ne se retrouvaient pas.. ; C’est parce que la masse des électeurs s’y retrouvent que le mensonge fonctionne. Des tas d’autre sont lancés et ne rencontrent personne. Bien sûr ce genre de constat est tout à fait déplaisant et il est bien plus simple de s’en prendre aux médias, à la gauche fabusienne, et pourtquoi pas tout simplement à la connerie humaine chez les autres bien sûr...

  • L’exercice démocratique de la France montre ses limites aujourd’hui.

    Même si aujourd’hui tout le monde a le droit de vote, nous pouvons nous poser la question :
    A qui le donnons-nous ? La réponse est évidente : à des citoyens téléspectateurs majoritairement, peu lecteurs de libération ou marianne.

    Le problème est que l’exercice démocratique ne peut avoir lieu qu’en connaissance de cause.

    J’ai été triste de m’apercevoir que l’apparente précision de M.Sarkozy lors du débat télévisé avait fait mouche. Car en effet, qui a tenté de décrypter le discours passé du futur président par soi-même ?

    En étant honnête, nous devons bien avouer que malgré notre intérêt pour la politique, en nous avons un regard teinté des analyses politiques de médias télévisés, de la presse, et d’internet.

    Alors oui, les liens étonnamment trop peu connus entre l’UMP et TF1 (et j’en passe...) me gênent.

    Le peuple est prêt à accepter la réécriture de l’histoire, l’autorité, l’ordre et la "morale" ; le totalitarisme peut être vécu comme libérateur. Quelle liberté de ne pas avoir de questions à se poser ! Nous n’en sommes pas encore là heureusement.

    Mais il serait une erreur de tirer à boulet rouge sur un peuple ayant élu un président :

    Maintenons la culture et l’éducation, même hors des structures. Discutons et échangeons des points de vue dans la vie de tout les jours.

    Encore 5 ans...

  • La seule rupture que Sarko peut faire et que j’accepte volontiers, c’est la rupture d’anévrisme.

    Depuis qu’il parle de rupture, c’est ce que je pense.

Derniers articles sur Bellaciao :