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Les cinq noms de Magda

de : Bernard Gensane
mardi 25 janvier 2011 - 11h39 - Signaler aux modérateurs
3 commentaires
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Goebbels et Maria le jour de leur mariage
Hitler à l’arrière-plan

Arte nous a récemment proposé une émission très intéressante sur la famille Quandt qui bâtit sa fortune (Varta puis, après la Deuxième Guerre mondiale, BMW) en pleine symbiose avec les nazis. Dans ce film, les descendants protestaient de leur innocence et de celle de leurs parents, alors qu’ils avaient profité, comme d’autres grands industriels, on le sait bien, d’une main-d’œuvre d’esclaves en provenance des camps de concentration. Jamais inquiétée, la famille ne fut pas déférée devant le tribunal de Nuremberg.

Cette forte contiguïté fut incarnée par Magda Quandt qui, après avoir épousé le grand industriel Günther Quandt, convola avec Joseph Goebbels, le hiérarque nazi le plus fidèle à Hitler. On se souvient que Joseph et Magda se suicidèrent le lendemain de la mort du Führer et d’Eva Braun, dans le bunker, après avoir assassiné leurs six enfants âgés de quatre à onze ans. La mère avait déclaré à des proches qu’elle ne voulait pas que ses enfants vivent dans un monde sans national-socialisme.

J’ai souhaité m’intéresser ici au destin de cette femme car il nous renseigne, par-delà le nazisme et la participation de grands industriels à l’horreur, sur la société allemande dans sa complexité.

Le fait que Magda ait porté cinq patronymes, qu’elle ait été à la fois une femme plus émancipée que la moyenne et une véritable éponge qui s’imprégnait jusqu’au fanatisme et à l’absolutisme de la personnalité des hommes qui ont compté dans sa vie, permet peut-être de comprendre un peu mieux l’acte démentiel d’une mère que l’histoire aurait vraisemblablement épargnée, comme la femme de Göring, par exemple.

Magda naît en 1901. Elle est une enfant illégitime qui va donc porter le nom de sa mère, Behrend. Ses parents sont catholiques, mais sa mère se remarie avec un Juif nommé Richard Friedländer. Son père biologique (Oskar Ritschel), avec qui elle est restée en contact, va l’initier au bouddhisme. À Berlin, Magda fréquente la famille juive russe Arlosoroff. Elle tombe éperdument amoureuse du fils, Viktor, un jeune militant sioniste dont elle embrasse la cause. Elle apprend l’hébreu, porte l’étoile de David. Viktor deviendra l’une des grandes figures du sionisme (plusieurs monuments lui sont consacrés en Israël) avant d’être assassiné sur une plage de Tel-Aviv en 1933, peut-être à l’instigation de Goebbels.

En 1920, Magda, qui porte alors le nom de Friedländer, son beau-père l’ayant reconnue, fait la connaissance d’un des hommes les plus riches d’Allemagne, l’industriel Günther Quandt, de vingt ans son aîné. Il l’épouse l’année suivante. Les Quandt n’acceptant pas les connotations juives du nom de la mariée, celle-ci abandonne le patronyme Friedländer et prend celui de Ritschel, du nom de son père biologique qui l’a enfin reconnue. Un petit Harald naît de cette union et, en 1925, le couple adopte les trois enfants d’un ami d’affaires mort soudainement. Comme Quandt avait déjà eu deux enfants d’un précédent mariage, Magda élève donc six enfants.

Après la mort, suite à une erreur médicale, du fils aîné de Günther, le couple se désunit et Magda renoue avec Viktor son amour de jeunesse. Le couple Quandt divorce, Magda récupérant la garde de son fils Harald et une coquette pension.

En 1929, elle est pleinement acquise aux idées nazies, par le biais du Cercle nordique, un club qui attire des Berlinois de la bonne société vers le parti de Hitler. Elle rencontre Goebbels en 1930 et devient une militante rétribuée du NSDAP. Hitler voit en elle l’idéal de la femme nazie : belle, intelligente, blonde, cultivée, jouant fort bien du piano, ayant élevé des enfants. Goebbels et Magda se marient en décembre 1931 dans la propriété de Günther Quandt, avec qui Magda est restée en bons termes. Hitler est le témoin. Comme, à ce moment-là, Hitler ne veut pas s’encombrer d’une épouse ou d’une compagne, Magda va jouer le rôle de Première dame du Troisième Reich. Elle inaugure des chrysanthèmes et se pose en modèle de la Mutter allemande. En 1940, elle est mère de six enfants, dont les prénoms commencent tous par H comme Hitler. Harald vit dans ce foyer depuis 1934.

Derrière l’image de la famille nazie idéale, une autre réalité se fait jour. Goebbels aime beaucoup les actrices de cinéma, en particulier Lída Baarová. Le ministre de la propagande est à ce point épris qu’il demande à Hitler de le destituer et de le nommer ambassadeur au Japon. Hitler ordonne à Goebbels de se réconcilier avec sa femme au nom des intérêts supérieurs du Reich. Goebbels écrit dans son journal : « Je vais me plier. De tout mon être et sans rechigner. C’est une vie nouvelle qui commence à présent. Une vie dure et cruelle, entièrement vouée au devoir. C’en est fini maintenant de ma jeunesse. »

Magda se désintéresse complètement du destin de son beau-père juif, à qui elle doit tant. Son fils Harald se bat sur le front. Elle intègre la Croix-Rouge et travaille pour Telefunken. Elle retrouve son rôle de Première dame, ce qui n’empêche pas de graves dépressions. Elle mène pourtant une vie de femme émancipée : elle fume, boit, trompe son mari avec son secrétaire d’État. Elle est la seule femme avec qui Hitler discute de politique.

L’idéologie nazie lui aura permis, jusque dans l’assassinat de ses enfants et le suicide, d’assouvir son besoin d’absolu et d’exaltation.


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Commentaires de l'article
Les cinq noms de Magda
25 janvier 2011 - 17h13

C’est un bel article mais la phrase de conclusion ne me satisfait pas. L’absolu n’est pas nécessairement en cause. On ne peut nier qu’elle était aussi d’un grand opportunisme, qu’elle a épousé des causes opposées : la cause juive dans une société antisémite puis la cause antisémite parce qu’il y avait une accession au pouvoir de cet antisémitisme. Je ne vois pas d’absolu dans ce changement. Tout au contraire j’y vois des maux qui concernent beaucoup de gens à notre époque même, je veux dire que les gens admettent de changer, radicalement.
Pourquoi ne pas supposer que son grand amour que fut le juif Viktor l’a déporté en même tant qu’elle a fini par le haïr, par haïr le juif en lui, puis tous les juifs puisque l’idéologie l’y autorisait. Je ne vois toujours pas d’absolu, mais au contraire un ressort psychologique très commun du petit homme qui encore à ce jour fait basculer des gens dans le racisme pour des raisons à peu près semblables.



Les cinq noms de Magda
25 janvier 2011 - 17h21 - Posté par

Dans "L’automne allemand" Stig Dagerman présente l’allégeance au nazisme d’une manière différente. Il évoque l’histoire d’un homme jugé pendant les procès de dénazifications. Cet homme avait pour rêve de devenir instituteur. Lorsque le parti national socialiste est arrivé au pouvoir, cet homme pourtant socialiste (l’absolu) a donné préférence à son rêve (l’ambition) : il a adhéré au parti nazis pour devenir instituteur. Pendant la guerre il servait dans des camps. C’est à ce titre qu’il a été déféré après guerre devant les tribunaux.
Ce n’est pas l’histoire d’un absolu mais l’histoire banale d’une ambition. C’était un homme et il ne nourrissait probablement pas les mêmes sentiments d’exaltation vis à vis de la virilité et de la force nazis, que des femmes. En effet Victor Klemperer rapporte dans "LTI" qu’une employée de l’université, réservée, cultivée, conciliante, c’était subitement exaltée jusqu’à l’irrationnel pour la personnalité du Führer.


Les cinq noms de Magda
26 janvier 2011 - 09h07 - Posté par Bernard Gensane

"Pourquoi ne pas supposer que son grand amour que fut le juif Viktor l’a déporté en même tant qu’elle a fini par le haïr, par haïr le juif en lui, puis tous les juifs puisque l’idéologie l’y autorisait."

Je suis assez tenté de vous rejoindre dans cette phrase (je ne suis pas un spécialiste de Magda, je n’ai pas lu les bios qui lui ont été consacrées). L’Allemagne fut d’autant plus antisémite à ce moment-là (elle l’avait été avant) que les Juifs étaient terriblement intégrés, souvent agnostiques ou athées (Zweig, Marx etc.). On aime, on déteste d’autant plus que l’objet est proche de soi.

Deux des raisons du délire personnel d’Hitler est qu’il avait peut-être du sang juif dans les veines (l’incertitude devait le torturer) et que son meilleur copain de classe n’était autre que le futur philosophe Wittgenstein, un gosse brillant, issu de la bourgeoisie juive, qu’il admira dans un premier temps avant de la haïr.

Avant le nazisme, il y avait en Allemagne une vieille et forte tradition Blut und Boden dans laquelle avait baigné la famille d’Hitler, les Quandt, la famille de Magda. Cela a beaucoup aidé.

Je vois, très prudemment, cette femme, à la fois comme une éponge (elle s’imprègne totalement des hommes de sa vie) et comme une extrémiste absolue (elle porte l’étoile jaune, tue ses enfants dans un acte walhallien).






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