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Suite à l’arrestation de son fils Hannibal à Genève, le colonel Kadhafi a rappelé ses diplomates,

Publie le jeudi 24 juillet 2008 par Open-Publishing
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La Libye a commencé à prendre des mesures de rétorsion contre la Suisse. Suite à l’arrestation de son fils Hannibal à Genève, le colonel Kadhafi a rappelé ses diplomates, suspendu l’octroi de visas et fait emprisonner deux ressortissants suisses

Patrick Vallélian - le 23 juillet 2008, 23h00
Le Matin

« La Suisse est la merde des Alpes. Avec notre âme et notre sang, on te venge, Hannibal. » Mohammed n’en revient toujours pas d’avoir vu 200 à 300 membres des comités révolutionnaires libyens, le pilier du régime du colonel Kadhafi, manifester hier après-midi devant l’ambassade de Suisse de Tripoli. « Tout en scandant des slogans hostiles à votre pays, ils brandissaient des photos de père et du fils Kadhafi, témoigne ce médecin. Quand notre dictateur lance les chiens de garde de sa révolution verte, c’est qu’il est vraiment en colère. » Depuis hier, la Suisse est officiellement en crise avec la Libye. « Œil pour oeil, dent pour dent », avait promis Aïcha Kadhafi, fille du dictateur libyen, pour punir la Suisse d’avoir arrêté son frère Hannibal et son épouse, Aline, la semaine passée à Genève (lire encadré).

Entreprises fermées
Le régime libyen a rappelé ses diplomates. Il a suspendu l’octroi de visas aux ressortissants suisses. Il a réduit les liaisons aériennes entre les deux pays à une seule par semaine. Il a également ordonné aux entreprises helvétiques présentes en Libye, dont Nestlé, de fermer boutique.

Pire, deux Suisses ont été jetés en prison. L’un deux n’est autre que le représentant du groupe industriel ABB, qui participe à la construction du nouvel aéroport de Tripoli. Pour quel motif ? Aucune idée, indique-t-on du côté du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). « Le régime n’a pas besoin de s’expliquer », estime Taoufik Lahmar, directeur de Silvertrade, une société genevoise qui facilite l’implantation d’entreprises notamment à Tripoli. « C’est une dictature. Kadhafi fait ce qu’il veut. Et, quand cela concerne sa famille, il est sans pitié. » Berne, qui juge toutes ces mesures de rétorsion préoccupantes, ne pouvait pas rester les bras croisés. Une cellule interdépartementale a été mise sur pied. Et hier une délégation diplomatique emmenée par l’ambassadeur Pierre Helg, le numéro trois du DFAE, a atterri à Tripoli. Son but : tenter d’obtenir la libération des deux Suisses et désamorcer la crise alors qu’une quarantaine d’Helvètes et de binationaux vivent au « royaume » de Kadhafi.

Goût de la provocation
Mais que cherche le leader libyen, dont le fils n’en est pas à ses premières frasques en Europe ? Hannibal a été impliqué entre autres dans une affaire de proxénétisme à Cannes, et la France lui a d’ailleurs refusé un visa cet été. « Le clan Kadhafi veut des excuses et l’annulation de toutes les poursuites contre Hannibal, qui dit avoir été maltraité par la police genevoise », déclare un diplomate arabe sur place.

La partie risque d’être serrée avec un colonel Kadhafi qui aime provoquer les pays occidentaux et qui connaît son pouvoir : le pétrole. Un enjeu de taille pour la Suisse. La Libye est son premier fournisseur de brut avec une part de marché de 48,8%. Faut-il craindre un embargo sur les exportations de pétrole vers la Suisse ? Non, selon l’Union Pétrolière Suisse, qui rappelle que Kadhafi possède la raffinerie de Collombey et Tamoil, qui contrôle 320 stations d’essence dans notre pays. A Tripoli, on est moins affirmatif. Hannibal, qui dirige la principale entreprise de transport maritime du brut libyen, veut se venger et refuse désormais de livrer la Suisse. Quitte à ruiner son pays.

« Reste que toute cette affaire n’est qu’un caprice d’enfant trop gâté, confie un homme d’affaires libyen sous couvert d’anonymat. Les Kadhafi ont besoin de la Suisse pour venir se soigner et planquer leur fric. Ils ont placé plus de 5 milliards dans vos banques. » Pour lui, le clan du colonel ne va pas scier la branche sur laquelle il est assis. « Les choses vont rentrer dans l’ordre dans quelques semaines. Le temps que tout le monde se calme », estime Taoufik Lahmar.

« Traité comme n’importe quel citoyen »

Non, il n’y avait pas trente policiers venus interpeller Hannibal Kadhafi et son épouse, Aline, le 15 juillet dernier à l’hôtel Président-Wilson. Non, aucun inspecteur de la police judiciaire n’a menacé le quatrième fils du colonel avec une arme ni ne lui a mis un sac sur la tête, contrairement à ce que rapporte une source diplomatique, hier, dans la Tribune de Genève. Au contraire, au vu de la personnalité (et du passé) du fougueux fiston du président libyen, la police genevoise a procédé à l’arrestation dans les règles de l’art. Seul bémol : il a fallu maîtriser les gardes du corps d’Hannibal, qui protégeaient leur patron. Ces derniers ont été arrêtés. Ils ont depuis lors été libérés et condamnés pour opposition aux actes de l’autorité à une peine avec sursis.

L’arrestation du fils du colonel, on s’en doute, a été l’objet de concertations politico-judiciaires. « Suite à la plainte des employés, M. Kadhafi a été traité comme n’importe quel citoyen », assure une source judiciaire.

Valérie Duby

La semaine où tout a basculé

5 juillet : Hannibal Kadhafi et son épouse, Aline, débarquent à l’aéroport de Cointrin. Enceinte de huit mois, Aline souhaite accoucher à Genève. Le couple s’installe à l’hôtel Président-Wilson.

12 juillet : Deux des domestiques du couple, un Marocain de 36 ans et une Tunisienne de 25 ans, sont libérés par la police pendant la Lake Parade. Ce sont les employés de l’hôtel qui ont alerté la police pour dénoncer des maltraitances. Les domestiques déposent une plainte. L’affaire est confiée au juge Michel-Alexandre Graber.

15 juillet : Arrestation d’Hannibal Kadhafi et d’Aline dans le palace. Elle est emmenée à l’Hôpital cantonal. Le fils du colonel Kadhafi passe deux nuits dans les violons du Palais de Justice. Le même jour, la mère de l’employé marocain est arrêtée à Tripoli.

17 juillet : Le couple est libéré contre une caution d’un demi-million de francs. Il quitte Genève. A partir de cette date, les autorités libyennes ont mis en oeuvre diverses mesures de rétorsion contre la Suisse (avions sur Genève et visas suspendus).

19 juillet : Deux ressortissants suisses sont arrêtés en Libye et placés en garde à vue sous divers motifs d’accusation.

23 juillet : Une délégation diplomatique suisse est envoyée à Tripoli.

V. Dy

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